🇫🇷 #Bobigny Un condamné tente de s’échapper du tribunal. Arrêté par un policier, il parvient à lui voler son arme. Interpellé.

Depuis plus d’un mois, une image le hante. « Je suis dans le tourniquet, en chien de fusil, et je ne vois que les jambes de mes collègues, avec leurs rangers, passer au ralenti… » décrit Jeff*, major de police de presque 52 ans. Il fait partie du dépôt de Bobigny, comme on appelle l’unité de police en charge des détenus déférés au tribunal. Le mercredi 23 novembre, il était plus de 21 h 30, la 15e chambre s’apprêtait à éteindre les lumières après deux jours de procès pour une affaire d’escroquerie, lorsqu’un des condamnés a sauté du box. Il sera bientôt jugé (voir ci contre), car il a été rattrapé, non sans difficultés.
« L’atmosphère ne me plaisait pas… Le sixième sens peut-être », sourit Jeff, rencontré au tribunal ce vendredi, pensant que le procès aurait lieu. Il se souvient que ce soir de novembre, deux des trois détenus rechignaient à se laisser menotter pour repartir. Le troisième, condamné à cinq ans de prison, paraissait plus calme. C’est lui qui allait s’évader, après avoir descellé la vitre. Jeff ne le voit pas, il tourne le dos au box pour « demander à une avocate de calmer son client ». « Et j’entends crier : il se barre, il se barre ! », se remémore Jeff. Le policier se met à sa poursuite et le rattrape à l’étage du dessus, à une porte de la sortie. Le policier le plaque, « réflexe de rugbyman », à la hauteur du tourniquet, bloqué, en dehors des heures d’ouverture au public.

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Dans un corps à corps, évadé et policier se retrouvent bloqués, le fuyard réussissant manifestement à prendre le dessus dans cet espace confiné. « Je l’ai frappé plusieurs fois, sans résultat, et j’ai essayé de me retourner, quand j’ai entendu un « clic ». J’ai compris qu’il me piquait mon arme », raconte Jeff qui a senti ses derniers instants venir. Jusqu’à ce qu’il entende Paul*, un collègue, hurler : « lâche ça ou je tire, rends-toi ! ». Ce major de 53 a enjambé le box et suivi Jeff. « J’ai levé la tête et vu le regard [de Paul] si déterminé, je me suis dit je suis sauvé », sourit Jeff.
D’après les récits des policiers, l’évadé lâche l’arme, mais la partie n’est pas finie. Un complice, jamais retrouvé, tente de prêter main-forte au fugitif. D’autres policiers arrivent, un nouveau corps à corps s’ensuit dans le tribunal, une bombe lacrymogène est vidée, puis l’évadé arrive à sortir, finalement plaqué au sol par un autre policier arrivé en trombe depuis la salle d’assise, avec un autre policier. L’évasion se termine là. La vitre brisée du tourniquet d’entrée témoigne encore de cette soirée qui aurait pu basculer dans le sang. Les deux policiers se sont vus prescrire huit jours d’incapacité temporaire totale de travail pour les blessures et les entorses, puis la durée a été réévaluée à 30 jours pour le retentissement psychologique. « Ces vitres basses dans les box sont une vraie tentation », soupire Paul, presque « étonné qu’il n’y ait pas davantage d’évasions ». « Quand le tribunal a ouvert [NDLR : dans les années 1980], ajoute-t-il, on nous disait qu’il avait été conçu sur le modèle de celui de Los Angeles. »
*Leurs prénoms ont été modifiés

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