🇫🇷 Les policiers peuvent-ils porter un chat noir ou un vélociraptor en écusson ? #police

Miaouuuuuu. » Le chat noir apparaît sur l’écusson porté par un membre des forces de l’ordre. Un écusson « d’extrême droite », dénonce le site internet Taranis, mardi 6 février. Pour quelle raison ? Car « ce n’est pas n’importe quel » félin, écrit le média. La silhouette utilisée est une reprise du chat noir de Ralph Chaplin, considéré depuis longtemps comme un symbole de l’anarcho-syndicalisme.

L’écusson de la discorde a été photographié « dans la nasse », en marge d’une manifestation contre la loi Travail, le 15 septembre 2016 à Bordeaux, indique l’auteur du cliché à franceinfo. Sous l’animal au poil hérissé, plusieurs acronymes sont mentionnés : AVP pour accident de la voie publique, RABIO pour les heures supplémentaires et DCD pour décédés. Accompagnées d’un tel visuel, ces trois dernières lettres pourraient donc être interprétées de manière bien plus hostiles à l’égard des manifestants.
« Dans chaque brigade, il y a toujours un chat noir, rien de plus », réagit sous couvert d’anonymat le créateur de l’écusson, contacté par franceinfo. Une rapide requête en ligne le confirme : l’animal désigne parfois les poissards de la police. « Nous ignorions sa symbolique et son histoire quand nous avons cherché un chat sur internet. Cet écusson humoristique et sans représentation administrative a été retirée de la vente. »
Une pratique soumise à autorisation

Ce chat noir n’a pas obtenu d’accord de la hiérarchie. Et il est interdit de porter « tout élément, signe ou insigne ostentatoire de même nature qui serait porté à même la personne, également durant le temps de service », en vertu de l’article 113-18 du règlement général de l’emploi dans la police nationale. Malgré tout, une unité peut tout à fait porter un écusson de tigre, de chouette ou de Coyote (oui oui, celui de Bip-Bip et Coyote), mais encore une fois, à condition d’avoir obtenu les autorisations.

La hiérarchie n’hésite pas à sévir contre les écussons non autorisés. « Le chat noir, par exemple, c’est retoqué. J’ai le souvenir d’un commissaire qui avait fait enlever un écusson façon street-art, avec le mot ‘bastard' » (« bâtard » ou « salaud » en anglais), se souvient Audrey Colin, du syndicat Synergie officiers, interrogée par franceinfo. Les policiers concernés s’exposent d’ailleurs à des sanctions disciplinaires, précise la DGPN. Par ailleurs, celle-ci publie régulièrement des notes de service pour rappeler le règlement.
Une tradition répandue dans les rangs de la police

La tradition des écussons est répandue dans les BAC, les groupes d’investigation et la PJ. « A l’école de police, nous en avions créé pour un stage de maintien de l’ordre. Et chaque école en possède un. » Au fil du temps, ces écussons sont devenus un objet de mode et de collection. Ils sont parfois fabriqués, puis achetés, sans jamais être porté. « A l’occasion d’un voyage au Canada, j’ai offert celui de mon service et j’ai reçu celui de la police locale en échange », se rappelle un officier, contacté par franceinfo.

Certains écussons communs sont très consensuels, comme celui-ci, adopté en juin 2016 pour les BAC et unités de voie publique de France, en dehors de Paris et de sa petite couronne. Y figurent une rose des vents (délinquance), des flèches (polyvalence des agents) et un arc (rapidité). Objectif : « permettre au public de bien reconnaître les agents », précise à franceinfo la DGPN.

Un « signe de reconnaissance » parfois contesté

D’autres choix sont plus sujets à controverse. Cobra, vélociraptor, dragon, tigre, chat noir, panthère… Les emblèmes de certains agents des unités spécialisées (BAC, intervention, GSP…) suscitent l’incompréhension d’une partie de la population, a fortiori dans le cadre d’une mission de service public et dans l’ambiance tendue des dernières semaines, marquées par l’affaire Théo et la défiance accrue envers la police. « C’est vrai, ils peuvent avoir un effet dissuasif lors des interventions, estime Yves Lefebvre, secrétaire général SGP Police, interrogé par franceinfo. A l’époque, dans le déminage, nous avions un petit bonhomme avec une bombe, mais les réseaux sociaux n’existaient pas. » Ni les critiques qui vont avec.

Le public peut être choqué par quelque chose qui prend un tout autre sens. Par exemple, j’ai conçu un écusson pour un motard avec une faucheuse. A chaque fois qu’il faisait une escorte, le patient transporté par le Samu décédait.
Le créateur de l’écusson « chat noir »
à franceinfo

Auteur de La Force de l’ordre (éd. Seuil), en 2011, après une enquête de quinze mois, le sociologue Didier Fassin jugeait dans Mediapart (article payant) que ces écussons, « par exemple, des mires de fusil sur des tours de cités, des loups ou des tigres bondissants sur des quartiers, concernent l’ensemble des BAC, avec probablement une sorte de concurrence à produire les iconographies les plus originales ou violentes ».

L’écusson reste pour le policier un moyen d’expression.
Audrey Colin, déléguée générale du syndicat Synergie officiers
à franceinfo

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