🇫🇷#Aulnay Au lycée Voillaume «Pourquoi se nommer gardiens de la paix quand ce sont eux qui brisent tout respect ?»

Elle s’inspire de la langue « stylée » de ses élèves.

Adim, mais c’est pas possible, vous êtes vraiment un cancre ! »
– « Peut-être Madame, mais un cancre sérieux ! »

Eh oui, pas nécessaire d’être Victor Hugo pour manier l’oxymore, cette figure de style de la langue française associant deux termes de sens contraires. Mathilde Levesque, enseignante de français, en sait quelque chose. Après avoir publié il y a deux ans un recueil de citations de ses élèves, la prof du lycée Voillaume à Aulnay-sous-Bois signe « Figures stylées » (First Editions)*. Un livre astucieux, drôle et accessible, qui vous rappelle, si vous l’avez su, ce que sont les anaphores, polysyndètes, métonymies et autres zeugmas… en s’appuyant, une fois de plus, sur d’authentiques répliques de lycéens.

Car, oui, ces ados de 15, 16, 17 ans, n’ont pas seulement les doigts fertiles en SMS. Ils ont aussi la langue bien pendue. Mathilde Levesque raconte dans l’introduction de son ouvrage avoir découvert, en arrivant à Aulnay, que « la rhétorique était dans la rue » : « J’en prenais conscience pour la première fois, en découvrant la puissance de ce qu’on appelle le bagou », raconte l’ancienne universitaire, aujourd’hui âgée de 33 ans.
En ce mardi de mars, le cours de français des 1eres STMG commence par la lecture des écrits de deux élèves, inspirés de l’affaire Théo. « Pourquoi se nommer gardiens de la paix quand ce sont eux qui brisent tout respect ? », a ainsi écrit Habib, dans un court texte puissant et poétique. « A quelle figure de style correspond cette phrase ? » interroge la prof, l’œil pétillant. Les réponses fusent dans le désordre : « Oxymore ! » ; « anaphore ! »… C’est du fond de la classe qu’Omaya lance la bonne réponse : « Une antithèse ! » On passe ensuite en revue les registres de discours : lyrique, satirique, pathétique… L’enseignante tente de faire deviner le « registre épique » : « Vous l’avez vu en 6e, avec les épopées… » « Ça date, Madame ! », proteste Bilel avec malice. Dans la classe, la parole est spontanée, souvent drôle. « Notre langage, il est remodelé. Mais dans nos phrases, il y a grave des figures de style », constate le très pince-sans-rire Omaya. Ce n’est pas Mathilde Levesque qui dira le contraire, elle qui a le sentiment d’être « dans un laboratoire linguistique » : « Le mot Wesh que tout le monde utilise aujourd’hui, c’est ici qu’il est né. Les élèves créent des néologismes, ils intègrent des mots d’arabe. Ils utilisent aussi des mots anciens, que même mes parents ne prononçaient pas. J’entends culotté, pathétique… »

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