Alexandre Benalla affirme que l’Élysée lui a remis ses passeports, la présidence évoque «tout un faisceau de contrevérités et d’approximations».

Alexandre Benalla en septembre 2018. (DR)

L’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron affirme dans un entretien accordé à Mediapart que l’Élysée lui a bien remis ses deux passeports diplomatiques. Alexandre Benalla raconte également avoir eu des « échanges réguliers » avec le président de la République, encore très récemment. De son côté, l’Élysée dément.


L’affaire Alexandre Benalla se poursuit avec des déclarations interposées entre l’intéressé et l’Élysée, alors qu’une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris.

L’ancien employé de la présidence de la République a accordé un interview à Mediapart paru ce lundi, où il indique que ses deux passeports diplomatiques lui ont été restitués, « début octobre », avec le reste de ses effets personnels. « Dans un sac plastique, un chéquier, des clés et… les passeports diplomatiques » explique-t-il. Le tout avec pour seule consigne « tu ne fais pas de bêtises avec » selon l’intéressé.

« Si on ne veut pas que j’utilise ces passeports, il n’y a qu’à les désactiver et les inscrire à des fichiers », a déclaré Alexandre Benalla à Mediapart, ajoutant les avoir utilisés pour entrer dans « une dizaine de pays » depuis l’automne. « Quand vous voyagez à l’étranger avec un passeport diplomatique, l’ambassade de France est au courant que vous arrivez » explique aussi M. Benalla.

Depuis le départ de cette nouvelle affaire Benalla, l’Élysée et le Quai d’Orsay ont indiqué ne pas avoir été informés des déplacement de l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron.

« Ça va être très dur de le démentir parce que tous ces échanges sont sur mon téléphone portable »

Alexandre Benalla affirme également avoir eu des « échanges réguliers » avec le chef de l’État depuis son licenciement, par l’intermédiaire de la messagerie chiffrée Telegram. L’Élysée avait pourtant assuré ne plus avoir aucun contact avec son ancien employé. « Ça va être très dur de le démentir parce que tous ces échanges sont sur mon téléphone portable » affirme Alexandre Benalla.

« Nous échangeons sur des thématiques diverses. C’est souvent sur le mode ‘comment tu vois les choses ?’. Cela peut aussi bien concerner les ‘gilets jaunes’, des considérations sur untel ou sur untel ou sur des questions de sécurité » ajoute l’intéressé, qui précise avoir également des échanges avec d’autres membres de la présidence. Des contacts qui se sont stoppés dès les révélations de Mediapart au sujet des passeports diplomatiques, toujours selon les déclarations de M. Benalla.

« Je détaille les propos qui m’ont été rapportés »

« J’explique que j’ai vu telle personne, je détaille les propos qui m’ont été rapportés et de quelle nature ils sont. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Y compris le président de la République, qui est informé en direct », affirme-t-il aussi au sujet de ses différentes voyages, en Afrique notamment.

« Je suis un élément extérieur qui veut du bien au mec [Emmanuel Macron] qui lui a fait confiance. J’aurais pu claquer la porte et passer à autre chose. Mais on continue à me solliciter, alors je continue à répondre » déclare Alexandre Benalla. « Cela dérange un certain nombre de personnes, qui sont puissantes et qui font comme si le président était sous curatelle. Ils lui font faire des conneries phénoménales » précise l’ex-chargé de mission.

« C’est quand même facile pour l’Élysée de couper le cordon avec moi s’il le voulait vraiment. Il suffit d’arrêter les sollicitations ou de ne pas me répondre. Personne ne m’a jamais rien dit », poursuit Alexandre Benalla.

« Un faisceau de contrevérités et d’approximations » dénonce l’Élysée

L’Élysée n’a pas tardé à réagir aux nouvelles déclarations d’Alexandre Benalla et affirme ne pas vouloir poursuivre « un dialogue par presse interposée avec M. Benalla qui se venge de son licenciement pour faute grave en entretenant tout un faisceau de contrevérités et d’approximations ». De son côté, le Quai d’Orsay a quant à lui dénoncé des propos « faux » et « fantaisistes », mentionnant qu’Alexandre Benalla n’avait « bénéficié d’aucune indulgence particulière » de sa part.

« Il revient à la justice de donner suite à l’éventuelle utilisation de ces passeports », a également précisé l’Élysée, qui assure « avoir procédé depuis son licenciement à toutes les diligences pour récupérer les passeports et autres titres de l’intéressé ».

Le président de la République a pu « accuser réception de certain messages d’Alexandre Benalla mais il n’y a pas eu d’échange nourri ni de demande en retour » précise le communiqué.

« Je ne veux plus rien avoir à faire avec ces gens-là » annonce M. Benalla

« Je ne comprends pas toute cette histoire, ils me font passer pour un escroc », a déclaré Alexandre Benalla à BFMTV, peu après le communiqué de l’Élysée. « Mon dernier échange avec le président de la République date du 24 décembre ».

« C’est maintenant terminé, je coupe les ponts, je ne veux plus rien avoir à faire avec ces gens-là » a-t-il ajouté.