🇫🇷 Avant de décéder, Naomi avait prévenu le SAMU au téléphone qu’elle allait mourir, mais il ne s’est pas déplacé.

par Y.C.
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L’affaire fait grand bruit. Une femme de 22 ans est décédée le 29 décembre dernier, alors que le SAMU qu’elle avait contacté par téléphone a refusé de se déplacer, traitant son appel avec mépris.

Quelques heures avant sa mort à Strasbourg, Naomi Musenga avait composé le 15 pour avertir le SAMU de ses très fortes douleurs au ventre. Un appel qui n’a pas été pris au sérieux par une opératrice téléphonique. Pire, l’agent l’a orienté vers SOS médecins tout en étant désagréable envers la patiente, parfois même agressif.

La famille a obtenu l’enregistrement de l’appel de Naomi, qui dure 3 minutes et 4 secondes. On y entend une jeune femme implorer d’une voix faible l’agent du SAMU explique BFMTV.

« Oui, vous allez mourir, certainement, un jour, comme tout le monde »

L’opératrice du Samu : «Oui, allô!

Naomi : Allô… Aidez-moi, madame…

– Oui, qu’est-ce qui se passe?

– Aidez-moi…

– Bon, si vous ne me dites pas ce qu’il se passe, je raccroche hein…

– J’ai… j’ai…Madame, j’ai très mal…

– Oui ben, vous appelez un médecin, hein, d’accord? Voilà, vous appelez SOS médecins

– Je peux pas…

– Vous pouvez pas? Ah non, vous pouvez appeler les pompiers, mais vous pouvez pas…

– Je vais mourir.

– Oui, vous allez mourir, certainement, un jour, comme tout le monde. Ok?

– …

– Vous appelez SOS médecins, c’est 03 88 75 75 75, d’accord? Vous avez compris? 03 88, trois fois 75.

– Aidez-moi madame…

– Je peux pas vous aider, je ne sais pas ce que vous avez.

– J’ai très mal, j’ai très mal.

– Et où?

– J’ai très mal au ventre (…) et mal partout.

– Oui, ben, vous appelez SOS médecins au 03 88 75 75 75… voilà, ça je ne peux pas le faire à votre place. 03 88 75 75 75. Qu’un médecin vous voie, ou sinon vous appelez votre médecin traitant…d’accord?

– D’accord [difficilement audible].

– Voilà, au revoir.»

Naomi parviendra à contacter SOS médecin quelques heures plus tard, qui rappelera le SAMU pour qu’elle soit conduite d’urgence à l’hôpital. Lorsque les secours sont arrivés à son domicile, la patiente était toujours consciente mais dans un état grave.

La patiente a subi deux arrêts cardiaques à l’hôpital avant d’être transférée en réanimation et de décéder à 17h30.

Le rapport autopsie que le journal Le Monde s’est procuré, montre que Naomi est morte des suites d’une « défaillance multiviscérale sur choc hémorragique ». Plusieurs de ses organes se sont en fait arrêtés de fonctionner.

Naomi Musenga aurait-elle pu être sauvée si le SAMU était intervenue plus tôt ? La famille de Naomi a demandé l’ouverture d’une enquête. Les hôpitaux universitaires de Strasbourg ont de leur côté ouverts une enquête interne le 3 mai.

« De graves dysfonctionnements »

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a dénoncé mardi soir sur Twitter de « graves dysfonctionnements », affirmant avoir demandé une enquête de l’Igas.

Les difficultés du SAMU « flambent » explique Patrick Pelloux

Pour Frédéric Lapostolle, directeur médical adjoint du Samu 93, interrogé par RMC, l’appel téléphonique « manque d’empathie » et « n’est pas un modèle de prise en charge au Samu ». « 30 millions d’appels sont gérés par an, le risque zéro n’existe pas » a-t-il néanmoins précisé.

Le Président de l’association des médecins urgentistes Patrick Pelloux a souligner la crise traversée actuellement par le SAMU dont l’on voit « flamber les difficultés ». Les appels « ont plus que triplé » et « nous n’avons pas redimensionné les centres d’appels pour répondre à l’ampleur de la demande » selon lui.

« On a des soignants épuisés, stressés, en burn-out, qui deviennent détachés de la souffrance du patient » a ajouté Patrick Pelloux.

Actu17.