Confinement : Des attestations de déplacement de l’AP-HP en vente sur Snapchat, un étudiant infirmier et son ami interpellés


Un contrôle des attestations de déplacement dérogatoire lié au confinement, mené par la gendarmerie. Illustration (Twitter / @Gendarmerie_038)

Les gendarmes ont découvert que des attestations de déplacement dérogatoire délivrées par l’AP-HP étaient en vente sur le réseau social Snapchat. Très rapidement, un suspect a été identifié, puis son complice présumé, qui n’est autre qu’un étudiant infirmier.

Alors que les forces de l’ordre ont dressé plus de 700 000 contraventions pour non-respect des mesures de confinement, des petits malins pensaient avoir trouvé le bon filon pour se faire de l’argent facilement.

L’affaire a été initiée par des militaires de la gendarmerie des transports aériens (GTA), qui sont mis à profit par leur direction pour effectuer une veille sur les réseaux sociaux, en raison de la faible quantité de vols à surveiller dans les aéroports.

Une annonce suspecte sur Snapchat

Au début du mois d’avril gendarme a été intrigué par une annonce publiée sur le réseau social Snapchat. Un internaute y proposait un document permettant à son détenteur de passer facilement outre les contrôles du confinement menés par les forces de l’ordre.

Contre une somme allant de 30 à 50 euros, il proposait une attestation professionnelle vierge, supportant l’en-tête de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), signée d’un médecin. L’internaute peu scrupuleux assurait à ses potentiels clients une liberté totale de déplacement, rapporte Le Parisien, citant une source proche de l’enquête.


Copie d’un document original

L’enquête a été confiée aux gendarmes de la Section de recherches (SR), qui ont constaté que ce document était en tous points identique au modèle fourni par l’AP-HP à ses salariés. Il supportait même la signature d’un médecin de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne).

Il avait simplement été modifié par le vendeur pour laisser la place à l’acheteur d’y inscrire son identité. Et ce dernier n’aurait pas été inquiété en cas d’utilisation, car les policiers et gendarmes s’efforcent de ne pas retenir les soignants munis d’un légitime document.

Un suspect et son complice présumé identifiés

Les gendarmes ont rapidement identifié le propriétaire du compte Snapchat, un jeune homme d’une vingtaine d’années, domicilié à Bagneux (Hauts-de-Seine). Il a été interpellé et placé en garde à vue le 8 avril dernier.

Aux enquêteurs, il a affirmé n’être parvenu à vendre aucun exemplaire du document, et ceux-ci n’ont effectivement pas pu établir une quelconque vente. Ils se sont ensuite attachés à identifier le propriétaire de l’attestation officielle, dont le nom avait été effacé.

Un étudiant infirmier parisien

En s’attardant sur l’entourage du suspect, les gendarmes ont identifié un étudiant en soins infirmiers, inscrit en deuxième année à Paris. Un profil particulièrement intéressant au vu des faits, l’AP-HP fournissant cette attestation pour faciliter les déplacements de ces étudiants.

Interpellé et placé en garde à vue à son tour, le futur infirmier a confié aux enquêteurs avoir fourni une copie de son attestation à une connaissance : le propriétaire du fameux compte Snapchat. Il n’avait toutefois aucune idée du trafic généré par ce dernier, a-t-il affirmé.

Poursuivis pour « association de malfaiteurs »

Les déclarations de l’étudiant n’ont visiblement pas convaincu le magistrat. Les deux suspects sont poursuivis pour « association de malfaiteurs au préjudice de l’hôpital Henri-Mondor », a indiqué le procureur de la République de Nanterre.

Tous deux ont été placés sous contrôle judiciaire en attendant l’audience, initialement prévue le 10 avril, puis renvoyée à une date ultérieure.