Corruption : Les «indics», c’est terminé pour les commissaires et chefs de service de la police judiciaire


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Coup de tonnerre en « PJ » : le directeur central de la police judiciaire (DCPJ) a pris une mesure radicale pour lutter contre la corruption.

Dans une note transmise récemment à tous les chefs de service de sa direction, le patron de la PJ, Jérôme Bonet, interdit à la hiérarchie policière d’exercer la fonction de « traitant ». En clair, sous-directeurs, directeurs interrégionaux ou régionaux et chefs de service n’auront plus le droit de gérer des « indics » comme ce fut le cas jusqu’à maintenant.

Son but ? Éviter de nouvelles affaires « Michel Neyret » ou « François Thierry », ces patrons de la police tombés pour avoir eu des relations troubles avec des « tontons », ces informateurs indispensables à la résolution d’enquêtes.

Des policiers de terrain plus facilement « contrôlables »

Jérôme Bonet part du postulat qu’un policier de terrain, officier, gradé ou gardien de la paix, est plus facilement « contrôlable ».

Ainsi, dans sa note il demande aux patrons de la PJ de « transférer leurs sources à d’autres traitants » avant la fin de cette année. Une mesure décidée, selon ses termes, pour « assurer la sécurité juridique des procédures » et garantir « l’effectivité du contrôle des sources ». D’autant qu’un chef de service régional de la police judiciaire (SRPJ) serait visé par l’inspection générale de la police nationale (IGPN) après un différend avec son « indic », selon Le Parisien.


Des commissaires hors de tout contrôle ?

« Les traitants d’informateurs doivent être supervisés. Personne ne contrôle vraiment les patrons dans la police », affirme un haut-gradé de la police judiciaire, d’après le quotidien francilien.

Un avis partagé par un enquêteur de cette prestigieuse direction, que nous avons pu interroger : « Les policiers sont encadrés à chaque niveau de la hiérarchie. L’enquêteur a un chef de groupe, le chef de groupe a un chef de service. Mais qui contrôle ce chef de service ou encore le directeur régional, dans les faits ? », questionne-t-il.

Les « tontons », cette source d’information indispensable

Si cette mesure a fait parler dans les couloirs des États-major de la PJ, tous les policiers s’accordent sur un point : les « indics » sont indispensables au travail d’enquête de haut vol. Et la dimension humaine entre le traitant et son informateur n’est pas un détail.

« Tout est une affaire de confiance », précise un autre enquêteur. Un « tonton » qui fournit de bons tuyaux prend généralement des risques et exige parfois une contrepartie. « Ces gars ne sont pas fous. Quand un policier doit les sortir d’un mauvais pas, mieux vaut qu’il soit commissaire que gardien de la paix ! », témoigne Michel Neyret auprès du quotidien francilien.

Quid de l’efficacité de cette mesure ?

Interrogé, un enquêteur exerçant dans un office central de police judiciaire a affirmé que cette mesure « ne peut être que bénéfique pour instiller un minimum de contrôle dans la relation traitant-source », mais « la corruption ou les petits arrangements entre un enquêteur et son indic, même s’ils sont l’exception, ne seront pas endigués par ces directives », relativise-t-il.

Et de conclure : « C’est un premier pas, et cela démontre une certaine volonté de rétablir un cadre à cette relation sensible entre flic et voyou, tout comme l’avait été auparavant la mise en place de la gestion centralisée des sources au niveau national ».