Emmanuel Macron pose avec un t-shirt anti-LBD et provoque la colère des policiers


Emmanuel Macron a posé en photo avec le dessinateur Jul et son t-shirt. (capture écran Twitter)

La photo du chef de l’État a fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures et a provoqué de nombreuses réactions et critiques. Emmanuel Macron assume son choix et explique qu’il doit « défendre la créativité, la liberté d’expression, y compris l’insolence ».


La scène s’est déroulée alors que le président de la République venait de déjeuner avec des auteurs au festival international de la BD d’Angoulême (Charente) ce jeudi.

Le dessinateur Jul qui a échangé durant le repas avec le président de la République et qui a voulu dénoncer l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD 40) ainsi que les blessures qu’ils ont entraînées, a finalement posé en photo avec Emmanuel Macron qui tenait son t-shirt en main. L’artiste raconte qu’à son arrivée, les policiers lui ont confisqué mais qu’il est parvenu ensuite à le récupérer.

« Au déjeuner, j’ai dit que ces violences [policières] étaient insupportables, quel que soit le contexte. Emmanuel Macron a répliqué que c’était justifié sur un certain nombre de choses », a raconté Jul à franceinfo. C’est alors que l’artiste a présenté son t-shirt au chef de l’État, lui expliquant que c’était pour lui. « Quand je lui ai donné, il l’a essayé en disant ‘il est trop grand pour moi’. J’ai dit ‘si vous voulez on prend une photo’, il a dit ‘oui oui d’accord’. »

« Il a dit oui oui oui, sûr, sûr »

« J’ai dit ‘vous êtes sûr, sûr ?' », raconte Jul. « Il a dit ‘oui oui oui, sûr, sûr’, et quelqu’un a pris une photo avec un portable ». La photo où Emmanuel Macron tient ce t-shirt sur lequel le chat mascotte du festival de la BD est éborgné et où un « L » a été rajouté devant « BD », a depuis provoqué de vives critiques, notamment chez les policiers.


« J’ai eu une discussion avec Jul. Je suis en désaccord complet avec son approche »

Le président de la République a rapidement réagi et s’est justifié. « Nous sommes un pays libre, démocratique, qui aime l’insolence », a-t-il indiqué. « J’ai eu une discussion avec Jul. Je suis en désaccord complet avec son approche. Je récuse le terme de violences policières. Je considère que la violence elle est d’abord dans la société. Donc je ne mets pas ces violences sur le même niveau », a ensuite déclaré le chef de l’État.

« Néanmoins, de là où je suis, je dois défendre la créativité, la liberté d’expression, y compris l’insolence, y compris la création d’artistes qui disent des choses pour lesquelles je ne suis pas en accord ».

De vives critiques du côté des policiers

Une photo qui passe mal auprès des organisations représentatives de la police. « La retenue, Monsieur le Président, comme la déontologie qu’on nous impose, doit être une marque de grandeur… » a réagi le syndicat Alliance Police Nationale. « Nous aurions souhaité la même compassion pour tout nos collègues blessés lors des évènements sociaux ces derniers mois », a ajouté l’organisation syndicale.

« Une photo et des conséquences. Nos blessés, mutilés, nos douleurs… Si vous pensiez que les conflits sociaux violents étaient terminés en France, que vous pouviez rire de ceux qui ont maintenu l’ordre, c’est une erreur. Lourde colère dans les rangs de la Police », s’est exclamé Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP-FO, sur Twitter.

Le secrétaire général de l’UNSA Police Philippe Capon a de son côté « regretté que le président en rajoute dans un positionnement polémique sur un sujet important où l’ironie et la dérision n’ont pas leur place ».

Réactions similaires pour les syndicats d’officiers et de commissaires. « Que voulez vous dire aux policiers et gendarmes Monsieur le président ? », s’interroge le SCSI. « Abaissement de l’État… Comment expliquer aux policiers qui ont payé un prix si élevé depuis 18 mois pour maintenir la démocratie et la République face aux fascistes rouges et noirs ? », a réagi de son côté le syndicat Synergie-Officiers.

« Les manœuvres politiciennes de l’hôte temporaire de l’Élysée ont sali notre image avec l’aval d’un ministre de l’Intérieur déconnecté », a protesté de son côté le collectif UPNI (Union des Policiers Nationaux Indépendants) dans un communiqué sur Facebook.