Evasion de Redoine Faïd : son frère Brahim mis en examen et placé sous contrôle judiciaire


Redoine Faïd. (Capture écran Interpol)

Considéré jusqu’ici comme une victime abusée par son frère cadet, auteur d’une spectaculaire évasion de la prison de Réau (Seine-et-Marne) en 2018, Brahim Faïd est désormais dans le viseur de la justice. Les enquêteurs se demandent s’il est si étranger que cela à cette opération.

Au terme de 31 heures de garde à vue le 3 juillet 2018, Brahim Faïd, le frère de Redoine, assurait aux toujours aux enquêteurs qu’il n’était pas lié à l’évasion du détenu. Ce dernier, célèbre braqueur multirécidiviste, s’était évadé de manière spectaculaire de la prison de Réau par hélicoptère.

Le 1er juillet 2018, Brahim Faïd se trouvait pourtant au parloir avec son frère lorsque l’opération d’évasion s’était déclenchée. Selon des sources proches de l’enquête, l’aîné de la famille, âgé de 59 ans, a de nouveau été placé en garde à vue par les enquêteurs de la police judiciaire de Versailles, ce lundi, rapporte Le Parisien.

À l’issue des 48 heures durant lesquelles se sont enchaînées les auditions, le quinquagénaire a été mis en examen par les juges d’instruction en charge de ce dossier sulfureux, ce mercredi. Il est notamment poursuivi pour « évasion en bande organisée » et « association de malfaiteurs ».

Le parquet de Paris avait requis son placement en détention provisoire, mais finalement, Brahim Faïd a été placé sous contrôle judiciaire. Un rebondissement inattendu dans ce volumineux dossier.


Le détenu avait demandé à changer l’horaire du parloir

Lorsque l’évasion a eu lieu, le détenu Redoine Faïd bénéficiait de trois droits de visite. L’un d’entre eux avait été accordé à son frère aîné Brahim. La veille de l’opération commando à 13h45, le quinquagénaire avait déjà rendu visite à son frère.

Après ce rendez-vous, Redoine Faïd avait sollicité auprès de l’administration pénitentiaire d’avancer à 9 heures du matin son parloir du lendemain avec Brahim. Le célèbre braqueur, originaire de Creil (Oise), avait assuré que cela était en rapport avec son envie d’assister à la retransmission en direct du match de la Coupe du monde de football, qui devait se tenir à 13h45 ce jour-là.

C’est ainsi que Brahim s’était retrouvé au parloir avec son frère, le 1er juillet à 11h15, lorsque plusieurs hommes armés s’étaient posés en hélicoptère dans la cour de la prison. Ils avaient attaqué la porte des parloirs à la disqueuse, permettant à Redoine Faïd de s’évader.

Il assurait n’avoir aucun lien avec l’opération

Immédiatement interpellé, Brahim Faïd avait été placé en garde à vue dans la foulée, avant d’être libéré faute d’éléments à charge. Aux enquêteurs, il avait assuré, penaud, que le rendez-vous se déroulait normalement jusqu’à ce que son frère change de comportement soudainement, guettant l’arrivée de ses libérateurs.

Le quinquagénaire avait déclaré aux policiers qu’il ne serait « jamais venu » s’il avait « eu connaissance du projet d’évasion » de son frère. Il avait même affirmé « lui en vouloir énormément » d’impliquer de nouveau sa famille dans une telle affaire.

De forts soupçons deux ans plus tard

Près de deux ans après les faits, les juges d’instruction estiment que seul Brahim a pu informer le commando des heures prévues pour le parloir de son frère. Pour la justice, cette rencontre a donné le top départ de l’opération.

Jointe par le quotidien francilien, l’avocate du quinquagénaire, Me Sarah Mauger-Poliak a rappelé que « la responsabilité pénale n’est ni familiale ni fraternelle, elle est et doit rester personnelle », jugeant que le placement sous contrôle judiciaire de son client, au lieu d’un placement en détention provisoire, est « la victoire du droit sur le procès d’intention ».

D’autres membres de la famille de Redoine Faïd sont également mis en examen dans cette affaire, pour avoir participé à son évasion. La plupart sont encore derrière les barreaux.

Un lien avec le milieu corse

Les investigations menées par la police judiciaire de Versailles et l’Office central de lutte contre la criminalité organisée (OCLCO) basé à Nanterre, ont connu un rebondissement étonnant. Il est intervenu après la mise en examen de Jacques Mariani, ce Corse héritier présumé du gang de la Brise de Mer, le 9 juin dernier.

Les policiers sont convaincus qu’un membre du commando de l’hélicoptère est toujours en fuite. Il s’agit de celui qui portait la disqueuse ayant servi à attaquer la porte de la prison menant aux parloirs. D’après des déclarations recueillies auprès de l’un des mis en examen, ce dernier avait un « accent corse », relate le quotidien.

À ce stade des investigations, il n’a pas été identifié, mais les enquêteurs s’interrogent : ce malfaiteur n’aurait-il pas été fourni au clan Faïd par l’intermédiaire de Jacques Mariani ? Les policiers sont convaincus que le parrain corse avait conclu un pacte d’entraide avec Redoine Faïd.


Or, d’après des informations obtenues par le journal Le Parisien, Brahim Faïd a été en relation avec Jacques Mariani. Un détail capital mis en lumière dans une autre affaire : celle de l’assassinat de deux hommes à l’aéroport de Bastia-Poretta (Haute-Corse) le 5 décembre 2017.

L’enquête a démontré que le projet d’évasion de la prison de Réau n’était pas le premier. Des réunions occultes se seraient tenues entre le clan Faïd et les Corses en vue de préparer une évasion de Redoine de Fresnes dès le mois de février 2018.