🇫🇷 Gilets jaunes à Paris : Des casseurs équipés et organisés face à des forces de l’ordre dépassées.

par Y.C.

Les scènes de violences et de pillages se sont multipliées jusque tard dans la soirée à Paris ce samedi 1er décembre, qui restera une journée effrayante dans l’histoire de la capitale. Les dégradations dans l’Arc de Triomphe en sont un symbole fort, tout comme ces forces de l’ordre mises en difficulté tout au long de la journée.

Le chaos était visible dans le centre de Paris ce samedi soir. Des images de véhicules incendiés, de commerces pillés et de bâtiments dégradés, que la capitale n’avaient pas connues depuis des dizaines d’années. Le dispositif des forces de l’ordre a une nouvelle fois été débordé, pour le second samedi de suite, alors que la préfecture avait cette fois à faire à des groupes de casseurs très mobiles mais surtout très préparés et équipés.

5000 membres des forces de l’ordre avaient été déployés ce samedi pour maintenir l’ordre dans cette nouvelle journée de mobilisation des Gilets jaunes dans la capitale, que tout le monde savait à hauts risques, jusqu’au sommet de l’État.

26 compagnies de CRS et 23 escadrons de gendarmes mobiles étaient présents à Paris, associés à des policiers de la Compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI 75) mais aussi ceux de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) et ceux de la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), notamment plusieurs Brigades anti-criminalité (BAC) déployées avec des policiers en civil.

Des incidents dès 08h40

Un filtrage avait été mis en place très tôt le matin afin que les manifestants puissent manifester en sécurité sur le Champs-Élysées. Mais la grande majorité des Gilets jaunes ont décidé de rester à l’extérieur de ce périmètre fermé. Les premiers incidents ont éclaté vers 08h40 lorsque des manifestants ont tenté de forcer ce filtrage. Les forces de l’ordre ont utilisé des moyens lacrymogènes pour les faire reculer. Près de 14 heures de violences vont ensuite avoir lieu dans la capitale.

Face à des groupes de manifestants mobiles où des casseurs se sont incrustés et qui étaient environ 3000 selon les autorités, les policiers et les gendarmes ont souvent été débordés. Les fonctionnaires que nous avons interrogés évoquent « des méthodes de maintien de l’ordre dépassées ».

« On était assez nombreux, mais trop mal utilisés »

« Nous avions toujours du retard sur nos actions et nos mouvements, face aux casseurs qui agissaient en groupe et qui n’hésitaient pas à nous prendre à revers » nous explique un CRS. « On était assez nombreux, mais trop mal utilisés » nous détaille un autre, travaillant depuis une quinzaine d’années dans son unité et qui nous explique être rentré « plus qu’épuisé » à son cantonnement. « On nous demande de laisser les casseurs agir, de peur qu’ils soient blessés si on intervient, c’est ingérable ! » ajoute-t-il. Selon nos informations, les CRS et les gendarmes mobiles avaient reçu pour consignes en début de journée, d’interpeller dès que possible les auteurs de dégradations ou de vols, en flagrant délit.

Six compagnies républicaines de sécurité avaient pour mission de garder des bâtiments officiels, tel que l’Hôtel de Matignon, limitant donc le nombre de policiers faisant face aux casseurs.

Certains policiers ont une nouvelle fois travaillé pendant plus de 10 heures de suite, sans manger, sans pouvoir faire de pause, faisant face à des scènes de violences choquantes et incessantes. Benoît Barret, secrétaire national adjoint du syndicat de police Alliance évoque pour sa part « un point de rupture » des policiers ce dimanche sur le plateau de BFMTV.

Plus de 10 000 grenades lacrymogènes

7940 grenades lacrymogènes ont été utilisées ce samedi à Paris, rien que pour les CRS nous indique une source policière, que ce soit des LMC, CM3 ou CM6, sans oublier des grenades à main de type MP7. Un chiffre qui dépasse les 10 000 si l’on inclus celles des gendarmes mobiles et de la CSI.

Des moyens lacrymogènes qui n’ont pas vraiment eu l’effet escompté puisque un très grand nombre de manifestants et de casseurs étaient munis de masque, notamment à gaz. Par ailleurs, 339 grenades de type GLI-F4 ont été employées par les CRS, cette grenade assourdissante et lacrymogène normalement employée de façon rare. Un chiffre qui reflète la violence des affrontements.

Pour répondre aux mortiers d’artifice, aux pétards, aux assaillants venant au contact et aux pavés, les policiers ont également fait usage de leurs lanceurs de balles de défense à plus de 1000 reprises. Quant aux canons à eau, ils ont déversé 136 800 litres d’eau.

Au total, 412 personnes ont été interpellées à Paris selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Des dizaines de blessés chez les policiers

16 CRS ont été blessés, 211 ont été contusionnés. Du côté de la CSI, 10 policiers ont été blessés. Parmi eux, plusieurs ont été hospitalisés. Aucun bilan n’a encore été communiqué concernant les blessés chez les gendarmes mobiles.

Une centaine de personnes ont également été blessées parmi les manifestants et les casseurs. Un homme se trouve dans le coma après avoir été percuté par l’une des grilles des jardins des Tuileries (Ier), forcée par des dizaines d’individus.

Des véhicules de police brulés

Deux voitures de police ont été incendiées par des casseurs, l’une rue du Faubourg Saint-Honoré, à quelques dizaines de mètres du ministère de la Justice vers 16h30. Les trois policiers du 3ème arrondissement ont été attaqués par des dizaines d’assaillants et ont du quitter les lieux à pied. Les casseurs en ont profité pour se saisir du matériel des fonctionnaires et pour mettre le feu à la voiture de police.

Deux heures plus tard, c’est un autre véhicule de police qui a été incendié, stationné dans cette même rue, à la hauteur du commissariat situé au numéro 208. Ce même commissariat avait déjà été attaqué à la mi-journée.

Un fusil d’assaut de type HK G36 a par ailleurs été dérobé aux policiers au cours de l’après-midi, dans le XVIème arrondissement.

L’Arc-de-Triomphe dégradé et pillé

La journée aura également été marquée par le saccage en règle de l’Arc-de-Triomphe, dégradé et pillé par des casseurs. Des images choquantes ont été diffusées sur les réseaux sociaux, on y aperçoit les malfaiteurs en plein pillage.

Autres faits marquants, le policier passé violemment à tabac par une vingtaine d’individus, sur la place de l’Étoile, ou encore des policiers contraints de reculer, acculés par des dizaines de Gilets jaunes qui les caillassent.

136.000 manifestants en France

Au total, ce sont 136.000 manifestants qui ont été recensés dans toute la France ce samedi, selon un chiffre communiqué par le ministère de l’Intérieur ce dimanche.

Alors que des appels à un « Acte 4 » des Gilets jaunes à Paris ont déjà été lancés sur Facebook, Christophe Castaner a évoqué un possible recours à l’État d’urgence. Emmanuel Macron a annoncé qu’il ne s’exprimerait pas ce dimanche sur le sujet.