🇫🇷 L’ancien Préfet de police à Marseille Laurent Nunez est le nouveau patron de la DGSI.

Photo Maxppp

Recevant la Légion d’honneur, en 2011 à Bayonne, il s’en était presque excusé : « Avant moi, les médailles acquises dans ma famille, l’ont été sur le front. » Sur le front, Laurent Nunez y est à son tour. Ce préfet de 53 ans vient de prendre la tête de la DGSI, la Direction générale de la sécurité intérieure, en charge de la lutte antiterroriste realte le JDD.

En arrivant dans son nouveau bureau sous haute protection de Levallois, il a accroché trois cadres. Le premier aligne les quatre médailles de son grand-père maternel, Joseph, revenu du front de 14 et de Verdun. Le second est une lettre encadrée, celle annonçant la mort d’un de ses oncles, dans les Vosges, à l’été 44. Les deux tableaux voisinent avec une affiche de corrida témoigne qui, elle aussi, de son passé familial.

Les Nunez ont quitté l’Andalousie à la fin du XIXe pour s’installer en Algérie, dans la région d’Oran. Les parents de Laurent Nunez se sont connus sur le sol algérien français et sont arrivés en métropole en 1962. Où s’installer? Une tante, Antoinette, veuve d’un policier, habitait Bourges, près de ses enfants, hébergés à l’orphelinat de la police. Va donc pour Bourges. « Mes parents ont atterri dans un immeuble des quartiers nord. Ils n’ont jamais quitté la ville.

J’ai grandi là… » Laurent Nunez, sa sœur jumelle et son frère cadet ont eu une « enfance modeste et heureuse », élevés par « des parents tolérants », une mère institutrice et un père devenu architecte. « A la maison, je n’ai jamais entendu de discours pied-noir militant », confie-t-il. Le futur patron de la DGSI passe ses week-ends dans le sud du Cher à jouer au foot. « J’ai occupé tous les postes, et fini libero. » Un poste défensif polyvalent.

« Je me sens du Berry, c’est une terre simple, modeste, humble, où la parole donnée a de la valeur. » Un mi-chemin entre le Nord et le Sud. « Le centre, une sorte d’équilibre, de calme », sourit le préfet, qui se définit comme « ferme et rond à la fois ». Presque une devise.

« Au milieu du chaudron »

La suite est un parcours comme en permet encore la République aux enfants méritants de milieux modestes. Etudes de droit à Tours et concours administratifs. « Je voulais être commissaire, mais j’ai d’abord eu le concours des impôts. » Le voilà à Bercy, affecté au « péage » comme Mitterrand appelait son ministère des Finances. Il y apprend le contrôle fiscal, y rencontre sa future femme, une Marseillaise, et passe le concours interne de l’ENA.

Promotion Cyrano de Bergerac, celle de Chantal Jouanno, ancienne ministre de Sarkozy, d’Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, et de Renaud Vedel, futur conseiller de Manuel Valls pour les questions de police. « Je suis sorti de l’ENA en 1999, un an après l’assassinat du préfet Erignac, et dans ma promo, l’Intérieur a été très demandé. »

Laurent Nunez est d’abord affecté dans les entrailles de l’administration, au sein du service du ministère chargé de gérer les carrières du corps préfectoral. « Je ne me suis fait aucun ennemi pendant trois ans! », sourit-il à l’évocation de ce job tout en subtilité.

« C’est un énorme bosseur. Il sait prendre des décisions, s’y tenir et assumer derrière »

Puis en 2008, Claude Baland (futur DGPN) alors préfet de Seine-Saint-Denis, l’appelle comme directeur de cabinet, poste qu’il occupe aussi avec son successeur, Christian Lambert, un autre poids lourd de la police. « Tout cela s’est fait un peu par hasard », résumée Laurent Nunez, qui dit n’avoir « jamais rien demandé ni fait campagne pour quoi que ce soit ». Bobigny, premier poste sur la brèche. « J’aime quand ça bouge », admet-il, vivant depuis cette période à côté de deux téléphones qui ne dorment jamais.

De la Seine-Saint-Denis, il garde une image : celle de ces Lillois venus à un match de foot avec leurs enfants, et qui à cause d’une porte mal fermée et de peur de rater un bus, se sont retrouvés sur les voies de chemin de fer. Deux enfants morts. « Des gens très dignes », se souvient Nunez, marqué par ce chagrin.

Il atterrit ensuite à Bayonne deux ans et demi, y découvre les Basques, le terrorisme et le Sud-Ouest. Puis Bernard Boucault, le préfet de police, l’appelle au début du quinquennat Hollande. « Le n° 2 de la PP, c’est la tour de contrôle. Vous êtes au milieu du chaudron. »

« Confiance absolue »

Laurent Nunez découvre aussi que les polémiques sur la sécurité peuvent être politiques, comme avec les incidents du Trocadéro de 2013, après le titre de champion du PSG. L’épisode l’a « endurci ». En coulisses, depuis la salle de commandement, celui qui est l’ombre du préfet de police, gère les manifs pour tous, Charlie Hebdo, la marche du 11 janvier. Un sans-faute. « J’avais en Laurent Nunez une confiance absolue », confie Bernard Boucaut, qui salue son « sens de l’organisation et du management » et souligne « son intelligence des situations ».

En mars 2015, Nunez est nommé à la préfecture de police de Marseille, sur fond de règlements de comptes et d’explosion du trafic de drogue : « J’ai eu une mission claire, faire baisser la délinquance, dit-il. Elle a baissé. » « C’est un énorme bosseur, assure Christophe Reynaud, son bras droit dans la cité phocéenne. Il sait prendre des décisions, s’y tenir et assumer derrière. C’est même un honneur de travailler avec lui. »

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