🇫🇷 #Levallois « Tout ce qui porte un uniforme est devenu une cible potentielle »

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Une patrouille de militaires Sentinelle ont de nouveau été attaqués ce mercredi matin, cette fois à Levallois-Perret. Pour Bénédicte Chéron «tout ce qui porte un uniforme est devenu une cible potentielle».

Spécialiste des relations armées-société, Bénédicte Chéron est notamment l’auteur de Pierre Schoendoerffer (2012, CNRS éditions).

Un groupe de soldats de l’opération Sentinelle a été renversé ce mercredi matin à Levallois-Perret. L’agresseur a pris la fuite. Ce n’est pas la première fois que des soldats sont attaqués depuis le déploiement de cette opération. Pourquoi les militaires sont-ils devenus des cibles de choix?

Bénédicte CHERON.- Aujourd’hui, tout ce qui porte un uniforme, militaire ou policier, tout ce qui représente le pouvoir régalien, est une cible potentielle pour certains agresseurs et notamment pour les terroristes islamistes. Les motifs précis de l’agression dont nous parlons restent à déterminer, mais il y a bien une récurrence des actes terroristes qui visent spécifiquement les militaires et les policiers.

L’opération Sentinelle est-elle efficace? N’expose-t-elle pas inutilement les soldats à ce genre d’attaques?

L’opération sentinelle déploie des militaires sur le territoire, elle les expose donc nécessairement. Au moment de son déploiement juste après les attentats de janvier 2015, elle pouvait être légitime dans un contexte d’urgence et de brouillard face à la menace.

Mais, deux ans et demi plus tard, l’efficacité et le maintien de cette opération en l’état sont très contestables: 7000 à 10 000 militaires sont déployés, pour une efficacité difficile à évaluer, car, par nature, la mesure du caractère réellement dissuasif de la mission est quasiment impossible.

C’est une opération à un important coût financier mais aussi et surtout humain: les militaires sont très sollicités et éprouvés par cette opération qui n’en finit pas et sont des cibles récurrentes.

Comment remédier à cela?

Des propositions émanant de l’État-major de l’armée sont régulièrement faites pour réorganiser Sentinelle et en faire un dispositif modulable. Récemment, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Bosser, a proposé de réduire le dispositif à 3000 militaires déployés en conservant 3000 militaires en réserve en cas de nécessité urgente et, enfin, un dernier contingent de 3000 qui seraient consacrés à l’anticipation, ce qui permettrait d’assouplir le fonctionnement de l’opération.

Pour l’instant, les politiques n’ont guère eu le courage d’écouter ce qui leur était conseillé en la matière. Espérons que ce sera le cas à l’automne prochain, comme le gouvernement l’a laissé entendre.

Les militaires sont installés sur le territoire et dans notre imaginaire collectif dans un rôle qui ne peut être le leur que de manière très conjoncturelle et à la marge

Comment l’expliquez-vous?

Le maintien de cette opération est surtout un affichage politique, qui permet de rassurer les populations mais qui sursollicite les militaires et en fait malheureusement des cibles privilégiées.

Les armées sont très populaires, en plus d’avoir de réelles qualités opérationnelles, elles sont donc un excellent moyen pour l’État d’afficher sa puissance régalienne en situation de crise.

À moyen et long terme, les responsables politiques ont fabriqué eux-mêmes le piège dans lequel ils se trouvent pris: après avoir expliqué pendant plus de deux ans que le déploiement massif de militaires était un moyen efficace de prévenir de la menace terroriste, il leur faut désormais beaucoup de courage pour expliquer que face à cette même menace, l’opération Sentinelle déployée massivement n’est pas pertinente dans la durée.

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