Meurtre sauvage d’une jeune femme à Montpellier : l’un des suspects libéré en raison du Covid-19


Illustration. (IP3 RESS/MAXPPP)

Un juge d’instruction a accepté la demande de remise en liberté d’un des trois suspects dans l’affaire du meurtre sauvage d’Alaïs, 18 ans, à Montpellier (Hérault) le 9 février dernier. Une décision incompréhensible pour la famille de la victime.


Mis en examen et placé en détention provisoire comme deux autres suspects dans l’enquête sur le meurtre d’Alaïs à Montpellier, un homme a été libéré par la justice en raison de la pandémie de coronavirus. Une décision qui a fait bondir le père de la jeune femme de 18 ans.

Le mis en cause a été remis en liberté à la fin du mois de mars, dans le cadre de la crise sanitaire de Covid-19, par le juge d’instruction remplaçant du dossier relate Le Parisien. La famille d’Alaïs l’a appris ce mardi matin lors d’une audience devant la chambre d’instruction de Montpellier, qui examinait l’appel du rejet de remise en liberté d’un autre suspect dans ce même dossier.

Ce meurtre sauvage a eu lieu dans la nuit du 9 au 10 février. Alaïs, 18 ans, a été rouée de coups de poing et de pied, poignardée et étranglée. Elle avait été retrouvée, gisant dans son sang, dans un appartement situé à proximité de la place de la Comédie à Montpellier. La jeune femme n’a pas survécu à ses blessures. Elle est décédée à l’hôpital où elle avait été conduite dans un état critique.

Les enquêteurs du Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Montpellier avait alors interpellé un couple puis un troisième suspect. Ces derniers ont été par la suite mis en examen et placés en détention provisoire. C’est ce troisième suspect, âgé de 25 ans et surnommé « Clando » qui a été remis en liberté. Le jeune homme avait assisté au meurtre dans l’appartement et s’était présenté de lui-même aux enquêteurs du SRPJ, reconnaissant sa participation aux faits.


Le parquet n’a pas fait appel

Me Luc Abratkiewicz, l’avocat du père d’Alaïs évoque « un dysfonctionnement judiciaire » auprès du quotidien francilien, précisant qu’il n’a pas été informé de cette remise en liberté.

D’autre part, le parquet n’a pas fait appel de cette décision. Interrogé par le journal, il indique ne pas s’être opposé au choix du juge d’instruction, face à la situation des établissements pénitentiaires durant la crise du Covid-19. « Les deux établissements du département dépassent encore leurs capacités d’accueil », a expliqué le procureur de la république, Fabrice Belargent, ajoutant que le mis en cause respecte son contrôle judiciaire.

Le suspect de 25 ans avait lui-même rédigé sa demande de remise en liberté en mentionnant qu’il craignait d’être contaminé par le coronavirus.

« Je ne sais pas si ce juge a seulement regardé le dossier, ou alors s’il est totalement incompétent »

C’est un juge d’instruction remplaçant une collègue enceinte, initialement désignée, qui a apporté une réponse favorable à la demande du détenu. « Je ne sais pas si ce juge a seulement regardé le dossier, ou alors s’il est totalement incompétent », s’est exclamé le père de la victime, au Parisien. « Ce suspect, déjà connu de la justice, a assisté au massacre de ma fille, et on le libère tout juste deux mois après au nom d’une épidémie, c’est scandaleux », a-t-il poursuivi.

Le magistrat à l’origine de cette libération a dans le même temps « refusé la mise en liberté d’un autre suspect dans le dossier, qui n’avait servi pour le coup que de chauffeur aux deux autres et n’a pas assisté au meurtre d’Alaïs », ajoute Me Luc Abratkiewicz. Vice-président chargé de l’instruction au tribunal de grande instance de Montpellier depuis juillet 2019, ce juge avait déjà « défrayé dans le passé la chronique judiciaire » explique le quotidien.

Tuée par son ancien proxénète

Alaïs s’était installée à Montpellier quelques semaines avant son meurtre, avec deux amies. Les trois jeunes femmes avaient mis en ligne des annonces pour se prostituer et avaient de nombreux clients.

La jeune femme de 18 ans originaire de Seine-et-Marne a vraisemblablement été tuée car elle voulait s’éloigner de son ancien proxénète, Quentin R., 28 ans. L’homme déjà condamné à 15 reprises par le passé, notamment pour violences et menaces de mort, a reconnu lors de ses auditions qu’il s’en était pris à la jeune femme dans le but de récupérer de l’argent.