🇫🇷 Orne : Un policier témoigne de ses conditions de travail dans un long entretien accordé à la presse.

   par C. Laudercq et R. Lefras.
Illustration Actu17 ©

Une année 2017 bien sombre pour les policiers et les gendarmes. En effet 48 policiers et 16 gendarmes se sont suicidés. Ces dix dernières années 43 suicides ont été recensés par an.

Au cours d’un entretien accordé à Ouest-France, ce fonctionnaire du département de l’Orne a souhaité faire part de son expérience professionnelle.

« Je suis policier dans l’Orne depuis plus de dix ans. Je travaille plutôt dans l’investigation, sur de longues enquêtes. Ce poste demande du temps, mais je suis le seul de la brigade à m’occuper de certaines affaires. Il faudrait être trois, voire quatre ».

Le fonctionnaire poursuit : « Résultat, pour l’année 2017, j’en suis déjà à 1 000 – 1 200 heures supplémentaires. Même si ça va un peu mieux depuis quelques temps, on est en sous-effectif ».

Le policier évoque ensuite le matériel et le manque de solidarité

« Au niveau du matériel, c’est pareil. On vient tout juste d’avoir les HK, les nouveaux pistolets-mitrailleurs pour la protection en cas d’attentat. Ici, ils se sont rendus compte qu’on ne pouvait pas rivaliser s’il y avait un attentat.

Il y a aussi le manque de véhicules ou ceux qu’on pousse à l’extrême. Ces mauvaises conditions, ça se ressent avec les collègues. La police, qui est une grande famille, est en train de se désagréger. Il n’y a plus cet amour du métier, la solidarité.

On peut faire un parallèle avec la société : les policiers sont devenus individualistes. Aujourd’hui, beaucoup pensent : « Quand est-ce que je vais prendre du galon ? Quand est-ce que je vais avoir une augmentation ? » etc. On ne nous apprend plus à vivre dans le collectif. Un jour, lorsqu’un collègue avait des ennuis sur le terrain, j’ai déjà entendu un autre collègue demander : « C’est qui ? », « C’est untel », « Ah je n’y vais pas alors ».

« On n’est plus que des numéros » déplore-t-il

« De toute façon, nous, les policiers, on est des numéros. On va même bientôt être badgé, comme à l’usine, pour réguler nos horaires. Mais l’objectif de l’administration, c’est de nous fliquer. 
La pression vient aussi des statistiques. Et l’administration veille à ce qu’on les respecte. Mais le problème, c’est qu’il n’y a plus de notion de gravité. Pour eux, un fait est égal à un autre fait. Les collègues sont amenés à travailler sur « tout et rien », vu que toute plainte est recevable aujourd’hui… ça démotive et ce n’est plus le même investissement, le travail est dévalorisé. On en vient à se demander quel métier on fait.

C’est encore un métier qui me tient à cœur, je suis encore optimiste, mais on n’est vraiment plus beaucoup. »

Actu17.