Ouverture du procès des attentats de janvier 2015 : 14 accusés, dont 3 en fuite ou décédés


Paris, le 11 janvier 2015. (Shutterstock / Frederic Legrand - COMEO)

Seuls onze des quatorze individus poursuivis par la justice dans le cadre de l’enquête sur les attentats de janvier 2015 seront présents dans le box des accusés. Les trois autres sont en fuite ou décédés en zone irako-syrienne. Le procès s’est ouvert ce mercredi.

Les terribles images sont encore dans toutes les têtes. Le souvenir des victimes également. Ce mercredi 2 septembre 2020 s’ouvre devant la Cour d’assises spéciale le procès des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, à Charlie Hebdo, à Montrouge (Hauts-de-Seine) et dans l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes.

Les quatorze accusés sont soupçonnés d’appui logistique, à des degrés divers, au terroriste Amédy Coulibaly. Ils ont tous un casier judiciaire noirci pour des faits de droit commun. Onze d’entre eux encourent 20 ans de prison, deux accusés risquent la perpétuité et un autre est poursuivi pour un délit passible de dix ans d’emprisonnement.

Amédy Coulibaly avait été abattu après ses crimes, tout comme les frères Chérif et Saïd Kouachi. Aucun accusé ne peut être relié directement à ces derniers, qui « n’ont laissé que peu de traces derrière eux » selon les magistrats. Malgré des investigations menées tous azimuts, les enquêteurs n’ont pas pu tracer leurs armes, dont « la provenance » n’a pas pu « être établie », relate Le Parisien. « Ils ont veillé à ne pas attirer l’attention des services spécialisés, limitant leurs fréquentations, s’en tenant à leur cercle familial et communiquant discrètement » ont indiqué les juges d’instruction dans leurs conclusions.

L’audience sera filmée

Ce procès est historique, pour deux raisons principales. Tout d’abord, il s’agit du deuxième procès qui se tient en France pour un attentat djihadiste commis sur le territoire national. Le premier a eu lieu à l’automne 2017 et concernait les tueries perpétrées par le terroriste Mohammed Merah, à Toulouse et à Montauban, cinq ans plus tôt.


Ensuite, pour la première fois en France et pour des actes terroristes, le procès sera filmé, relate franceinfo. Le 8 juillet dernier, la cour d’appel de Paris avait accédé à la demande du Parquet national antiterroriste (PNAT). Car, si la captation d’images est interdite de manière générale lors des audiences, la loi Badinter de 1985 prévoit une exception si cela « présente un intérêt pour la constitution d’archives historiques de la justice ».

Un accusé poursuivi pour complicité

D’origine kurde, Ali Riza Polat est un homme de 35 ans. Délinquant multirécidiviste, radicalisé en 2014, il est soupçonné de complicité pour la totalité des faits commis et s’expose à la réclusion criminelle à perpétuité. Comme son ami de longue date Amédy Coulibaly, il est originaire de Grigny (Essonne). Des liens ont pu être établi entre lui et de nombreux autres accusés.

Ce trentenaire qui « apparaît à tous les stades de la préparation des actions terroristes », selon les magistrats instructeurs, est notamment soupçonné d’avoir mis en relation le terroriste avec l’un de ses fournisseurs d’armes présumés, plusieurs mois avant les tueries. Son écriture a notamment été identifiée sur une liste compromettante. Dans ce document, il demande le prix d’explosifs, de détonateurs, de munitions et de chargeurs de kalachnikov. Il est le seul poursuivi pour « complicité d’actes de terrorisme ».

Plus de 200 personnes se sont constituées partie civile

La plupart des 200 personnes qui se sont constituées parties civiles à ce stade de la procédure sont des proches des personnes tuées lors des attentats, des otages de l’Hyper Cacher et des victimes blessées par les terroristes dans les locaux de Charlie Hebdo, les rues de Montrouge, dans une station-essence de Villers-Cotterêt ou encore à l’imprimerie de Dammartin-en-Goële.

Plusieurs collègues du policier tué en service, Ahmed Merabet, se sont également constitués partie civile, tout comme l’association française des victimes du terrorisme et la commune de Montrouge. D’autres pourront le faire durant le procès fleuve qui doit se tenir jusqu’au 10 novembre prochain.