🇫🇷 Paris : Une suite d’erreurs à l’origine de la mort d’une policière de la brigade fluviale ?

par Y.C.
Illustration. (Photo Remy Buisine ©)

Le syndicat de la policière morte noyée dans la Seine dénonce une suite d’erreurs et d’aberrations de commandement.

Trois mois après le drame qui a secoué toute la Police Nationale, le Canard Enchaîné révèle une série de dysfonctionnements et d’erreurs qui ont peut-être coûté la vie à une policière de la Brigade Fluviale.

Du rêve au cauchemar

Elle s’appelait Amandine, et était âgée de 27 ans. La Gardienne de la Paix, originaire de Nice, avait réalisé un rêve en rejoignant les effectifs de la Brigade Fluviale. Elle avait été habilitée à la plongée opérationnelle trois semaines seulement avant le drame. Le 5 janvier, Amandine a disparu dans les eaux troubles de la Seine en crue, à hauteur de l’Île de la Cité à Paris.

Des prises de décisions controversées

Le jour du drame, en fin de matinée, malgré des circonstances périlleuses, la supérieure hiérarchique de la policière a décidé la mise en oeuvre d’un entraînement en conditions réelles. C’est ainsi qu’Amandine a été amenée à plonger dans le fleuve particulièrement mouvementé, reliée à une embarcation par un filin de sécurité. Porteuse d’une ceinture de plomb et d’une bouteille de plongée, la policière a coulé dans la Seine. À ce jour, son corps n’a pas été retrouvé. Le Parquet de Paris a ouvert une enquête pour faire la lumière sur les circonstances de ce drame.

Malheureux accident ou fautes caractérisées ? Des documents « accablants », selon un syndicat

Dès le lendemain du drame, le syndicat de la policière, l’UNSA Police, avait dénoncé la légèreté avec laquelle l’entraînement avait été mis en oeuvre, annonçant qu’il « ne lâcherait rien » pour identifier le ou les responsables des fautes commises.

Le syndicat a mis la main sur des documents qu’il considère « accablants ». Nicolas Pucheu, secrétaire départemental adjoint de l’UNSA Police a déclaré au journal Le Parisien : « La ligne de vie de la plongeuse a été lâchée au mépris du protocole, qui veut qu’auparavant, elle se soit délestée de sa bouteille d’air, de sa ceinture de plomb et ait gonflé son gilet, pour pouvoir se laisser dériver. Amandine a été livrée à la Seine avec un équipement d’une quarantaine de kilos, et elle n’est pas parvenue à gonfler son gilet. Amandine a coulé à pic. Quant à son collègue, resté dans l’embarcation, et censé lui porter secours, il n’était pas équipé de sa bouteille d’air : lorsqu’il a plongé pour lui venir en aide, il s’est trouvé en difficulté, dans des eaux démontées et des conditions exécrables. Il a dû regagner le bateau… ».

La Préfecture de Police aurait refusé l’intervention des plongeurs du RAID

Selon ce même syndicat, les responsables des policiers d’élite du RAID auraient proposé à la Préfecture du Police de Paris d’envoyer leurs plongeurs spécialisés pour tenter de retrouver le corps de leur collègue. La «  PP », comme elle est surnommée par les policiers, aurait décliné l’offre. Une « Question de susceptibilité » selon l’UNSA Police, qui sait que le RAID, placé sous l’autorité directe du Directeur Général de la Police Nationale (DGPN), ne fait pas partie de l’organigramme de la Préfecture de Police de Paris.

D’autres exercices quelques jours plus tard

Le responsable syndical et ses collègues n’auraient pas non plus digéré l’arrêt des recherches du corps d’Amandine, et la reprise des exercices en Seine quelques jours plus tard : « Au-dessus du corps de notre collègue introuvable. C’est indécent ».

La mère de la policière se porte partie civile

« À aucun moment, la préfecture ne nous a dit qu’une erreur avait été commise, c’est pourquoi je me suis portée partie civile » a déclaré la mère d’Amandine au Canard Enchaîné.

Actu17.