🇫🇷 Pourquoi la MDMA explose en France ?

Plus pure et moins chère, la consommation de MDMA explose en France. Elle s’incruste aux soirées, grâce à un marketing qui lisse son image. A tel point que beaucoup ne la considèrent même plus comme une drogue.

“Un petit peu de MD, c’est rien ! Pour moi, c’est même plus une drogue.” C’est comme ça que Sophie*, une étudiante de 22 ans, décrit sa consommation de MDMA. “ça ne fait rien de bien méchant”, annonce-t-elle, persuadée d’elle-même. Alors elle en prend quelques fois, “peut-être 4 ou 5 fois par mois”, seulement pour la sensation de “liberté” que cela lui procure. Cette drogue, aussi appelée ecstasy quand elle est sous forme de cachet, elle l’a découverte il y a quelques années, vers ses 18 ans. C’était à une soirée, le coup désormais classique. Car les cas comme elle explosent.

La MDMA n’est plus cantonnée aux raves et à la subculture.

Après une pénurie du produit en 2009, elle opère désormais un retour en force. “La MDMA est partout, et surtout dans les milieux très festifs, où la consommation est excessive et abusive”, analyse Laurent Karila, psychiatre spécialisé dans l’addictologie, à l’hôpital Paul-Brousse. Cette drogue s’incruste à nos événements, à tel point que depuis 2010, la consommation a énormément augmenté, selon les derniers chiffres du rapport de l’Observatoire français des drogues et de la toxicomanie (OFDT), publié fin juin 2017. 4,3% des 18 à 64 ans disent l’avoir testée en 2014, soit 1,7 millions de Français, contre 0,3% en 2010. “C’est une hausse importante, mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est l’âge très jeune des consommateurs”, souligne le spécialiste, également porte-parole de l’association SOS Addictions.

C’est ça, qui préoccupe notamment les professionnels de la santé. Les jeunes sont les premiers consommateurs, surtout à 17 ans. Ils étaient 3,8 % à la tester en 2014, contre 1,9 % en 2011. “Certains de mes patients ont 15 ans”, détaille le psychiatre.

Avec ses différents formats -comprimé, gélule, poudre, cristaux-, avec ses couleurs flashy -rose, vert, jaune…-, et ses imprimés originaux -cœur, étoile etc.- la MDMA a une bonne image et une bonne réputation auprès des utilisateurs. “J’ai l’impression que c’est plus safe que d’autres drogues”, avoue l’étudiante. “La MDMA a une image de drogue moins dangereuse, plus glamour, mais c’est faux”, renchérit le spécialiste.

De plus en plus accessible et parfois “gratuite”

Un packaging qui peut faire envie, et les techniques de vente la rendent très accessible. Besoin d’une petite dose de MD ? Fastoche, et même pas besoin de bouger de chez soi. “Il y a des call center, on peut envoyer un SMS, et on peut même en récupérer dans des drives, sans sortir de sa voiture”, indique Laurent Karila. D’autant que la France est une terre de “transit”, comme le précise l’OFDT, vers des filières très développées comme en Belgique. “En France, il y a une facilité de s’en procurer”, précise le psychiatre. Le 11 juin dernier, 157 kilos de MDMA ont été saisi à Calais, un record depuis 14 ans.

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