Réclusion criminelle à perpétuité pour un homme qui avait violé et tué peu après sa sortie de prison


Elise Fauvel et Julien Tesquet ont été tués le 20 décembre 2015 à Rouen. (DR)

Un homme disant se nommer Jean-Claude Nsengumukiza, âgé de 38 ans, Rwandais né en Ouganda, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité ce vendredi par la cour d’assises de Seine-Maritime, à Rouen.

Les faits sont d’une rare violence. Dans la nuit du 19 au 20 décembre 2015, un homme avait raccompagné Elise Fauvel, 24 ans, et Julien Tesquet, 31 ans, au studio de la jeune femme situé place de la Pucelle, alors qu’il les avait rencontrés à la sortie d’un établissement de nuit. Le tueur avait prétexté vouloir aider à soutenir le jeune homme éméché.

Le Rwandais est arrivé à 04h21 avec le couple, au logement d’Elise Fauvel, comme l’ont montré les images de vidéosurveillances d’un restaurant situé à proximité. C’est là que Jean-Claude Nsengumukiza a tué Julien Tesquet par strangulation, puis Elise Fauvel de la même façon, qui a également été violée.

De nombreuses lésions ont été constatées sur les deux corps, notamment celui de la jeune femme au niveau du crâne et du cou selon l’ancien chef de la brigade criminelle du service régional de la police judiciaire (SRPJ) de Rouen cité par Paris-Normandie.

Le tueur n’est reparti que 11 heures plus tard

Durant le procès qui a débuté ce lundi, deux experts-légistes sont intervenus à la barre et ont confirmé la mort par strangulation. « Il a fallu une certaine force pour en arriver là«  a expliqué l’un d’eux. De nombreuses traces de coups ont été relevées sur le corps d’Elise Fauvel, montrant qu’il y a eu une lutte avec son agresseur. « Il y a clairement eu une agonie de la victime (…) elle était en pleine conscience que l’irréversible allait arriver », a précisé l’un des médecins légistes. Julien Tesquet aurait été tué avant Élise Fauvel selon une autre expertise.


Le tueur n’a quitté le logement que le lendemain peu après 16 heures, et a pris la fuite. Après la découverte des deux corps, une enquête a permis de diffuser rapidement un portrait-robot du suspect. C’est finalement une patrouille de la BAC quelques jours plus tard, qui a repéré et interpellé un individu correspondant à la description. Il s’agissait bien du mis en cause, dont l’ADN a été retrouvé sur le corps de la jeune femme.

Les enquêteurs ont par la suite déterminé que le tueur avait coupé son téléphone portable à 3h37 la nuit du drame, et l’avait rallumé seulement en sortant du logement.

Remis en liberté un mois avant les faits, il aurait dû être expulsé

Jean-Claude Nsengumukiza n’était pas inconnu des services de la justice, loin de là. L’homme avait déjà été condamné à 14 reprises et venait de sortir de prison.

En 2009, il avait été condamné à 8 ans de prison pour le viol d’une femme à Rouen alors qu’il s’était introduit dans son appartement par la fenêtre. Le coupable avait finalement bénéficié d’une remise de peine de 23 mois et avait été remis en liberté seulement un mois avant ce double homicide à Rouen. Ce dernier aurait dû être expulsé du territoire, conformément à ses précédentes condamnations, ce qui n’avait pas été le cas.

L’affaire avait déclenché une polémique et la ministre de la Justice de l’époque, Christiane Taubira, avait ordonné une enquête administrative.

Plusieurs autres agressions contre des femmes

En 2006 déjà, le tueur s’était introduit de la même manière chez deux femmes, en escaladant la façade d’un immeuble, avant de s’introduire nu dans leur lit. Deux jours plus tard, il avait abordé une femme dans la rue et l’avait menacée avec deux armes de poing. La victime était parvenue à prendre la fuite.

Il avait été condamné à quitter le territoire français mais était parvenu à rester dans l’hexagone en donnant une nouvelle identité ou nationalité.

« Je ne suis pas venu, ici, pour faire du mal aux gens »

Jean-Claude Nsengumukisa était arrivé clandestinement en France en 2002 à bord d’un bateau en provenance des Bahamas. « Je voulais réaliser mon rêve, celui d’une vie meilleure, en France, en fuyant la misère de mon pays. Je ne suis pas venu, ici, pour faire du mal aux gens » a-t-il répété. Mais l’homme n’a jamais obtenu de titre de séjour.

Pour sa défense, l’avocate de la défense a évoqué les « troubles psychotiques » relevés chez lui en 2009. « Il a vécu le génocide » a-t-elle rappelé. « Je ne sais pas ce qu’il a vécu au Rwanda […] Il a utilisé une technique pour tuer. Peu de gens sont capables d’agir de la sorte à mains nues » lui a répondu l’avocat général.

« Il a fui la mort dans un pays pour apporter la mort chez nous »

Le magistrat a dénoncé un « schéma de violence extraordinaire ». « Il a tué deux personnes pour violer » a-t-il ajouté. A la barre, l’accusé a expliqué ne pas se souvenir des faits et s’en remettre à la justice. « L’accusé est un menteur. Il habite dans le temple du mensonge. Pour le reste, son nom, je ne le connais pas, sa date de naissance, je ne la connais pas » a rajouté l’avocat général.

L’un des avocats de la partie civile Dominique Lemiegre, a dénoncé « les fautes lourdes de l’État » et s’est dit « écœuré » que l’accusé ait bénéficié d’une remise de peine de 23 mois, le qualifiant « d’homme rusé, sans scrupule, qui n’hésite pas à instrumentaliser le génocide du Rwanda ». « Il a fui la mort dans un pays pour apporter la mort chez nous » a pour sa part martelé Me Mahiu, l’autre avocat de la partie civile, estimant « incurable » l’accusé.

« Quelle part a-t-il pu prendre dans ce drame [le génocide rwandais, ndlr] ? Était-il un enfant soldat armé d’une machette pour aller massacrer l’ethnie rivale ? » a poursuivi l’avocat.

Réclusion criminelle à perpétuité et 22 ans de sûreté

Conformément aux réquisitions de l’avocat général, la cour d’assises de Seine-maritime a condamné l’accusé à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de 22 ans de sûreté et d’une interdiction définitive de séjour en France.