🇫🇷 Redoine Faïd : 93 jours de cavale et un vaste travail des enquêteurs.

par Y.C.
Redoine Faïd a été arrêté ce mercredi matin, peu après 4 heures du matin. (photo Twitter)

Redoine Faïd a été interpellé ce mercredi matin peu après 4 heures du matin, par 80 policiers de la BRI nationale, de la BRI de Versailles, de la BRI de Lille, ainsi que ceux de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO). Une soixantaine de véhicules de police étaient présents ce matin. Un imposant dispositif afin de faire face à tous les scénarios possibles.

Sa cavale aura duré un peu plus de trois mois. Tout avait commencé par une évasion millimétrée. Les complices du multirécidiviste avaient pris en otage un pilote d’hélicoptère ce dimanche 1er juillet et l’avaient obligé à se poser dans la cour de la prison de Réau (Seine-et-Marne). Deux des malfaiteurs munis de gilets pare-balles étaient alors descendus de l’appareil, découpant une porte de service de la prison avec une disqueuse thermique, pour récupérer Redoine Faïd qui était alors au parloir. Le détenu et ses complices s’étaient enfuis en utilisant deux voitures.

Présenté comme un « individu dangereux », la traque du fugitif avait immédiatement démarré, notamment par l’exploitation des traces et indices laissés dans les deux véhicules abandonnés par les malfaiteurs dans leur fuite, tous deux incendiés. L’une des voitures avait été brûlée à Fay-Saint-Quentin (Oise), département d’où est originaire Redoine Faïd.

Un sac appartenant aux malfaiteurs retrouvé dans l’Oise

Un autre indice était tombé dans les mains des enquêteurs qui avaient acquis la certitude que le détenu en cavale de 46 ans, était resté en région parisienne. Un chasseur avait expliqué aux enquêteurs avoir aperçu trois individus dans une forêt de Verneuil-en-Halatte (Oise), en train d’enterrer un sac. Un sac qui appartenait en fait au commando.

« Deux fusils d’assaut AK47 et AR15, des munitions, des cagoules, des brassards de police, des talkie-walkies, une découpeuse thermique, une pioche et un tee-shirt identique à celui de Redoine Faïd lors de l’évasion », a détaillé mercredi 3 octobre François Molins, procureur de la République de Paris.

Des empreintes de Redoine Faïd avait alors été retrouvées dans ces effets. Les enquêteurs ont ensuite constaté que l’ensemble des téléphones portables des proches du fugitif avaient cessé subitement toutes communications, après cette découverte.

Une course-poursuite jusqu’à Sarcelles et une arrestation ratée de peu

Le multirécidiviste avait été ensuite repéré du côté de Sarcelles (Val-d’Oise), le 24 juillet. Une patrouille de gendarmes avait décidé de procéder au contrôle d’un véhicule Renault Laguna dans lequel se trouvaient deux individus. Le chauffeur avait refusé le contrôle et avait pris la fuite. Une course-poursuite s’était engagée. Le conducteur s’était alors engouffré dans le parking d’un centre-commercial de Sarcelles avant que les deux occupants prennent la fuite à pied.

Une interpellation manquée de seulement quelques secondes selon plusieurs sources proches de l’enquête. Les caméras de vidéosurveillance montreront que Redoine Faïd était bien le passager de la voiture, tout comme les empreintes génétiques analysées par la suite. L’un des frères du fugitif était au volant.

« Six pains d’explosifs factices PEP 500, 18 détonateurs en état de fonctionnement dont deux reliés à des mèches prêtes à l’emploi, ainsi qu’un ‘kit de survie' » avaient été retrouvés dans la voiture.

Opération de police chez les proches de Faïd

L’enquête a pris un nouveau tournant le 5 septembre dernier. Une opération de police s’est déroulée ce matin là. Une cinquantaine de policiers de la police judiciaire de Versailles et de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) ont débarqué chez des proches de Redoine Faïd, dans l’Oise et à Paris.

Plusieurs perquisitions ont également été menées. Le but des enquêteurs était de mettre une « pression psychologique » sur le détenu en cavale.

Redoine Faïd avait été « repéré » à Creil par les forces de l’ordre explique franceinfo. Ce dernier avait été placé sous la surveillance des policiers de la BRI. Un travail de téléphonie a alors été engagé, afin d’obtenir de nouvelles informations sur le fugitif et ses complices.

Un méticuleux travail de téléphonie

Une stratégie qui a payé. Trois flottes de téléphones portables ont été identifiées au total. C’est l’une des lignes appartenant au frère de Redoine Faïd selon M6, qui a permis aux enquêteurs de se rapprocher un peu plus de leur objectif.

« L’une des lignes téléphoniques utilisées était en possession d’un individu qui recevait des instructions visant à trouver de l’argent » a détaillé François Molins ce mercredi.

Préparer de nouveaux braquages

Redoine Faïd avait la volonté de mettre sur pied de nouveaux plans pour « monter au braquage » afin de financer sa cavale selon Le Figaro. C’est en mettant en œuvre ces vols à main armée qu’il a été pris au piège selon le quotidien.

Les enquêteurs ont effectué un vaste travail de regroupement d’informations, d’écoutes téléphoniques mais aussi de filatures sur le terrain, à Creil, pour parvenir à retrouver la trace du fugitif. Les policiers n’ont jamais obtenu de « traces directes » de Faïd ou de « conversations claires ».

Le travail de téléphonie sur la ligne téléphonique évoquée par le procureur de Paris a permis l’identification d’une femme, résidant dans le quartier du Moulin à Creil. Cette dernière se déplaçait à bord d’une Citroën C2.

Habillés en burqa

La nuit du 29 au 30 septembre, la jeune femme a pris à son bord une personne vêtue d’une burqa, dont l’allure générale « pouvait laisser penser qu’il s’agissait d’un homme » a déclaré le procureur de Paris. Le suspect a pénétré chez la jeune femme, tout comme un second individu, lui aussi habillé en burqa.

De nouveaux éléments qui ont permis aux enquêteurs d’accélérer.

Une interpellation sans violence ni coups de feu

Redoine Faïd sera finalement interpellé ce mercredi matin très tôt lors d’une importante opération de police. L’homme était habillé en jogging et en djellaba au moment où il a été arrêté.

Il se trouvait dans son lit et avait à portée de main, une arme de poing dont il ne s’est pas servi. Un pistolet mitrailleur de type Uzi a également été retrouvé près du multirécidiviste.

Son frère aîné, Rachid Faïd, et deux de ses neveux ont été également interpellés dans cet appartement situé au 4ème étage, tout comme cette jeune femme, considérée comme la « logeuse ». Deux autres individus ont été interpellés à leur domicile dans l’Oise.

Une ex-policière a hébergé le fugitif

Âgée de 28 ans et interpellée en même temps ce matin, la « logeuse » de Redoine Faïd est une ancienne policière a révélé M6. Cette dernière a en effet été adjointe de sécurité de 2010 à 2013 à Persan (Val-d’Oise), puis à la Police aux Frontière (PAF) à Roissy, de 2013 à 2014, avant de démissionner.

Redoine Faïd a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour son implication dans la tentative de braquage raté qui avait coûté la vie à la policière municipale de 26 ans Aurélie Fouquet, en mai 2010 à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne).

Actu17.