🇫🇷 Terrorisme : Depuis 2012, 60% des auteurs d’attentats n’étaient pas fichés S (FPR) ou au FSPRT.

par Y.C.
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Seulement 40% des auteurs des attaques terroristes en France étaient inscrits au Fichier des Personnes Recherchés (FPR) ou au Fichier des Signalements pour la Prévention et la Radicalisation à caractère Terroriste (FSPRT), depuis 2012. Pour Jean-Claude Brisard, Président du Centre d’Analyse du Terrorisme (CAT), il faut renforcer les relais sur le terrain.

Alors que la question de l’expulsion des étrangers « fichés S » pour radicalisation est de nouveau mise au premier plan par beaucoup de responsables politiques, le Centre d’Analyse du Terrorisme (CAT) révèle que 60% des terroristes qui ont frappé la France depuis 2012 n’apparaissaient sur aucun fichier administratif des services de police et de gendarmerie, que ce soit au FPR ou au FSPRT. C’était le cas notamment du tueur de la gare Saint-Charles Ahmed Hanachi ou encore celui de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, le conducteur du camion bélier de Nice.

Plus concrètement, ces derniers n’étaient donc pas « suivis » par les services de renseignement, que ce soit la DGSI, la SDAT, ou le renseignement territorial.

Plusieurs types de fiche S et plusieurs catégories

Rappelons que la fiche S (signifiant Sûreté de l’État) n’est pas un acte judiciaire ou une condamnation, mais juste un moyen pour les forces de l’ordre d’identifier des individus radicalisés et/ou pouvant représenter un danger pour la sécurité du pays ; et ce, qu’ils aient déjà été condamnés ou non. La fiche S n’est d’ailleurs pas utilisée uniquement pour le domaine du terrorisme mais pour d’autres domaines comme l’économie souterraine, les hooligans ou les activistes violents comme les « black bloc » par exemple.

Il existe également plusieurs catégories de fiche S, de « S1 » à « S16 ». « S14 » correspond par exemple aux djihadistes revenant de la zone irako-syrienne, tandis que « S5 » implique un signalement lors d’éventuels passage aux frontières. Mohammed Merah était visé par cette catégorie. Le cumul de catégories est possible.

26.000 personnes actuellement fichées S

Selon Le Figaro citant un décompte récent, le nombre de personnes fichées « S » est de 26.000 dont 10.000 pour radicalisation.

En février 2018, le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), qui selon les services du gouvernement, comptait près de 20.000 individus, dont 77 % d’hommes explique Le Monde. Le FSPRT qui a été crée en 2015 est entièrement dévolu à la lutte contre le terrorisme.

« Le problème, c’est qu’on est aveugles »

Pour Jean-Claude Brisard (Président du CAT), la solution est claire « il faut multiplier les relais de terrain » et ne pas « tout miser sur l’électronique ». « Dans 80 % des passages à l’acte, au moins une personne de l’entourage était au courant du projet du terroriste. Il faut donc multiplier les capteurs partout sur le terrain. » ajoute-t-il dans une interview au journal La Croix.

« Pour les personnes du haut du spectre, surveillées par la DGSI, le plus léger correspond généralement à une surveillance électronique et téléphonique. Le plus dense, c’est une surveillance humaine avec filatures, balisage, sonorisation. » explique Jean-Claude Brisard.

Revenant sur la convocation de la DGSI, envoyée en mars à Radouane Lakdim, peu avant son passage à l’acte, le Président du CAT ne mâche pas ses mots : « Le problème c’est qu’on est aveugles »« Pour se faire une idée de qui on a en face, pour mieux cerner la personne, on en est réduit à la convoquer. » poursuit-il. « Les fichiers ne préviennent pas des attentats, ils sont des marqueurs, des outils pour les services, rien de plus. »

Depuis janvier 2015, 51 attentats ont été déjoués, 17 ont échoué, et 11 ont abouti a révélé Edouard Philippe à l’Assemblée Nationale ce mardi.

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