Touristes scandinaves décapitées au Maroc : 15 suspects présentés à un juge d’instruction.


Louisa Vesterager Jespersen et Maren Ueland ont été tuées dans la nuit du 16 au 17 décembre 2018, dans le sud du Maroc.

Ce sont au total 15 suspects qui ont été mis en cause dans l’affaire de l’assassinat de deux touristes scandinaves dans le sud du Maroc, dans la nuit du 16 au 17 décembre. Les deux victimes ont été décapitées. Le double assassinat a été qualifié de « terroriste » par les autorités marocaines.

Louisa Vesterager Jespersen, une étudiante danoise de 24 ans, et son amie Maren Ueland, une Norvégienne de 28 ans, ont été tuées dans la nuit du 16 au 17 décembre dans le sud du Maroc, où elles passaient des vacances. Leurs corps ont été retrouvés dans un site isolé du massif du Haut-Atlas, sur la route du Mont Toubkal, le plus haut sommet de l’Afrique du nord. Elles y avaient planté leur tente pour la nuit.

Dans un communiqué, le procureur général de Rabat a indiqué avoir demandé au juge d’instruction antiterroriste, d’interroger les suspects pour « constitution d’une bande afin de préparer et commettre des actes terroristes« , « atteinte à la vie de personnes avec préméditation« , et « apologie du terrorisme » rapportent plusieurs médias.

Le parquet a réclamé le placement en « détention préventive des personnes arrêtées » tandis que 7 autres suspects toujours en garde à vue, vont être déférés devant le parquet ces prochains jours.

Un nouveau suspect interpellé ce samedi

Un nouveau suspect, Hispano-Suisse installé au Maroc et « imprégné de l’idéologie extrémiste » selon les autorités, a été arrêté ce samedi à Marrakech, pour ses liens présumés avec certains des suspects.


Les quatre tueurs présumés avaient prêté allégeance à l’EI, dans une vidéo diffusée après le double assassinat, enregistrée quelques jours auparavant. Ces derniers font partie d’une cellule inspirée par l’idéologie du groupe EI mais n’avaient « aucun contact » avec des djihadistes présents dans la zone irako-syrienne selon le chef de l’antiterrorisme marocain Abdelhak Khiam cité par la RTBF.

Abdessamad Ejjoud, qui a été désigné comme le chef de cette « cellule terroriste », un marchand ambulant âgé de 25 ans, avait été condamné dans le passé pour avoir tenté de rejoindre les zones en Irak et en Syrie, contrôlées par l’EI. Il avait bénéficié d’une réduction de peine.

« Poignardées, égorgées puis décapitées »

« Les deux victimes ont été poignardées, égorgées puis décapitées » a expliqué cette semaine Abdelhak Khiam, directeur du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ). « Ils s’étaient mis d’accord sous l’influence de leur émir pour mener une action terroriste à l’intérieur du royaume visant ou les services de sécurité ou des touristes étrangers », a détaillé Abdelhak Khiam.

« Ils sont partis dans la région d’Imlil parce qu’elle est fréquentée par des étrangers ». Deux jours après leur arrivée, ils ont vu les deux touristes installées dans une zone isolée et ils « se sont mis d’accord pour passer à l’acte », a-t-il poursuivi.

L’assassinat filmé et diffusé sur les réseaux sociaux

Par ailleurs, la vidéo de l’exécution des deux victimes, diffusée sur les réseaux sociaux après la tuerie, a été authentifiée par les autorités marocaines.

Ces images tout comme l’affaire en elle-même, ont provoqué un vif émoi au Maroc, mais également au Danemark et en Norvège, pays d’origine des deux touristes brutalement tuées.

La question de la peine de mort

Des voix se sont élevées au Maroc, réclamant la peine de mort pour les auteurs de cet effroyable assassinat. « Personnellement, je suis pour le maintien de la peine de mort en dissuasion du public, sauf dans les affaires d’opinion et de politique » a déclaré l’avocat au barreau de Casablanca Saïd Didi sur Facebook.

L’économiste Rachid Achachi est du même avis : « Je pense qu’il est désormais temps de revenir aux fondamentaux et de restaurer, comme je le défend avec d’autres depuis longtemps, la peine de mort effective au Maroc ».


Une pétition a également été lancée et signée par plus de 2700 personnes. Cette dernière rappelle que le code pénal marocain stipule dans son article 393 que « le meurtre commis avec préméditation ou guet-apens est qualifié assassinat et puni de la peine de mort ».

Le Maroc reste encore flou sur la question alors que le pays a cessé d’appliquer la peine de mort depuis 1993. En septembre dernier lors de 73ème session de l’assemblée nationale des Nations Unies, le Royaume s’est de nouveau abstenu de voter le moratoire sur les exécutions en vue de l’abolition de la peine de mort.

« L’atrocité du crime et de la vidéo qui a circulé suscitent tout naturellement une réaction démesurée menant vers l’adoption d’une position radicaliste. Mais, c’est une sorte d’état second, dès que l’on retrouve notre état normal, notre évaluation devient plus raisonnable », estime le président de l’Organisation marocaine des droits de l’homme (OMDH), Aboubakeur Largou, dans une déclaration au HuffPost Maroc.