Un couple de Limoges écoulait des milliers d’euros du «trésor de Kadhafi» depuis des mois


Mouammar Kadhafi le 4 novembre 2008. (photo Sodel Vladyslav/shutterstock)

Un couple habitant Limoges (Haute-Vienne) a été interpellé et placé en garde à vue au début du mois d’octobre avec une partie du trésor de l’ex-chef d’État libyen Mouammar Kadhafi.

Interpellé avec 20 000 euros en billets moisis, provenant d’une banque à Benghazi (Libye), le couple avait déjà écoulé le double de ce montant en l’espace de quelques mois raconte Le Parisien. Cet homme et cette femme ont été placés en garde à vue au début du mois d’octobre dans le cadre de l’enquête menée par les policiers de la police judiciaire et ceux de l’Office central pour la répression du faux monnayage (OCRFM).

Le début de cette affaire remonte à l’année 2017. L’armée nationale libyenne du commandant Khalifa Haftar tente de prendre la ville de Benghazi. Les rebelles en profitent pour piller la banque dans laquelle se trouvent 160 millions d’euros en espèce, à l’intérieur de la salle des coffres. Il s’agissait uniquement de grosses coupures de 100 et 200 euros, fabriquées en Allemagne à la demande de Mouammar Kadhafi qui a été tué en 2011 après la chute de Tripoli.

Les billets revendus à la mafia turque

Seule la moitié des billets étaient en bon état. L’armée nationale libyenne s’est servie de ces 80 millions d’euros pour acheter des armes et du matériel selon une source judiciaire citée par nos confrères. L’autre moitié des billets était dans un très mauvais état, noircis ou même moisis. La banque a en effet été touchée par les bombardements et le système de sécurité a noyé la salle des coffres.

Les rebelles ont d’abord tenté d’écouler quand même cet argent, en vain. Ces billets ont été revendus « entre 20 et 40 % de leur valeur faciale à la mafia turque » selon un rapport européen.


Une dizaine de mois plus tard, à l’été 2018, ces billets sont apparus en Allemagne puis en Europe. La banque centrale européenne (BCE) a rapidement déterminé que l’argent venait du pillage de Benghazi. « C’était souvent des personnes de bonne foi qui travaillaient au noir et étaient payées avec ces billets », précise cette même source qui ajoute que « cet argent a très vraisemblablement servi dans des transactions de produits stupéfiants ».

D’autres personnes se sont rendues directement en Turquie pour racheter cet argent sale entre 50 et 75% de sa valeur faciale. Une enquête a été menée par la suite par l’ONU et une autre par la BCE, qui ont conduit à l’interdiction de ces billets. Les banques ont reçu pour consignes de ne plus accepter cet argent sale, ce qui n’a pas empêché certains de continuer à les écouler, « tous les agents [des banques] n’étaient pas forcément vigilants lors des petits dépôts ».

Un banal contrôle en Belgique

En janvier 2020 lors d’un contrôle de routine en Belgique, un homme de 39 ans originaire de Limoges a été arrêté avec près de 15 000 euros en billets libyens abîmés. Les enquêteurs ont ensuite découvert que sa maîtresse âgée de 42 ans, travaille sur les marchés et n’a donc pas de difficulté à justifier auprès de son banquier, le fait qu’elle apporte des billets en mauvais état. Son compagnon a de son côté été chargé d’écouler l’argent dans des pays qui sont moins assidus à ce genre de choses.

La mise en cause, gérant d’une société et déjà connue pour des escroqueries à travers des sociétés écrans, a été interpellée début octobre. Les policiers ont saisi 20 000 euros à son domicile tandis que près de 40 000 euros avaient été écoulés rien que durant l’année 2020. La quadragénaire a été freinée par les mesures de confinement, ce qui l’a empêchée de poursuivre ses allers-retours vers la Turquie, d’où elle ramenait à chaque fois entre 5 et 10 000 euros détaille cette même source.

Près d’un million d’euros écoulés en France

Il s’agit de la plus grosse saisie de ces billets libyens sur le sol européen. Le couple est le seul à avoir été inquiété jusqu’ici pour blanchiment en bande organisée et recel de vol aggravé, même si aucune plainte n’a été déposée pour le pillage de la banque de Benghazi.

Le couple a d’abord nié les faits en garde à vue, avant de les reconnaitre. Les mis en cause ont été remis en liberté ce vendredi et placés sous contrôle judiciaire. L’ONU estime qu’entre 6 et 8 millions d’euros de ce trésor a été écoulé en Allemagne et près d’un million en France.