🇫🇷 Un site internet pour rendre hommage aux policiers morts en service.

par Y.C.
Photo d'écran.

Le mémorial en ligne des policiers victimes du devoir a été créé par un fonctionnaire de police, sur son temps libre.

À chaque décès en service d’un de ses collègues, Thomas enquête, documente et publie une page dédiée à son souvenir.

« Qui meurt pour son pays, vit éternellement » – Robert Garnier, écrivain

Depuis 2012, le policier administre et tient à jour un mémorial pour rendre hommage à ses collègues tombés en service depuis 1970. Avec tenacité, il se documente et source les informations glanées au fil de ses recherches.

Un travail gigantesque

Sur une page de son site, Thomas, qui se fait tantôt enquêteur, tantôt archiviste, affiche la totalité des victimes du devoir mentionnées dans le mémorial. Il en tire également des statistiques sur les décès d’origine criminelle qu’il est parvenu à répertorier au fil des ans.

Dans une autre rubrique, ce passionné d’histoire et fin limier tient une « veille d’information » concernant les protagonistes des faits archivés. On y trouve notamment les suites judiciaires des mis en causes.

Un devoir de mémoire

Sur le groupe facebook du mémorial, le policier publie chaque anniversaire de disparition des victimes du devoir, une manière d’entretenir leur souvenir.

Le créateur du mémorial se confie

Nous avons voulu en savoir plus sur l’homme qui travaille humblement sur ce projet depuis six ans.

Thomas a bien voulu répondre à nos questions : Qu’est ce qui vous a poussé à créer « Police Hommage » ? Et d’où vient la motivation qui vous permet de perpétuer ce travail au fil des ans ?

Il se confie : «  Cela ne vient pas d’une décision prise du jour au lendemain. En fait, je crois qu’il faut remonter assez loin, jusqu’à l’enfance, que j’ai passée près des Ardennes. C’est une région toujours marquée par la grande guerre, partout, ce n’est que stèles, mémoriaux, cimetières militaires, … même lorsque je promenais en forêt on trouvait toujours des objets : des casques, des bottines, des baïonnettes, des tranchées encore ouvertes. Cela laisse des traces j’imagine. J’ai donc toujours été sensible au devoir de mémoire.

« Être effacé de la mémoire collective »

Lorsque je suis entré dans la police, c’était en 2001, une année noire pour ceux qui se souviennent, beaucoup de policiers tués au feu. L’affaire du Plessis-Trévise m’avait ému. Je me disais déjà que je pouvais être n’importe lequel de ces collègues. Parfois, je voyais des portraits de policiers tués, mais avec le temps plus personne n’était en mesure de m’en parler, on ne savait même plus ce qui les avait tués. J’ai trouvé cela dommage. Être effacé de la mémoire collective du moins.

« …les travaux de Stéphane Lemercier »

Je crois qu’il y a eu un déclic quand j’ai retrouvé le portrait d’un policier dans une pièce qui ne le mettait pas vraiment en valeur, d’autant que personne ne savait qui il était… Il n’existait aucune information directement accessible, il fallait chercher.

Stéphane Lemercier, auteur de l’ouvrage « Victimes du Devoir », éditions du Prévôt, 2011.

Je m’étais intéressé aux travaux de Stéphane Lermercier, un officier de police qui a passé 10 ans a recueillir des informations sur les policiers victimes du devoir. Il a fini par en faire un livre qui a reçu un accueil pour le moins décevant, je pense, mais je ne veux pas parler pour lui. J’avais déjà commencé à faire quelques recherches à ce moment. J’ai repris un peu la suite sans le savoir, mais je me suis attaché à faire des recherches sur une période plus récente, depuis 1970.

« J’aime l’Histoire »

Il y a le devoir de mémoire, mais je dois aussi avouer que me replonger dans certaines époques par le biais des articles de presse notamment est plaisant. J’aime assez l’Histoire même si cela fait un peu hors sujet.

À mesure que j’ai créé des articles, j’ai développé une méthodologie de recherche. De là, avec les mains tendues, par les familles endeuillées le plus souvent, je suis arrivé à quelque chose d’assez complet.

« Une communauté qui s’entraide et se soutient »

J’ai eu de nombreux échanges au point d’avoir indirectement créer une petite communauté autour du deuil policier. Veuves, orphelin(e)s, proches collègues ayant vécu les drames… Cette petite communauté interagit entre elle, elle s’entraide et se soutient mutuellement. Elle partage autour d’un sujet qui a parfois du mal à sortir dans les familles concernées, j’imagine.

Tout cela m’incite à perservérer, car même après des décennies, des personnes qui n’ont pas oublié m’écrivent sur l’un de ces malheureux policiers. J’ai beaucoup d’anecdotes que je n’aurais pas cru possibles.

« Rester le plus neutre possible »

Pour finir, je sais que c’est aussi un sujet très délicat. Le fait de remuer le passé est compliqué. Chaque « affaire » est unique mais elles peuvent amener parfois à des interprétations sur d’éventuelles erreurs commises, et des blessures à l’âme toujours ouvertes. J’ai toujours essayé de rester le plus neutre possible dans les propos tenus dans les récits ».

La rédaction d’Actu17 tient à remercier Thomas de lui avoir accordé sa confiance et de s’être confié à elle.

Vous pouvez visiter le mémorial « Police Hommage » en cliquant ici.

Actu17.