Vanves : Deux policiers auraient blessé l’une de leur collègue et fait accuser un interpellé

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Deux policiers affectés au commissariat de Vanves (Hauts-de-Seine) ont été mis en examen en octobre dernier notamment pour « faux par dépositaire de l’autorité publique et usage de faux » ainsi que « violence en réunion ». Ils seraient au centre de nombreux faits graves.

Une policière a dénoncé les violences qu’elle aurait subies le 16 mai 2020 de la part de deux de ses collègues. C’est à partir de ce moment-là que cette affaire a été révélée raconte Le Monde. Ce jour-là, deux gardiens de la paix se sont amusés à la menotter avant de la mettre dans une cellule de garde à vue du commissariat de Vanves, où ils travaillent tous les trois. Mais la plaisanterie tourne mal. La policière se fracture un poignet en tombant dans la geôle où elle aurait été jetée. Il s’agissait semble-t-il d’un bizutage selon le quotidien.

Les deux policiers n’auraient pas prêté attention aux douleurs de leur collègue qui se plaignait de sa blessure… jusqu’au lendemain où ils ont constaté qu’elle était bien réelle. Le duo affecté dans une brigade de jour aurait ensuite convaincu sa collègue d’inventer une histoire, pour que sa blessure soit attribuer à un tiers.

Un procès-verbal accusant un interpellé

Ils auraient alors décidé d’imputer cette fracture à un homme qu’ils venaient d’interpeller, qui s’est rebellé après avoir refusé de se soumettre à un contrôle. Il a été placé en garde à vue. Le procès-verbal écrit par les trois fonctionnaires mentionnait la façon avec laquelle l’homme s’en serait violemment pris à la policière. Un certificat lui attribuant plusieurs dizaines de jours d’Incapacité totale de travail (ITT) lui a également été remis. Un élément qui donnait donc un important crédit au récit des trois policiers.

Poursuivi pour « rébellion » et pour les violences à l’encontre de la fonctionnaire, le procès de cet homme devait se tenir en octobre 2020. Il risquait alors cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Elle confie la vraie histoire à son commissaire

La situation a basculé lorsque, le 22 mai, le commissaire de Vanves a appelé la policière blessée – en arrêt de travail à son domicile – pour prendre de ses nouvelles. Cette dernière se serait mise à pleurer avant de passer aux aveux. Elle aurait affirmé à son chef de service être harcelée par ses deux collègues depuis plusieurs mois raconte Le Monde, avant de lui expliquer la véritable raison de sa blessure et donc la rédaction de ce faux procès-verbal.

La procureur de la République a été avisée et une enquête préliminaire a été confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). L’ensemble des policiers de cette brigade vont alors être entendus tour à tour.

Les deux policiers concernés « faisaient un peu la loi et exerçaient une forme de pression sur leurs collègues » précise une source judiciaire citée par nos confrères. Ils ont été placés en garde à vue pour être interrogés et ont nié les faits. Ces derniers ont été suspendus le 11 juin avec l’interdiction d’exercer la moindre fonction le temps de cette procédure. Durant cette enquête, l’IGPN aurait découvert d’autres faits, tout aussi graves, remontant au moins à 2019. L’homme accusé par le trio a quant à lui été relaxé lors de son jugement.

L’un des deux policiers, qui serait le meneur, a été placé sous contrôle judiciaire et une information judiciaire a été ouverte par le parquet. Lors de leur première audition par un juge d’instruction en octobre dernier, les deux hommes ont été mis en examen pour « faux par dépositaire de l’autorité publique et usage de faux, violence en réunion, harcèlement, injures à caractère raciste » a indiqué le parquet. Cette même source judiciaire évoque « une loi du silence au sein de la brigade » concernée et le fait qu’aucun policier ne voulait dénoncer ses collègues.