Yvelines : La jeune prostituée et son amant livraient la drogue à domicile grâce à Snapchat


Illustration. (nikkimeel/Adobe Stock)

Après plusieurs mois d’enquête, les policiers ont démantelé un trafic de drogue dans les Yvelines. Les clients passaient commande sur le réseau social Snapchat. Quatre suspects ont été écroués. Du cannabis, de la cocaïne et plus de 12 000 euros ont été saisis.

Fin de partie pour le « call-center » de la drogue à Élancourt (Yvelines). Trois hommes et une femme, âgée de 18 à 36 ans, ont été présentés, jeudi devant le tribunal correctionnel de Versailles. L’audience a été renvoyée au 17 juin et en attendant, les quatre prévenus ont été placés en détention provisoire.

Cette affaire commence en mars dernier par une dénonciation qui tombe sur le site dédié, moncommissariat.com. L’internaute révèle qu’une jeune femme connue pour se prostituer et déjà condamnée pour trafic de drogue dans le sud des Yvelines, a repris du service. Les enquêteurs de la sûreté d’Élancourt, épaulés par leurs collègues de la DRPJ de Versailles qui mettent à disposition leurs moyens techniques, placent les suspects sur écoute et sous surveillances durant trois mois. Les forces de l’ordre découvrent alors que les trafiquants livraient à domicile une trentaine de clients en cannabis et en cocaïne, depuis environ un an.

Les consommateurs commandaient sur le réseau social Snapchat où le réseau faisait sa publicité. Et le couple assurait lui-même la livraison. « Le trentenaire est marié et père de famille mais il entretient une relation extraconjugale avec cette jeune femme, avec laquelle il est associé dans le commerce de la drogue », précise une source proche du dossier. Le duo travaillait avec un troisième homme de 27 ans qui assurait la garde des produits stupéfiants à son domicile de Coignières. Mais plus original, les fonctionnaires ont découvert un lien avec un quatrième malfaiteur, âgé de 18 ans, installé à Châteaudun (Eure-et-Loir), qui gérait son propre réseau comme une succursale dans et autour de cette bourgade.

« Nous considérons que cet argent s’assimile à du blanchiment »

Mardi, les policiers du commissariat, épaulés par les hommes de la brigade de recherches et d’intervention (BRI) de la police judiciaire, ont interpellé leurs suspects à Élancourt, au Mesnil-Saint-Denis, à Coignières et à Châteaudun. Lors des perquisitions les enquêteurs ont mis la main sur 1,3 kilo de cannabis, sur quelques grammes de cocaïne et sur un peu d’argent. Les fonctionnaires ont saisi un compte en banque sur lequel se trouvaient 12 000 euros, où aucun retrait n’était jamais réalisé.

« Les protagonistes de cette affaire payaient tout en argent liquide provenant du trafic. Nous considérons que cet argent s’assimile à du blanchiment », ajoute notre source. Durant leurs auditions, les quatre personnes impliquées ont gardé le silence.

« Le réseau social de la drogue » selon Gérald Darmanin

Les « call centers » de la drogue s’inscrivent dans une nouvelle tendance du trafic qui selon les enquêteurs spécialisés, s’est beaucoup développé sur fond de confinement. Si les points de deals ne vont pas encore disparaître, les consommateurs préfèrent naturellement qu’un livreur vienne chez eux en une heure, plutôt que de se rendre dans un quartier mal famé.

« C’est sur Snapchat que les livreurs de drogue donnent leurs rendez-vous, comme vous donnez rendez-vous sans doute pour livrer une pizza. (…) C’est totalement démoralisé », a déclaré le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ce mercredi, qualifiant Snapchat de « réseau social de la drogue », et appelant ses dirigeants à « prendre (leurs) responsabilités ».