Le jeudi 4 juin 2026 à 07:40
La France agonise. Et le plus grave, c'est que ceux qui nous gouvernent refusent encore de poser le bon diagnostic.
En tant que secrétaire général d'Alliance Police Nationale, organisation majoritaire représentant quasiment un flic sur deux dans ce pays, je tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme. Notre pays s'enfonce dans une spirale de violence alimentée par l'impunité, le narcotrafic, une justice devenue depuis longtemps incapable de dissuader, et un pouvoir politique qui banalise constamment l'inacceptable. Tous les voyants sont au rouge, et force est de constater que le laxisme persistant de la justice pénale des mineurs fabrique les criminels de demain. Nos prisons débordent, la violence explose, les forces de l'ordre sont prises pour cible quotidiennement et l'autorité de l'État recule partout où elle devrait s'imposer.
Samedi dernier en a été une nouvelle démonstration. Pendant que le pouvoir parlait de simples "débordements", nos collègues affrontaient une véritable guérilla urbaine. Le bilan est accablant : 233 policiers et gendarmes blessés en une seule soirée. 233 ! Malgré ces chiffres, le ministre de l'Intérieur a pourtant continué de parler de "débordements contenus" et d'une situation "maîtrisée". Ce choix des mots n'est plus une erreur d'appréciation, c'est un déni de réalité. Chez Alliance Police Nationale, nous refusons ce déni. Après quatre jours, mis au pied du mur à l'Assemblée, le ministre a finalement utilisé le terme "émeutes".
Les images diffusées dans le monde entier montrent des commerces pillés, des violences urbaines d'une rare intensité, des policiers attaqués à coups de mortiers et de projectiles, et des centaines d'individus qui défient ouvertement l'autorité de l'État. Plus de 890 interpellations ont été réalisées. Mais quel message est envoyé lorsque les sanctions prononcées ne sont pas à la hauteur de la gravité des faits ? C'est encore le cas cette fois, avec une justice qui reste en dessous de tout : en dessous des attentes du policier, certes, mais aussi de celles du citoyen qui n'en peut plus de subir la loi de la rue ! Les mêmes profils, les mêmes violences, les mêmes récidives. Et toujours les mêmes discours.
«Les policiers ne sont pas des soldats sacrifiés»
La vérité est simple : ce ne sont plus les délinquants qui craignent la République, c'est la République qui semble craindre d'imposer son autorité. À force d'envoyer nos collègues au contact de violences toujours plus extrêmes, sans leur donner les moyens judiciaires et opérationnels adaptés ni une vraie protection juridique, une question finit par se poser : jusqu'à quel point l'État considère-t-il ses policiers comme de simples variables d'ajustement, voire comme de la chair à canon ? Et une autre interrogation devient légitime : combien de collègues blessés faudra-t-il encore avant que l'on puisse parler d'abandon ? À quel moment ceux qui risquent quotidiennement leur vie pour défendre les institutions pourraient-ils considérer qu'ils sont eux-mêmes victimes d'une forme de non-assistance de la part d'un État incapable d'assurer leur protection ?
Pendant que le président de la République reçoit en grande pompe les joueurs victorieux du PSG à l'Élysée, qui recevra les 233 policiers et gendarmes blessés qui ont empêché le pays de sombrer dans le chaos ? Qui rendra hommage à ceux qui font tenir la République debout lorsque d'autres la bafouent ?
Le point de rupture n'a jamais été aussi proche. Les policiers ne sont pas des soldats sacrifiés. Ils ne sont pas là pour compenser l'échec de décennies de renoncements politiques au prix de leur sang. Et si l'État continue d'abandonner ceux qui le défendent, il devra bientôt assumer les conséquences de son aveuglement.