Affaire Lyhanna : Une enquête pour agression sexuelle rouverte contre le père de Jérôme Barella

Accusé d'agressions sexuelles et de viols par deux petites-filles de sa compagne, le père de Jérôme Barella, principal suspect dans la mort de la petite Lyhanna, fait l'objet d'une réouverture d'enquête à Béziers. Les deux plaintes le visant avaient été classées, par un non-lieu et un classement sans suite.
Affaire Lyhanna : Une enquête pour agression sexuelle rouverte contre le père de Jérôme Barella
Joël Barella. (DR)
Par Actu17
Le jeudi 11 juin 2026 à 21:43

Le parquet de Béziers (Hérault) a annoncé, mercredi, rouvrir une enquête pour agression sexuelle visant Joël Barella, 71 ans, le père de Jérôme Barella, principal suspect dans la mort de Lyhanna. La plaignante, mineure, appartient à son cercle familial. Deux petites-filles de sa compagne, les demi-sœurs Maëva et Prescyllia, le mettent en cause pour des viols et des agressions sexuelles qui auraient eu lieu entre 2010 et 2018, dans l'Hérault et en Haute-Garonne. Le septuagénaire conteste les faits, et aucune de ces deux plaintes n'avait abouti jusqu'à présent.

La décision de rouvrir l'enquête revient au procureur de Béziers. "À l'aune des derniers évènements couvrant l'actualité, le procureur de Béziers a souhaité réexaminer la procédure et, à la lecture de celle-ci, a décidé de rouvrir l'enquête afin de procéder à certaines vérifications complémentaires", a indiqué le parquet dans un communiqué. Ce dossier, qui porte sur les faits dénoncés par Maëva, relevait initialement du parquet de Castres (Tarn) avant d'être classé en 2020, "l'infraction apparaissant insuffisamment caractérisée". À ce stade, aucune charge n'a été retenue contre Joël Barella dans ces deux dossiers, et l'intéressé, qui dément les accusations, ne s'est pas exprimé publiquement depuis l'annonce du parquet.

Des attouchements dénoncés en 2018

Maëva, aujourd'hui âgée de 20 ans, met en cause Joël Barella pour des attouchements sexuels. En août 2018, à 12 ans, elle avait passé seule un mois de vacances chez sa grand-mère paternelle, alitée, en présence du compagnon de celle-ci. Elle n'a brisé le silence qu'à 13 ans, en se confiant à un enseignant. "Ma grand-mère était alitée à cause du diabète, c'était surtout Joël qui me gardait (...). Je savais que ce n'était pas normal, mais je l'ai gardé pour moi jusqu'à mes 13 ans, jusqu'au jour où j'ai osé parler à un professeur, qui me parlait de mon échec scolaire. Il a fait un signalement, et plus tard, les gendarmes sont venus m'entendre", a-t-elle témoigné auprès de BFMTV.

Sa mère, Bérengère Sinègre, a espéré que sa fille et la demi-sœur de cette dernière soient enfin entendues. "J'espère que cette fois-ci, elles vont être entendues et qu'elles seront crues pour qu'on arrête de dire que ce sont des menteuses", a-t-elle déclaré au micro de la même chaîne, affirmant que les deux jeunes femmes avaient été rejetées par leur entourage familial.

Un non-lieu pour sa demi-sœur Prescyllia

La demi-sœur de Maëva, Prescyllia, 26 ans aujourd'hui, avait dénoncé des faits comparables cinq ans avant elle, qualifiés cette fois de viols. Sa mère, Sonia, avait déposé plainte en février 2013 pour des faits présumés survenus entre 2010 et 2013, alors que l'enfant était âgée de 10 ans au début de la période. Le magistrat instructeur avait conclu à l'insuffisance des "indices graves ou concordants". Selon France 3, la décision relevait notamment "l'absence de toute lésion lors de l'examen gynécologique", tandis que "les témoignages des membres de l'entourage familial" décrivaient "la plaignante comme menteuse, manipulatrice, ayant surtout à cœur d'attirer l'attention".

Une ordonnance de non-lieu a été rendue en 2021. La famille a contesté la décision en appel, avant de se désister, ce qui a définitivement clos le dossier le 7 avril 2022, d'après le parquet général de Montpellier. Pour l'heure, cette enquête n'a pas été rouverte. "Comme il y a eu une ordonnance de non-lieu, procéduralement, la seule chose qui permette de rouvrir l'enquête serait une charge nouvelle", a expliqué une source judiciaire à BFMTV.

«Pourquoi ma sœur et pas moi ?»

La mère de Prescyllia, Sonia, a accepté de témoigner auprès de France 3. Elle a décrit les répercussions sur sa fille, qui s'est scarifiée et a fait plusieurs tentatives de suicide, au point d'être confiée à une famille d'accueil par l'Aide sociale à l'enfance (ASE), puis admise en hospitalisation psychiatrique à Toulouse (Haute-Garonne). Elle a affirmé avoir été la cible de pressions : "La partie adverse a essayé de m'intimider et de me menacer pour que je retire la plainte", a-t-elle expliqué, étant celle qui avait déposé la plainte, sa fille étant alors mineure.

Aujourd'hui, Prescyllia vit mal la réouverture du seul dossier de sa demi-sœur, a rapporté sa mère. "Pourquoi ma sœur et pas moi ?", se demande la jeune femme, selon Sonia, qui rapporte également ces mots : "Moi, je ne serai jamais reconnue comme victime."La mère de famille a appelé à une meilleure prise en compte de la parole des enfants et pointé "une faille" du côté de la justice, tout en saluant l'attitude des gendarmes. Elle a par ailleurs regretté qu'il ait fallu la mort de Lyhanna pour que ces dossiers soient réexaminés.

D'autres membres de la famille mis en cause

Le frère de Jérôme Barella, lui aussi domicilié dans le Gers, a de son côté été mis en examen mercredi pour des viols qui auraient visé d'anciennes compagnes, dans deux procédures distinctes.

Quant à Jérôme Barella, il a été mis en examen pour enlèvement et séquestration et incarcéré depuis le 1er juin. Il demeure le principal suspect de la mort de Lyhanna, une collégienne de 11 ans découverte sans vie dans une exploitation agricole à l'abandon, à une quinzaine de kilomètres de l'endroit où elle avait disparu.