Blocus des lycées : Débordements et violences devant des établissements partout en France, des interpellations

Tirs de mortiers d'artifice, incendies et interpellations : le mouvement de blocage des lycées a dégénéré dans plusieurs villes, lundi matin. L'Union syndicale lycéenne appelle désormais à bloquer tous les établissements du pays mardi.
Blocus des lycées : Débordements et violences devant des établissements partout en France, des interpellations
Des policiers face à des lycéens ce lundi 28 septembre 2026 en milieu de journée, devant le lycée Paul Eluard à Saint-Denis. (Rémy Buisine)
Par Stéphane Cazaux
Le lundi 28 septembre 2026 à 13:08 - MAJ lundi 28 septembre 2026 à 14:41

De violents débordements ont éclaté lundi matin devant de nombreux lycées en France, en région parisienne mais aussi à Marseille, à Grenoble (Isère) et dans les régions lyonnaise et lilloise. De nombreuses interpellations ont eu lieu. Lancé en fin de semaine dernière, ce mouvement de "blocus" s'est nettement amplifié ce lundi, avec des violences dans un nombre d'établissements "bien plus" important "que jeudi et vendredi", selon une source ministérielle. L'Union syndicale lycéenne (USL) appelle de son côté au blocage de tous les lycées de France mardi.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réagi lundi matin sur X. "Tirs de mortiers, incendies, violences aux abords des lycées : rien ne justifie de mettre en danger des élèves, des personnels ou des policiers", a-t-il prévenu. "Dans ce contexte, des élus de La France insoumise appellent à étendre le mouvement. Cette surenchère est irresponsable", a affirmé le chef du gouvernement. Des appels au blocus circulent depuis plusieurs jours sur des messageries chiffrées comme WhatsApp, sous forme de tracts réalisés avec l'intelligence artificielle. "Le devoir d'un élu de la République est de protéger les jeunes et d'appeler au calme. Instrumentaliser leur colère à des fins partisanes est une faute. Les difficultés des lycées doivent être entendues et traitées. La violence doit être condamnée sans ambiguïté et ses auteurs répondre de leurs actes", a-t-il poursuivi.

Les forces de l'ordre appelées à «interpeller les auteurs des délits»

"Si l'expression des lycéens doit être respectée, les actions violentes ne sauraient être tolérées", ont écrit le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray, dans un télégramme consulté par l'AFP lundi matin. "Les forces de sécurité s'attacheront à interpeller les auteurs des délits et à préserver l'ordre public avec un usage proportionné de la force", ont-ils ajouté. En cas de blocage total, "l'intervention" des policiers et des gendarmes "devra être engagée après concertation avec le chef d'établissement". Il est également demandé aux chefs d'établissement de contacter les responsables des forces de l'ordre "pour prévenir les blocages et violences", ainsi que pour améliorer leurs conditions d'intervention.

Les deux ministres ont souligné que "les collèges sont aussi susceptibles d'être visés" par ces tentatives de blocages, "initiés par des groupes parfois extérieurs aux établissements". Vendredi déjà, Édouard Geffray a affirmé sur X que "des députés LFI encouragent depuis mercredi des jeunes à bloquer les lycées".

Sébastien Lecornu demande à Jean-Luc Mélenchon s'il condamne «ces violences»

Sur X, le candidat LFI à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon a répondu au message de Sébastien Lecornu : "Les lycéens en mouvement sont inoffensifs. Le gouvernement Lecornu a ordonné la répression. Cette férocité est irresponsable avec un arrière-goût raciste évident. Pas touche à nos jeunes. Élus et militants insoumis interposez-vous partout où vous le pouvez".

Le Premier ministre lui a répondu vers 14h20. "Monsieur Mélenchon, ce matin, une lycéenne a été blessée à l'acide chlorhydrique, aux mains et au visage par des agresseurs violents. Il y a aussi les tirs de mortier par dizaines, les incendies, les agressions contre les personnels", a-t-il écrit. "Votre accusation de racisme est une insulte. Racialiser un débat sur la sécurité des élèves, c'est ajouter de la division là où un responsable politique devrait chercher à ramener le calme", a poursuivi Sébastien Lecornu, rappelant que "les policiers ont droit au respect lorsqu'ils accomplissent leur mission".

"Condamner la violence et ceux qui agressent des lycéens devrait vous demander moins d'efforts que salir ceux qui les protègent", a-t-il lancé, avant de conclure : "Donc, oui ou non, condamnez-vous ces violences ?"

Tirs de mortiers d'artifice contre les policiers à Saint-Denis

À Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), des élèves ont bloqué l'accès au lycée Paul-Éluard. Certains s'en sont pris aux forces de l'ordre, qui ont été visées par des tirs de mortiers d'artifice et ont fait usage de grenades lacrymogènes. Au moins huit personnes ont été interpellées, d'après nos informations. Selon une source proche de l'affaire, des engins incendiaires ont également été utilisés contre les policiers.

Une lycéenne a été blessée aux mains et au visage. D'après cette même source, elle aurait été brûlée en manipulant l'un de ces engins, tandis que le Premier ministre affirme qu'elle a été blessée à l'acide chlorhydrique par des agresseurs. Au moins cinq policiers ont été blessés au cours de la matinée.

Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, s'est adressé aux lycéens en début de matinée pour leur apporter son soutien. L'édile était toujours présent devant le lycée à 12h30.

Dans la matinée, un groupe de lycéens s'est rassemblé devant l'un des commissariats de la ville, en lançant des projectiles sur le bâtiment.

Des heurts dans de nombreux départements

Des violences ont également éclaté à Rosny-sous-Bois et à Nanterre (Hauts-de-Seine), ainsi que dans plusieurs établissements du Val-d'Oise, de l'Essonne et de Seine-et-Marne. Des faits similaires se sont produits dans plusieurs lycées de Marseille, ainsi qu'à Grenoble et dans les régions lyonnaise et lilloise.

À Savigny-sur-Orge (Essonne), la députée LFI Claire Lejeune s'est rendue devant le lycée Monge, où des élèves étaient mobilisés.

À Coulommiers (Seine-et-Marne), les forces de l'ordre ont tiré des grenades lacrymogènes devant le lycée Jules-Ferry, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.

L'USL appelle au blocage de «tous les lycées» mardi

L'Union syndicale lycéenne appelle à bloquer les lycées dans toute la France mardi, jour de mobilisation nationale dans la fonction publique. "On appelle au blocage de tous les lycées demain. On a pris la décision de généraliser ce qui se passe en Île-de-France, parce que ce sont des problématiques présentes sur tout le territoire", a déclaré à l'AFP son président, Ryad Rani. Il envisage une "convergence des luttes" avec "la grève de la fonction publique qui sera très suivie par les enseignants".

L'organisation dénonce notamment un "manque de moyens général" et la "surcharge des classes", dont les effectifs atteignent parfois "32 ou 35" élèves. Elle pointe également le "manque d'enseignants et de personnels", parmi lesquels les infirmières scolaires et les assistants d'éducation (AED), chargés de la surveillance. "Je tiens à dire au gouvernement que toute aide politique est la bienvenue", a également affirmé Ryad Rani.

Le président de l'USL s'en est pris au télégramme adressé par Laurent Nuñez et Édouard Geffray, qu'il qualifie de "scandale sans nom". "On parle de lycéens de 15 à 18 ans, la seule réponse du gouvernement c'est la répression automatique et institutionnalisée", a-t-il estimé. "C'est inadmissible. Des lycéens se mobilisent pour demander des conditions plus justes et équitables, et on leur envoie la BAC et les CRS", a-t-il ajouté.

Logo Actu17

Suivez l'actualité Police-Justice en direct, où que vous soyez.

→ Installer l'appli Actu17

DISPONIBLE SUR iOS · ANDROID · GRATUIT