Crédit Mutuel Arkéa : comment des pirates ont fait sortir plus de 118 millions d'euros de Fortuneo

Le groupe bancaire breton assure que ses clients ne sont pas touchés. Selon les premiers éléments, les fraudeurs ont fait sortir les fonds par des virements vers des comptes de cryptomonnaies ouverts sous de fausses identités.
Crédit Mutuel Arkéa : comment des pirates ont fait sortir plus de 118 millions d'euros de Fortuneo
Une agence du Crédit Mutuel de Bretagne à Vannes. (Illustration / RVillalon / Shutterstock)
Par Actu17
Le mercredi 4 novembre 2026 à 14:00

Le Crédit Mutuel Arkéa a annoncé ce mercredi 4 novembre avoir été victime d'une attaque informatique ayant permis "la réalisation d'opérations frauduleuses". Le groupe bancaire, dont le siège est au Relecq-Kerhuon (Finistère), n'a pas confirmé le montant dérobé. Selon Le Télégramme, plus de 133 millions de dollars (environ 118 millions d'euros) ont été détournés. D'après le journaliste spécialisé Grégory Raymond, c'est la banque en ligne du groupe, Fortuneo, qui a été visée.

Dans un communiqué, Arkéa a assuré que "cet incident est aujourd'hui maîtrisé" et qu'il n'a "aucune conséquence financière" pour ses clients. "Dès la détection de cette attaque, nos équipes se sont immédiatement mobilisées et ont pris, par mesure de précaution, la décision de suspendre temporairement certaines transactions afin de sécuriser les opérations et de prévenir tout nouveau mouvement frauduleux", a précisé la banque. Ce mercredi, une partie des virements restait impossible dans ses applications. Selon Le Télégramme, la Banque de France a été informée de la situation. D'après Le Figaro, les pirates auraient ciblé les fonds propres de Fortuneo, et non l'argent déposé par les clients.

L'affaire a été révélée par ZachXBT, un enquêteur américain qui travaille sous pseudonyme. Il est reconnu pour sa capacité à remonter la trace des fonds sur les blockchains. Lundi, il a indiqué sur la messagerie Telegram qu'une "entité de l'Union européenne" aurait perdu 106 millions de dollars. Le lendemain, il a relevé son estimation à plus de 133 millions après avoir repéré de nouveaux retraits. Il a fini par donner le nom de la banque française dans la nuit de mardi à mercredi.

Des virements «sous le nom de leur choix»

Le mode opératoire commence à se dessiner. Selon Grégory Raymond, qui a détaillé l'affaire sur X, les fraudeurs ont pu émettre des virements depuis Fortuneo en inscrivant eux-mêmes le nom du bénéficiaire. Les fonds ont été envoyés vers des comptes ouverts sous de fausses identités sur des plateformes d'échange de cryptomonnaies, notamment Kraken. Ces plateformes n'auraient donc pas été piratées : ce sont les fraudeurs qui ont créé les comptes, puis les ont alimentés avec les virements frauduleux. Kraken a d'ailleurs assuré que ses systèmes de sécurité n'avaient pas été compromis. Une fois sur place, l'argent a été converti en cryptomonnaies puis dispersé. Les premiers retraits depuis ces plateformes ont eu lieu le 1er novembre, et les opérations se seraient poursuivies pendant plusieurs jours.

La piste d'une arnaque au président

Reste à comprendre comment les fraudeurs ont pu prendre la main sur ces virements. Une source citée par Grégory Raymond privilégie une faille humaine au sein de l'entreprise. "Je pense que c'est un humain plutôt que de la cybersécurité", a-t-elle confié au journaliste. Elle évoque une variante de l'arnaque au président, une escroquerie où les auteurs se font passer pour un dirigeant afin d'obtenir des fonds ou des informations d'un salarié. Selon une autre source du journaliste, il faudrait regarder du côté des réseaux franco-israéliens qui ont industrialisé ce type d'escroquerie dans les années 2010. ZachXBT a de son côté écarté la piste du groupe Lazarus, des pirates informatiques liés à la Corée du Nord.

Le préjudice pourrait être encore plus lourd. Selon Grégory Raymond, les 133 millions de dollars ne correspondent qu'aux mouvements visibles sur la blockchain. D'autres sommes auraient pu sortir par des circuits qui ne passent pas par les cryptomonnaies. Une question reste sans réponse : comment des virements d'une telle ampleur ont-ils pu être effectués pendant plusieurs jours sans déclencher d'alerte ?

Le groupe, qui réunit les fédérations Crédit Mutuel de Bretagne et Crédit Mutuel du Sud-Ouest, a les moyens d'absorber ces pertes. Selon Le Figaro, ses fonds propres s'élèvent à 10 milliards d'euros.