Le lundi 19 janvier 2026 à 02:06
Au moins 21 personnes ont été tuées et plus de 70 blessées, dont une trentaine grièvement, dimanche 18 janvier, dans la collision de deux trains à grande vitesse près d'Adamuz, dans la province de Cordoue, en Andalousie (Espagne). Le conducteur du train Renfe, âgé de 27 ans, figure parmi les victimes. Cet accident, le plus grave de la dernière décennie en Espagne, s'est produit lorsqu'un train Iryo a déraillé et percuté un convoi Alvia de Renfe circulant en sens inverse. "Le choc a été terrible", a déclaré le ministre des Transports espagnol, Oscar Puente.
Les faits se sont produits à 19h39. Le train Iryo n°6189, parti de Malaga à 18h40 à destination de la gare madrilène de Puerta de Atocha, transportait 317 passagers. Alors qu'il circulait dans les aiguillages d'entrée de la voie 1 de la gare technique d'Adamuz, ses trois derniers wagons ont déraillé pour une raison encore indéterminée. Le convoi a alors envahi la voie adjacente, sur laquelle circulait en sens inverse le train Alvia n°2384 de la compagnie Renfe, reliant Madrid à Huelva avec plus de 200 passagers à bord. Malgré un freinage d'urgence, le train Renfe n'a pas pu éviter la collision. Sous la violence du choc, ses deux premiers wagons, dans lesquels se trouvaient 53 personnes, ont été projetés hors des rails et précipités dans un talus de quatre mètres de hauteur.
«C'est vraiment étrange»
Oscar Puente a qualifié cet accident d'"extrêmement étrange". "Il s'est produit sur une ligne droite", a-t-il souligné, précisant que le train Iryo était "pratiquement neuf", en service depuis moins de quatre ans. Le tronçon concerné avait par ailleurs fait l'objet de travaux de rénovation achevés en mai 2025, pour un investissement de près de 700 millions d'euros.
"C'est vraiment étrange. Tous les experts ferroviaires qui se sont rendus sur place et qui se trouvent dans ce centre, ainsi que ceux que nous avons pu consulter, sont extrêmement surpris par cet accident, car, comme je vous le dis, il est très rare", a ajouté le ministre. "Pour l'instant, nous ne pouvons pas spéculer", a-t-il conclu. Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes du déraillement. Selon El Español, en août 2025, les conducteurs de train avaient pourtant alerté sur la dégradation de l'état des voies ferrées espagnoles et demandé une réduction de la vitesse maximale à 250 km/h.
«Nous avons même dû déplacer des corps pour pouvoir accéder à des personnes vivantes»
Sur place, les secouristes ont découvert des scènes de dévastation. "La tôle est déformée, avec des gens à l'intérieur", a témoigné Francisco Carmona, chef des pompiers de Cordoue. "Tout est complètement détruit (...) Nous avons même dû déplacer des corps pour pouvoir accéder à des personnes vivantes", a-t-il ajouté. Lucas Meriako, passager du train Iryo, a raconté avoir ressenti "un choc très violent à l'arrière et l'impression que tout le train allait se disloquer (...) De nombreuses personnes ont été blessées par des éclats de verre".
Todos los vídeos e imágenes que tenga estarán en este hilo. Si alguien tiene familiares y no puede contactar con ellos que me escriba por favor, aunque esto es una locura ahora mismo. pic.twitter.com/HyErECgYfj
— Carmen (@eleanorinthesky) January 18, 2026
Salvador Jiménez, journaliste de la radio publique RNE qui voyageait dans l'un des trains, a comparé l'impact à "un tremblement de terre". Les passagers ont dû utiliser les marteaux de secours pour briser les vitres et s'extraire des wagons. Un passager du train Renfe, qui se trouvait dans le quatrième wagon, a décrit la scène : "Il y a eu un freinage sec et on a entendu un choc sec. J'étais dans le wagon de queue. J'ai vu des valises tomber sur les gens, des enfants en pleurs, des gens avec la tête ouverte".
«Une partie de l'un des trains est tombée par un talus de quatre mètres»
Les opérations de secours ont été rendues particulièrement difficiles par la configuration du terrain. Environ trois wagons sont tombés dans un talus de quatre mètres, dans une zone de la sierra Morena très peu accessible, comptant neuf tunnels et neuf viaducs. "Une partie de l'un des trains est tombée par un talus de quatre mètres", a confirmé Antonio Sanz, conseiller à la Santé de la Junta d'Andalousie, évoquant "une nuit qui s'annonce très difficile". Selon Oscar Puente, le train Alvia de Renfe "est celui qui a subi le pire".
Un important dispositif de secours a été déployé : six unités mobiles de soins intensifs, quatre unités de soins critiques d'urgence, des ambulances de la Croix-Rouge et un poste médical avancé installé dans le bâtiment technique d'Adif à Adamuz. Trente-sept militaires de l'Unité militaire d'urgences (UME) ont été dépêchés depuis la base de Morón de la Frontera avec du matériel de désincarcération. Plusieurs hôpitaux de Cordoue, Jaén et Séville ont été mobilisés. Des volontaires locaux ont également participé aux opérations, transportant des passagers vers le gymnase municipal d'Adamuz. A minuit, 73 personnes étaient encore en observation dans six centres médicaux. Des points d'assistance aux familles ont été mis en place dans les gares de Madrid-Atocha, Séville, Cordoue, Malaga et Huelva.
La circulation des trains à grande vitesse entre Madrid et l'Andalousie a été immédiatement suspendue, pour au moins deux jours. Plus de 200 trains sont concernés par cette interruption. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a exprimé son émotion : "Aujourd'hui est une nuit de profonde douleur pour notre pays."Le leader du Parti populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, a demandé le report de la réunion qu'il devait tenir avec Pedro Sánchez le lendemain, estimant que "toute l'attention doit être portée sur l'urgence". Le président de la Junta d'Andalousie, Juanma Moreno, s'est rendu sur place dans la nuit, de même que le président de Renfe, Álvaro Fernández Heredia. Le roi Felipe VI suit la situation "avec une grande inquiétude" et reste en contact permanent avec les autorités. La famille royale a transmis ses "plus sincères condoléances aux familles et proches des victimes" et adressé ses vœux de "prompt rétablissement aux blessés".
Le président de la République Emmanuel Macron a réagi sur le réseau social X : "Une tragédie ferroviaire frappe l'Andalousie. Pensées pour les victimes, leurs familles et l'ensemble du peuple espagnol. La France se tient à vos côtés."La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a également adressé ses condoléances.
Une tragédie ferroviaire frappe l’Andalousie. Pensées pour les victimes, leurs familles et l’ensemble du peuple espagnol. La France se tient à vos côtés.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) January 18, 2026