Le jeudi 7 mai 2026 à 19:56
Cinq cas d'hantavirus ont été confirmés et trois autres restent suspects, parmi les passagers du navire de croisière néerlandais MV Hondius, frappé par un foyer d'infection ayant déjà fait trois morts. Le bateau, parti d'Ushuaïa (Argentine) le 1er avril 2026, fait désormais route vers l'archipel des Canaries (Espagne), où il est attendu samedi après plusieurs jours bloqué au large du Cap-Vert. La souche identifiée chez deux des malades est celle dite "des Andes", la seule connue pour être transmissible entre humains. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) se veut rassurante et juge que le risque pour la santé publique reste "bas". En France, un cas contact d'un passager malade a été placé à l'isolement après l'apparition de symptômes bénins, a annoncé jeudi 7 mai le ministère de la Santé.
Huit ressortissants français n'ayant pas pris part à la croisière ont été identifiés comme cas contacts d'un cas confirmé après son passage sur un vol international reliant Sainte-Hélène à Johannesburg (Afrique du Sud) le 25 avril 2026. L'un d'eux a présenté des "symptômes bénins" et a été placé en isolement, dans l'attente du résultat des tests diagnostiques. Les sept autres personnes identifiées ont été contactées individuellement par les agences régionales de santé (ARS) et se sont vues proposer des mesures temporaires d'isolement et de dépistage. À bord du navire, cinq autres ressortissants français sont confinés en cabine.
Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascal Confavreux, "ces cinq Français vont aussi bien qu'on puisse aller dans ces circonstances" et n'ont "pas fait part aux médecins du centre de crise du ministère de symptômes inquiétants". Un couple originaire d'Indre-et-Loire à bord a transmis un communiqué à la presse : "Pas de panique à bord (...), tout va bien pour nous, comme pour les 3 autres Français, et en fait tous les touristes comme le personnel de ce navire pris dans une aventure improbable."Le rapatriement des cinq Français à bord est en cours de préparation par le Centre de crise et de soutien (CDCS), avec un point d'arrivée unique prévu sur le territoire national.
Cinq cas confirmés, trois morts : le bilan de l'OMS
Le MV Hondius transporte 147 personnes à bord, de 23 nationalités, sur un navire d'une capacité de 196 passagers et 72 membres d'équipage, ce dernier étant majoritairement philippin. Les passagers proviennent en majorité d'Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis. Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a livré un bilan détaillé jeudi 7 mai lors d'une conférence de presse à Genève : "À ce jour, huit cas ont été signalés, dont trois décès. Cinq de ces huit cas ont été confirmés comme étant dus au hantavirus, tandis que les trois autres sont considérés comme suspects."Il a également jugé "possible" que d'autres cas soient signalés dans les prochains jours : "Compte tenu de la période d'incubation du virus Andes, qui peut atteindre six semaines, il est possible que davantage de cas soient signalés."
Les cinq cas confirmés en laboratoire concernent une Néerlandaise de 69 ans, morte le 26 avril à Johannesburg, un Britannique du même âge, hospitalisé en soins intensifs en Afrique du Sud, un homme actuellement traité à Zurich (Suisse), ainsi que deux passagers évacués mercredi et hospitalisés aux Pays-Bas, à Leyde et à Nimègue, dont la contamination a été confirmée jeudi par les hôpitaux LUMC et Radboud. Trois personnes sont mortes : un Néerlandais le 11 avril à bord, son épouse le 26 avril à l'hôpital de Johannesburg, et une passagère allemande le 2 mai à bord.
Qu'est-ce que l'hantavirus ?
L'hantavirus est une famille de virus identifiée il y a une quarantaine d'années, transmise principalement par les rongeurs. Selon l'Institut Pasteur et l'Agence nationale de recherches sur le sida et les maladies infectieuses émergentes (ANRS-MIE), la contamination se fait essentiellement par l'inhalation d'aérosols contaminés par les urines, selles ou salive séchée d'animaux infectés. Les cas surviennent généralement en milieu rural, lors du nettoyage de locaux longtemps inoccupés où des rongeurs ont pu séjourner.
L'infection peut provoquer deux types de syndromes selon les souches : une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (hantavirus européens et asiatiques, dits "du Vieux Monde") ou un syndrome cardiopulmonaire (hantavirus américains, dits "du Nouveau Monde", dont la souche Andes). Les symptômes commencent par un syndrome pseudogrippal (fièvre, myalgies, fatigue, parfois troubles gastro-intestinaux), pouvant évoluer vers une détresse respiratoire aiguë ou une insuffisance rénale. Il n'existe aucun traitement antiviral spécifique : la prise en charge repose sur les soins de support (oxygénation, réanimation). Aucun vaccin n'est disponible à l'échelle internationale, hormis en Chine et en Corée du Sud, contre les souches Hantaan et Seoul, avec une efficacité modérée.
La létalité du syndrome cardiopulmonaire à hantavirus se situe entre 30% et 60% selon l'espèce virale en cause selon l'Institut Pasteur, autour de 40% selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). En France, la maladie reste rare : une centaine de cas hospitalisés sont recensés en moyenne chaque année. Entre janvier et mars 2026, le Centre national de référence (CNR) des Hantavirus, intégré à l'Institut Pasteur de Paris, a recensé 19 cas confirmés d'infection récente, soit dans la moyenne mensuelle française.
Le navire fait route vers Tenerife après le refus initial des Canaries
Le MV Hondius, immobilisé depuis dimanche au large du Cap-Vert, a quitté sa zone de mouillage mercredi 6 mai en début de soirée. Les autorités cap-verdiennes avaient refusé l'accostage du navire au port de Praia pour protéger leur population. Le président des Canaries, Fernando Clavijo, avait dans un premier temps également refusé d'accueillir le bateau à Tenerife, redoutant un risque pour les habitants, marqués par la pandémie de Covid-19. L'OMS avait alors rappelé que "l'Espagne a l'obligation morale et légale d'assister ces personnes, parmi lesquelles plusieurs citoyens espagnols". Madrid a finalement validé l'évacuation.
Le bateau est attendu samedi aux Canaries. L'évacuation des passagers ne devrait pas débuter avant lundi, selon le ministère espagnol de l'Intérieur. La ministre espagnole de la Santé, Monica Garcia Gomez, a précisé qu'à l'arrivée du navire à Tenerife, "un dispositif conjoint d'évaluation sanitaire et d'évacuation sera mis en place pour rapatrier tous les passagers, à moins que leur état de santé ne l'empêche". À bord, les passagers sont confinés en cabine, et trois professionnels de santé supplémentaires ont rejoint l'équipage pour assurer des soins médicaux pendant la traversée. Les pays de l'Union européenne sont chargés de prendre en charge leurs ressortissants, éventuellement aidés par la Commission européenne. Le dispositif pour les passagers extra-européens est encore en préparation.
Pourquoi l'OMS écarte le scénario d'une nouvelle pandémie
Plusieurs responsables de l'OMS ont, ces derniers jours, écarté l'hypothèse d'une crise sanitaire à grande échelle. "Ce n'est pas le début d'une épidémie. Ce n'est pas le début d'une pandémie, mais c'est l'occasion idéale de rappeler que les investissements dans la recherche sur des agents pathogènes comme celui-ci sont essentiels, car les traitements, les tests de dépistage et les vaccins sauvent des vies", a déclaré jeudi 7 mai Maria Van Kerkhove, qui dirige le département de prévention et préparation aux épidémies et pandémies de l'agence onusienne, devant la presse à Genève. Abdirahman Mahamud, directeur des opérations d'alerte et de réponse aux urgences sanitaires à l'OMS, a abondé dans le même sens : "Nous pensons que cet épisode restera limité si les mesures de santé publique sont appliquées et si tous les pays font preuve de solidarité."
Si la souche des Andes a démontré une transmission interhumaine, celle-ci nécessite un contact "étroit". Maria Van Kerkhove a expliqué à la BBC que, contrairement à la grippe et au Covid-19, "on ne parle pas de contacts informels à distance" mais de "véritables contacts physiques". Anaïs Legand, experte technique sur les fièvres hémorragiques virales à l'OMS, cite à ce titre l'exemple de personnes s'embrassant avec un "échange de salive". L'experte rappelle également qu'"il n'y a pas pour ce virus de preuves qu'on puisse transmettre la maladie à quelqu'un avant d'avoir des symptômes" et que "la plupart des personnes vont développer les symptômes dans une période d'entre deux et trois semaines", ce qui laisse entendre que la fenêtre durant laquelle d'éventuels malades se manifesteraient à bord commence à se refermer.
L'infectiologue Vincent Ronin, de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), interrogé par La Dépêche du Midi, mentionne pour sa part le cas de "soignants en contact direct avec des malades très atteints" et rappelle que les passagers touchés "sont souvent des personnes plus vulnérables, de plus de 60 ans, avec parfois des antécédents cardiaques ou respiratoires". Le virologue Antoine Bal, interrogé par France Télévisions, a quant à lui souligné que l'hantavirus "n'est pas très adapté à l'homme. C'est pour ça que la transmission interhumaine est plus limitée. Il n'y a pas de risque de diffusion massive à ce stade, à l'extérieur de ce bateau".
Une traque internationale des cas contacts
L'OMS a annoncé jeudi avoir "informé" les douze pays dont des ressortissants ont débarqué le 24 avril sur l'île britannique de Sainte-Hélène, parmi les 29 passagers ayant quitté le navire à cette occasion. "Ces 12 pays sont le Canada, le Danemark, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, Saint-Kitts-et-Nevis, Singapour, la Suède, la Suisse, la Turquie, le Royaume-Uni et les États-Unis", a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus. Au moins quatorze de ces passagers sont européens.
Au Royaume-Uni, deux personnes revenues au pays après avoir séjourné sur le MV Hondius ont été priées de se confiner par l'Agence britannique de sécurité sanitaire, qui assure qu'aucune ne présente à ce stade de symptômes. Aux États-Unis, trois États (Californie, Arizona, Géorgie) surveillent leurs ressortissants ayant été à bord. L'OMS effectue par ailleurs des démarches pour retrouver les plus de 80 passagers présents à bord du vol Sainte-Hélène–Johannesburg, dans lequel la croisiériste néerlandaise décédée avait été transférée. La compagnie aérienne KLM a signalé qu'une personne décédée après avoir voyagé à bord du MV Hondius était montée "brièvement" à bord d'un de ses avions reliant Johannesburg à Amsterdam, avant de quitter l'appareil avant le décollage. L'Argentine a, de son côté, annoncé l'envoi de 2500 kits de dépistage de l'hantavirus vers cinq pays.
L'enquête sur l'origine de la contamination
L'OMS suppose qu'un ou plusieurs porteurs du virus "ont été infectés en dehors du navire". Selon des enquêteurs argentins, l'hypothèse principale serait celle d'un couple de Néerlandais ayant contracté le virus lors d'une session d'observation ornithologique pendant un long road-trip de quatre mois à travers le Chili, l'Uruguay et l'Argentine, du 27 novembre 2025 au 1er avril 2026, avant l'embarquement sur le MV Hondius. L'Argentine a annoncé l'envoi à Ushuaïa d'experts pour capturer et analyser des rongeurs, en quête d'une "possible présence du virus".
Vincent Ronin, interrogé par La Dépêche du Midi, rappelle que "la transmission classique se fait par les urines ou les excréments de rongeurs en zone sauvage" et cite l'exemple "typique" d'une personne "qui nettoie un grenier ou une grange abandonnée en forêt. En secouant la poussière contaminée par des déjections, le virus s'aérosolise. La personne inhale ces particules". La souche dite "des Andes" est endémique dans certaines régions d'Argentine, mais pas en Terre de Feu, d'où est parti le navire. Juan Petrina, directeur de l'Épidémiologie et de la Santé environnementale de la province argentine, a souligné que la zone ne comptait "aucun cas confirmé d'hantavirus depuis que des registres épidémiologiques existent". L'épidémiologiste Antoine Flahault, interrogé sur franceinfo, a abondé : "Il n'est pas attendu, pour le moment, que ce virus, resté depuis trente ans dans des campagnes rurales, se mette tout d'un coup à exploser."Le biologiste Raul Gonzalez Ittig, du Conicet, l'équivalent argentin du CNRS, a estimé à l'AFP que la situation n'avait "rien d'atypique ni de particulier". "Si ce virus était aussi contagieux que la grippe ou le Covid, l'Argentine nous aurait déjà alertés", abonde Vincent Ronin dans La Dépêche du Midi.
Les autorités sanitaires considèrent désormais la situation à bord comme étant "sous contrôle", selon les termes de Vincent Ronin. La fenêtre d'incubation de deux à trois semaines évoquée par l'OMS commence à se refermer pour la majorité des passagers, même si la période maximale du virus Andes peut atteindre six semaines. L'évacuation à Tenerife, prévue à partir de lundi, doit permettre la prise en charge médicale des passagers et la mise en place des dispositifs de surveillance dans chaque pays de retour.