Royaume-Uni : L'affaire Henry Nowak, étudiant menotté par la police alors qu'il agonisait, enflamme le pays

La diffusion d'une vidéo montrant un étudiant de 18 ans menotté par la police alors qu'il agonisait, poignardé par un homme qui l'avait faussement accusé de racisme, provoque une vague d'indignation et de violentes manifestations au Royaume-Uni.
Royaume-Uni : L'affaire Henry Nowak, étudiant menotté par la police alors qu'il agonisait, enflamme le pays
Henry Nowak était âgé de 18 ans. (Hampshire Police)
Par Actu17
Le jeudi 4 juin 2026 à 23:36

Un jeune homme de 23 ans, de confession sikhe, a été condamné le 1er juin 2026 à la prison à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 21 ans, pour le meurtre d'un étudiant de 18 ans à Southampton, dans le sud de l'Angleterre. La diffusion, après la condamnation, d'une vidéo montrant des policiers menotter la victime agonisante, après que son agresseur l'a faussement accusée de racisme, a provoqué une onde de choc et de violentes manifestations au Royaume-Uni.

Les faits se sont produits dans la nuit du 3 décembre 2025. Henry Nowak, étudiant britannique inscrit à l'université de Southampton, rentrait d'une soirée lorsqu'il a croisé la route de Vickrum Digwa. Ce dernier l'a poignardé à cinq reprises avec une lame d'une vingtaine de centimètres, qu'il a déclaré porter au nom de sa foi. Grièvement touché, notamment à la poitrine, le jeune homme s'est effondré. Quelques instants plus tôt, Henry Nowak avait filmé une courte vidéo sur Snapchat, montrant son agresseur s'éloigner au cours d'une altercation verbale.

À l'arrivée des forces de l'ordre, Vickrum Digwa a menti aux policiers en se présentant comme la victime. Il a affirmé avoir été insulté en raison de ses origines et avoir agi en état de légitime défense. Les fonctionnaires l'ont cru et ont menotté Henry Nowak, alors que l'étudiant agonisait sur le trottoir. Sur les images de la caméra-piéton, diffusées par la police du Hampshire, on l'entend répéter d'une voix faible qu'il a été poignardé et qu'il ne parvient plus à respirer. Un agent lui a répondu : "Je ne crois pas, mon pote."Henry Nowak est mort sur place.

Une légitime défense rejetée par la justice

Jugé devant la Crown Court de Southampton, Vickrum Digwa a plaidé la légitime défense, affirmant avoir été menacé et frappé. Le jury comme le juge ont rejeté cette version. À l'audience, selon la chaîne britannique ITV, le procureur Nicholas Lobbenberg a dénoncé "une attaque prolongée contre un homme désarmé", décrivant Vickrum Digwa comme "un homme obsédé par les armes" : "Il est habile avec les armes, il s'est entraîné avec des armes, il dort dans une pièce où se trouvent des armes, il recherche des armes sur son téléphone."Le 1er juin 2026, Vickrum Digwa a été condamné à la perpétuité, avec une peine de sûreté de 21 ans. Sa mère, Kiran Kaur, 53 ans, a pour sa part été reconnue coupable d'assistance à malfaiteur, pour avoir récupéré l'arme sur les lieux et l'avoir dissimulée au domicile familial. Elle sera fixée sur sa peine le 17 juillet.

Des excuses policières et une enquête en cours

La police du Hampshire a présenté ses excuses, expliquant avoir été trompée par les mensonges de l'agresseur. La commissaire à la police et à la criminalité du Hampshire, Donna Jones, a estimé qu'il était "dévastateur que les agents n'aient pas cru Henry lorsqu'il a dit avoir été poignardé et ne plus pouvoir respirer". L'intervention fait l'objet d'une enquête de l'IOPC, l'organe indépendant de contrôle de la police, dont les conclusions sont attendues sous trois mois. Un des agents impliqués a démissionné, trois autres, considérés comme témoins, restent en poste, selon les médias anglais.

Une police «à deux vitesses» au cœur de la polémique

La diffusion de la vidéo, autorisée par la famille de la victime, a déclenché une vague d'indignation. Mardi 2 juin au soir, plus d'un millier de personnes se sont rassemblées devant le commissariat de Southampton aux cris de "Justice pour Henry", dénonçant une police "à deux vitesses", selon l'AFP. En présence du militant Tommy Robinson, le rassemblement a dégénéré : des projectiles ont été lancés en direction des policiers, dont onze ont été blessés. La ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood a condamné des "violences honteuses".

La polémique a gagné le Parlement britannique. Le chef du parti anti-immigration Reform UK, Nigel Farage, a dénoncé un "régime policier à deux vitesses", relevant que les derniers mots d'Henry Nowak — "je n'arrive pas à respirer" — étaient ceux de George Floyd, tué par un policier blanc en 2020 aux États-Unis. Le Premier ministre Keir Starmer lui a répondu que l'instrumentalisation de cette tragédie, alors que la famille suppliait que cela cesse, était "impardonnable". Sous la pression, la police britannique a annoncé le réexamen de directives antiracistes datant de 2025.

La controverse intervient à deux semaines d'une élection partielle, où Reform UK espère l'emporter sur le Labour. Le milliardaire américain Elon Musk s'est pour sa part dit prêt à financer une action en justice contre la police du Hampshire. Lors du prononcé de la peine, le juge avait reproché à Vickrum Digwa d'avoir attisé "des tensions raciales à Southampton et dans tout le pays", faisant craindre pour leur sécurité de nombreux sikhs n'ayant pourtant "absolument rien fait".