Le mardi 6 octobre 2026 à 08:40
Cinq personnes ont été mises en examen à Paris, soupçonnées d'avoir financé le Hamas par l'intermédiaire de deux associations humanitaires. L'une est installée à Saint-André-de-Cubzac (Gironde), l'autre dans la Loire. Le fondateur de la première a été incarcéré, et les quatre autres mis en cause ont été laissés libres sous contrôle judiciaire. Trois d'entre eux sont liés à des sanctions annoncées vendredi par Washington contre un réseau accusé d'avoir collecté plus de 2 millions de dollars au profit du mouvement islamiste palestinien.
Les suspects ont été mis en examen pour "financement d'entreprise terroriste, en l'occurrence le Hamas", "abus de confiance en bande organisée" et "blanchiment d'abus de confiance en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste", a fait savoir samedi 3 octobre le parquet national antiterroriste (PNAT). Les cinq personnes sont soupçonnées d'avoir, "par le truchement de deux associations, fait parvenir des fonds à un tiers, collecteur de fonds pour le compte du Hamas ; ce qu'elles contestent", a précisé le PNAT.
L'affaire a débuté le 21 avril avec l'ouverture d'une enquête préliminaire pour "financement du terrorisme et association de malfaiteurs terroriste en vue de crimes contre les personnes". Les investigations ont été confiées à la DGSI, dont les enquêteurs ont placé les cinq suspects en garde à vue mardi 29 septembre. Une information judiciaire a été ouverte vendredi 2 octobre, et les gardés à vue ont été déférés puis mis en examen.
Un président d'association incarcéré
Le PNAT a "requis le placement en détention provisoire des deux présidents des associations". Le fondateur et président de l'association Baraka, âgé de 35 ans, "a été incarcéré provisoirement dans l'attente d'un débat contradictoire différé qu'il a sollicité", selon le parquet. La présidente de l'association Ensemble C mieux, âgée de 39 ans, a quant à elle été laissée libre "sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention, saisi par le juge d'instruction antiterroriste". Le frère du fondateur de Baraka et les deux autres suspects, dont l'identité n'a pas filtré, ont été placés sous contrôle judiciaire, comme l'avait requis le PNAT.
Du côté de la défense, on met en avant la vocation humanitaire des collectes. "Mon client a participé à des collectes de fonds dans un but exclusivement humanitaire", a réagi auprès de l'AFP Me Lucie Simon, l'avocate du fondateur de Baraka. Elle estime qu'une détention "serait scandaleuse". L'avocat de la présidente d'Ensemble C mieux, qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat, assure de son côté que sa cliente "n'a aucun lien avec le Hamas". L'avocat de son frère n'a pas souhaité s'exprimer.
Plus de 2 millions de dollars collectés selon Washington
Le PNAT est resté discret sur les sommes en jeu, et n'a pas dit où se trouvaient les associations. L'administration américaine s'est montrée beaucoup plus précise. L'OFAC, le service du Trésor américain chargé des sanctions, et le département de la Justice ont visé vendredi les deux responsables associatifs dans des communiqués distincts. Selon l'OFAC, les deux structures, présentées comme caritatives, servaient en réalité à alimenter le Hamas. Les fonds transitaient par Saleem al-Zaq, un Palestinien installé dans la bande de Gaza, membre de la branche armée du mouvement et lui aussi sanctionné.
Entre 2020 et 2026, le réseau aurait réuni plus de 2 millions de dollars, soit environ 1,8 million d'euros, dont 1,5 million depuis le 7-Octobre. Des centaines de milliers de dollars auraient été transférés en cryptomonnaies, et Saleem al-Zaq aurait relayé les cagnottes des deux associations sur ses propres réseaux sociaux.
Concrètement, les avoirs que les personnes sanctionnées pourraient posséder aux États-Unis sont bloqués, et aucune entreprise américaine n'est plus autorisée à faire affaire avec elles. Une exposition publique que regrette Me Lucie Simon : "La médiatisation décidée par l'OFAC surprend dans un contexte politique inflammable".
À Saint-André-de-Cubzac, le maire Mickaël Courseaux a indiqué à Ici Gironde que l'association Baraka n'avait aucune activité dans la commune et ne touchait pas de subvention municipale.