Le mercredi 14 octobre 2026 à 00:18
Un policier a été mis en examen pour violences aggravées ce mardi soir à Tours (Indre-et-Loire), près de deux semaines après qu'un lycéen de 16 ans a été grièvement blessé à l'œil par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) en marge d'un blocus devant le lycée Balzac. Le fonctionnaire a été placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de porter et de détenir un LBD. Un second policier, qui avait lui aussi tiré ce jour-là, a été placé sous le statut de témoin assisté. La procureure de la République de Tours, Catherine Sorita-Minard, a ouvert une information judiciaire.
L'adolescent a été touché le 30 septembre vers 10h15, rue d'Entraigues. Une opération de police y avait été déployée après des tensions signalées au niveau du blocus de l'établissement. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le montrait assis au sol, le visage en sang. Le médecin légiste l'a examiné dans les heures qui ont suivi. Selon lui, le lycéen a été "grièvement blessé par un traumatisme contondant (impact d'un objet) de l'œil droit à haute énergie cinétique", une lésion compatible avec l'impact d'une balle de LBD. Son incapacité totale de travail (ITT) a été fixée à 30 jours, sous réserve de complications ultérieures. "Il y aura, après consolidation, infirmité permanente", a par ailleurs estimé le praticien. Le jeune homme a été hospitalisé, et une association d'aide aux victimes a été mobilisée pour l'accompagner, ainsi que sa famille.
Aucune trace de sang sur l'horodateur
Dans les premières heures, plusieurs rumeurs avaient circulé : le lycéen se serait blessé en heurtant un mur ou l'horodateur au pied duquel il s'était effondré. La police scientifique a mené des constatations sur place sans attendre. Or, "aucune trace de sang n'était découverte ni sur le mur, ni sur l'horodateur", précise la procureure. Des prélèvements ont tout de même été effectués en vue de rechercher de l'ADN.
Dix caméras-piétons exploitées
L'antenne de Rennes de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie en flagrance le jour même. Ses enquêteurs se sont rendus sur place et ont entendu le mineur. Ils ont aussi recueilli la plainte de ses parents, mené une enquête de voisinage et relevé l'identité de témoins. Ils ont surtout récupéré les rapports administratifs d'intervention et les déclarations de tir, avant d'exploiter les images et le son des dix caméras-piétons activées lors de l'opération. "Il est apparu que deux tirs de LBD ont été réalisés à une minute d'intervalle par deux policiers différents", indique le parquet. Les deux armes ont été saisies.
"Les actes d'enquête d'ores et déjà réalisés mettent en évidence la concomitance du 1er tir de LBD et la blessure occasionnée à l'œil. Ils révèlent également des interrogations persistantes sur le respect des conditions imposées par la loi d'absolue nécessité et de stricte proportion pour faire usage des LBD", souligne la magistrate.
COMMUNIQUÉ.
Manifestation. Blessure grave à l'œil d'un lycéen le 30 septembre 2026. Utilisation des lanceurs de balle de défense LBD. Ouverture d'une information judiciaire ⤵️ https://t.co/zF4Vcw9HK3— Procureure Tours - Catherine Sorita-Minard (@ProcureureTours) October 13, 2026
Plusieurs juges d'instruction désignés
Ce mardi, quatre fonctionnaires ont été placés en garde à vue et entendus à Tours par les enquêteurs de l'IGPN. À l'issue de ces auditions, la procureure a jugé nécessaire, "compte tenu de la complexité de ce type d'intervention de police, de continuer à travailler à éclaircir les circonstances dans lesquelles des tirs de LBD ont été décidés et ce jeune homme très grièvement blessé". Elle a donc ouvert une information judiciaire en fin de journée. Elle a aussi requis la désignation de plusieurs juges d'instruction pour travailler ensemble sur le dossier.
Les deux policiers qui ont fait usage de leur LBD ont été présentés dans la soirée aux magistrats instructeurs, en vue d'une mise en examen pour violences aggravées. Seul l'auteur du premier tir a finalement été mis en examen. Son collègue est ressorti avec le statut de témoin assisté.
Selon la procureure, ce nouveau cadre procédural permet à la famille de la victime de se constituer partie civile. Il donne aussi à toutes les parties et à leurs avocats l'accès au dossier. Les investigations se poursuivent sur commission rogatoire. La mobilisation lycéenne avait donné lieu à des tensions à Tours les 29 et 30 septembre, avec des jets de projectiles sur les forces de l'ordre et plusieurs interpellations.