L’inquiétante baisse du niveau des recrues dans la police : «Depuis deux ans on descend à 7 ou 8/20»


Illustration. (Shutterstock)

Les chiffres officiels font apparaître une baisse du niveau du recrutement des gardiens de la paix. Les formateurs déplorent une situation très problématique et des carences importantes chez certains futurs policiers. « Entre 20 et 30 % de ces jeunes policiers ne sont pas au niveau », affirment des commissaires de police.


Des membres du jury de concours de gardien de la paix et des formateurs ont fait part de leurs vives inquiétudes au journal Le Parisien. Les grilles d’évaluation, qui sont régulièrement modifiées, ont été revues à la baisse ces dernières années pour éviter les notes éliminatoires durant la formation des futurs gardiens de la paix.

Exemple notable : le fait d’oublier la date ou une signature sur un procès-verbal au cours des examens n’est plus éliminatoire, comme ce fut le cas par le passé. L’élève gardien de la paix ne perd maintenant que quelques points explique un formateur qui est aussi membre du jury. Une erreur de ce type sur une procédure officielle entraîne pourtant sa nullité.

Un candidat sur cinq reçu en 2020, contre un sur 50 en 2012

Au départ de cette situation précaire, une volonté d’embaucher de très nombreux policiers, dans un délai très court. En 2012, près d’un candidat sur 50 était reçu au concours de gardien de la paix montrent les chiffres de la direction générale de la police nationale (DGPN). Depuis 2013, le ratio a chuté. Un candidat sur 5 a été reçu en 2020. Il faut dire que près de dix fois plus de postes ont été ouverts si l’on compare l’année 2012 et l’année 2020 : 20 957 candidats pour 450 postes, contre 19 546 candidats pour 3631 postes huit ans plus tard. « Il y a encore cinq ou six ans, on n’aurait pas pris en dessous de 9/20, depuis deux ans on descend à 7 ou 8/20 », assure un formateur au quotidien francilien.

Sur le terrain, en Île-de-France, la situation se traduit par l’arrivée de gardiens de la paix stagiaires mal notés au cours de leur scolarité. Les élèves choisissent leur poste à la fin de leur formation, les mieux notés choisissant les premiers, et généralement la province. Ces nouveaux arrivants remplacent donc les policiers aguerris de la région parisienne qui demandent leur mutation pour aller vivre en province, d’où ils sont parfois originaires, ou alors parce qu’ils sont attirés par le cadre de vie et le fait qu’ils auront moins à dépenser pour acheter leur logement par exemple.


Entre 2018 et 2019, la moyenne des candidats externes a perdu un point, elle est passée de 12,69/20 à 11,43/20. « Et encore, cette moyenne générale est compensée par les très bonnes notes des candidats surdiplômés que l’on voit arriver depuis peu. Maintenant, c’est près de 20% des inscrits », explique un formateur.

« Une part des stagiaires ne sait pas s’exprimer clairement »

« Une part des stagiaires ne sait pas s’exprimer clairement », ajoute un autre formateur à nos confrères. Ces policiers en charge de préparer les futurs policiers constatent aussi « un problème d’implication » et expliquent qu’ils tombent aussi « sur de jeunes adultes qui sortent pour la première fois du cocon familial ». « Et quand ils n’aiment pas un domaine ou ne le maîtrisent pas, ils abandonnent ».

Des difficultés également rencontrées dans le domaine sportif, important au cours de la scolarité. Les formateurs interrogés confient qu’ils sont confrontés à des Adjoints de sécurité (ADS) qui fournissent un certificat médical faisant état d’une blessure, pour éviter les épreuves sportives. L’un des fonctionnaires affirme avoir même déjà vu de faux certificats. Des futurs policiers affichent par ailleurs des performances inquiétantes selon le récit d’un formateur. « Ils devraient être inaptes et malgré cela, ils sont aujourd’hui policiers », soupire-t-il. De plus en plus de stagiaires arrivent aussi en surpoids selon eux.

« On doit s’expliquer quand on met de mauvaises notes »

La scolarité de gardien de la paix a été réduite de 12 à 8 mois, en juin dernier. « Ça défie toutes les règles pédagogiques, il n’y a plus de qualité d’apprentissage », selon deux formateurs. « Une erreur fondamentale », selon le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui s’est exprimé à ce sujet à l’Assemblée nationale, le 30 novembre.

« Sur les dernières promotions, des élèves ayant commis des délits ont même été admis », affirme l’un des formateurs alors qu’un autre précise que les fautes d’orthographe « ne font plus perdre de points ». « On doit s’expliquer quand on met de mauvaises notes. Indirectement, si on ne veut pas avoir de compte à rendre, il vaut mieux fermer les yeux, cela évite d’avoir des problèmes », déplore-t-il.

Quatre commissaires de police affectés en région parisienne ont également été sollicités par Le Parisien. Ils affirment qu’« entre 20 et 30 % de ces jeunes policiers ne sont pas au niveau ». « Le filtrage n’est pas bon, on a même des recrues qui ne maîtrisent pas le français », lâche l’un d’entre eux. « Ça se traduit par des procédures qui sont cassées pour cause de nullité ».