Meurtre du joggeur afro-américain Ahmaud Arbery : prison à vie pour trois Américains

William Bryan, Gregory McMichael et son fils Travis McMichael, reconnus coupables du meurtre du joggeur afro-américain Ahmaud Arbery. (Glynn County Sheriff's Office/AFP)

Condamnés ce vendredi à la prison à vie pour le meurtre d’Ahmaud Arbery, à Brunswick, dans l’État de Géorgie (États-Unis), le 23 février 2020, ces trois Américains ont affirmé qu’ils avaient pris la victime pour un cambrioleur. Cette dernière était en train de faire son footing lorsqu’elle a été tuée.

Les trois Américains blancs qui avaient poursuivi puis tué le jeune joggeur noir Ahmaud Arbery en février 2020 dans le sud des États-Unis, affirmant l’avoir pris pour un cambrioleur, ont été condamnés vendredi à la prison à vie. Travis McMichael, 35 ans et auteur des coups de feu mortels, et son père Gregory McMichael, 66 ans, ont été condamnés à la perpétuité sans possibilité de libération anticipée. Leur voisin William Bryan, 52 ans, qui a participé à la poursuite en la filmant, pourra lui espérer une libération anticipée après 30 ans de réclusion.

Ils avaient été reconnus coupables de meurtre le 24 novembre dernier à Brunswick, dans l’État de Géorgie, après des débats marqués par la question du racisme et du droit à l’autodéfense. Ahmaud Arbery est sorti de chez lui « pour faire un jogging et il a fini par courir pour sauver sa vie », a affirmé le juge Timothy Walmsley en prononçant vendredi la sentence dans cette ville côtière du sud-est des États-Unis. Le jeune homme a été « pourchassé et tué parce que les individus dans cette salle ont fait eux-mêmes la loi », a-t-il expliqué.

Il a estimé que Gregory McMichael avait incité son fils et son voisin à poursuivre le jeune homme, tout en admettant après coup ne pas être sûr qu’il s’agisse vraiment un cambrioleur. Il a aussi fustigé l’attitude de Travis McMichael qui « s’inquiète pour son bébé (resté seul à la maison, ndlr) et lui-même, alors que la victime gît sur le sol ».

« Jamais douté »

La famille d’Ahmaud Arbery, qui avait réclamé une « punition maximale » pour les trois hommes, a salué ces lourdes peines. « Je savais que l’on sortirait du tribunal avec une victoire, je n’ai jamais douté », a déclaré sa mère, Wanda Cooper-Jones.

Plus tôt, elle avait dit au juge Walmsley que les trois hommes avaient « pris (son) fils pour cible parce qu’ils ne voulaient pas de lui dans leur quartier ». Ce verdict « était très important » pour que la « responsabilité » soit assumée, a ajouté l’un des avocats de la famille, Lee Merritt. « Il était important pour la famille de voir ces hommes être mis en prison ». Ben Crump, célèbre avocat afro-américain, a rendu hommage « à tous les hommes noirs qui ont été lynchés dans l’histoire de l’Amérique et de la Géorgie, et à qui justice n’a jamais été rendue ».

Marcus Arbery, Sr., père d’Ahmaud Arbery, portant un portrait de son fils à Brunswick (Gérogie), le 18 janvier 2021. (Michael Scott Milner/shutterstock)

« L’autodéfense finit toujours mal », a pour sa part affirmé à l’audience la procureure Linda Dunikoski, estimant que les McMichael n’avaient montré « ni remords, ni empathie ». Elle a ainsi révélé que Gregory McMichael avait transmis les images du meurtre aux médias « parce qu’il pensait que cela allait l’exonérer ». Les avocats des trois hommes avaient plaidé une dernière fois un acte non intentionnel qui ne méritait pas qu’ils finissent leurs jours en prison.

« Parce qu’il était noir et qu’il courait dans la rue »

La dimension raciale de cette affaire a été sous-jacente pendant le procès. Les McMichael et leur voisin ont décidé de pourchasser Ahmaud Arbery « parce qu’il était noir et qu’il courait dans la rue », avait affirmé Linda Dunikoski.

Le 23 février 2020, le jeune homme de 25 ans faisait un jogging quand il avait été pris en chasse par les trois hommes à bord de leurs voitures. Après une altercation, Travis McMichael avait ouvert le feu et tué le joggeur qui tentait de s’emparer de son fusil, un cas de légitime défense selon lui. Les accusés avaient ensuite assuré avoir pris Ahmaud Arbery pour un cambrioleur, après l’avoir vu quelques jours auparavant entrer dans une maison en construction.

L’enquête délocalisée

Les trois hommes avaient aussi invoqué une loi de Géorgie, datant de la guerre de Sécession et abrogée après le drame, autorisant les simples citoyens à procéder à des arrestations. Dans cet État encore profondément marqué par le racisme et la ségrégation, ils avaient bénéficié de la clémence de la justice locale, pour qui Gregory McMichael avait longtemps travaillé, et avaient été laissés en liberté pendant des mois.

Après la diffusion en mai de la vidéo du drame, l’enquête avait été délocalisée et confiée à la police de l’État, qui avait arrêté les trois hommes.

L’affaire avait alimenté les grandes manifestations antiracistes qui ont secoué le pays à l’été 2020, après la mort d’un autre Afro-Américain, George Floyd, tué par un policier blanc à Minneapolis, dans le Minnesota. Les condamnés pour le meurtre d’Ahmaud Arbery n’en ont pas fini avec la justice : ils seront jugés pour crime raciste par un tribunal fédéral à partir du 7 février.