Alliance Police Nationale porte plainte contre l’État : «Les policiers trahis, abandonnés et livrés à eux-mêmes»

Au lendemain d'une nouvelle journée de mobilisation marquée par des dizaines de blessés parmi les forces de l'ordre, le syndicat accuse l'exécutif d'exposer les policiers en leur transmettant des consignes contradictoires.
Alliance Police Nationale porte plainte contre l’État : «Les policiers trahis, abandonnés et livrés à eux-mêmes»
Des policiers place de la Bastille à Paris, le 8 octobre 2026. (Illustration / Pierre Laborde / Shutterstock)
Par La Rédaction
Le mercredi 14 octobre 2026 à 19:13

Le syndicat Alliance Police Nationale a annoncé ce mercredi 14 octobre le dépôt d'une plainte contre l'État pour mise en danger de la vie d'autrui. Dans un communiqué au ton musclé, l'organisation syndicale dénonce les consignes contradictoires transmises aux policiers engagés face aux violences qui émaillent les manifestations étudiantes depuis trois semaines. Cette annonce intervient alors que les manifestations de mardi ont fait de nombreux blessés dans les rangs des forces de l'ordre.

Mardi soir, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a fait état d'une "cinquantaine" de blessés parmi les forces de l'ordre à Paris. Onze d'entre eux ont été hospitalisés et deux se trouvaient "au bloc opératoire", a précisé le ministre.

Ce mercredi, devant les sénateurs, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dressé un bilan global depuis le début du mouvement : 937 membres des forces de l'ordre ont été blessés, ainsi que 248 élèves et 149 membres du personnel éducatif. Le chef du gouvernement a indiqué que "40" policiers et gendarmes avaient été blessés "sur la seule journée" de mardi. Il n'a pas détaillé la nature des blessures ni la manière dont elles ont été infligées.

«Votre administration vous ment-elle ?»

Dans son communiqué, intitulé "Chienlit d'État : les policiers trahis, abandonnés et livrés à eux-mêmes !", Alliance Police Nationale s'en prend d'abord au chef de l'État. Le syndicat lui reproche son "empathie envers les émeutiers" et la "pédagogie" qu'il a affichée, avant que ne viennent selon lui les "consignes floues", les "injonctions contradictoires" et les "discours de façade". Sur le terrain, l'organisation décrit des policiers "esseulés, trahis, abandonnés, exposés à la violence et livrés à la vindicte".

L'organisation pointe surtout un décalage entre la parole publique du ministre et les ordres donnés aux effectifs. "Entre les déclarations publiques de Laurent Nuñez et les consignes verbales transmises par la hiérarchie, la dissonance est devenue insupportable", affirme le texte, qui interpelle directement le locataire de la place Beauvau : "Monsieur le Ministre, votre administration vous ment-elle ? Ou les policiers sont-ils délibérément sacrifiés sur l'autel de la communication politique ?" Alliance Police Nationale s'interroge également sur l'identité de celui qui "assumera les conséquences lorsqu'un drame surviendra dans nos rangs".

Une plainte pour «mise en danger de la vie d'autrui»

Les représentants syndicaux exigent désormais que "toute la lumière soit faite". Selon eux, il est "temps de mettre à plat la chaîne de commandement, d'identifier les auteurs des consignes litigieuses et d'établir les responsabilités à tous les niveaux de l'État". C'est dans cet objectif que le syndicat entend saisir la justice, "afin que les faits soient examinés et que les responsabilités soient établies".

L'organisation syndicale assure que les policiers "ne seront ni les boucliers d'une communication politique, ni les fusibles d'une administration qui refuse d'assumer ses décisions". Elle conclut son communiqué par une formule cinglante : "À chacun ses ordres. À chacun ses mensonges. À chacun ses responsabilités."