«Le cagoulé à côté de toi n'est pas ton allié» : le guide d'un syndicat de commissaires de police pour les lycéens qui manifestent

Alors que les élèves sont appelés à se mobiliser ce mardi dans le cadre d'une journée nationale, le SCPN a diffusé la veille un document de huit pages. Il y rappelle aux jeunes manifestants leurs droits, ce qui est interdit, les peines encourues et le déroulement d'une garde à vue.
«Le cagoulé à côté de toi n'est pas ton allié» : le guide d'un syndicat de commissaires de police pour les lycéens qui manifestent
Illustration. (Jose Hernandez Camera 51/shutterstock)
Par Actu17
Le mardi 6 octobre 2026 à 12:02

Le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) a publié un guide pédagogique destiné aux collégiens et aux lycéens qui souhaitent manifester. Intitulé "Manifester : C'est ton droit, il y a des règles", ce document de huit pages a été diffusé ce lundi 5 octobre, à la veille de la journée nationale de mobilisation des élèves qui se déroule ce mardi. On y trouve les droits des jeunes manifestants, les comportements interdits, les peines encourues et le déroulement d'une intervention policière. C'est la première fois qu'un syndicat de police s'adresse directement aux élèves avec ce type de support.

Le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) a publié un guide pédagogique destiné aux collégiens et aux lycéens qui souhaitent manifester. Intitulé "Manifester : C'est ton droit, il y a des règles", ce document de huit pages a été diffusé lundi 5 octobre, à la veille de la journée nationale de mobilisation des élèves organisée ce mardi. On y trouve les droits des jeunes manifestants, les comportements interdits, les peines encourues et le déroulement d'une intervention policière. C'est la première fois qu'un syndicat de police s'adresse directement aux élèves avec ce type de support.

Le SCPN a présenté sa démarche sur les réseaux sociaux, notamment par la voix de son secrétaire général, Frédéric Lauze. "Nous sommes commissaires de police, mais aussi pères et mères d'enfants souvent lycéens", a expliqué le syndicat, pour qui "l'apprentissage de la citoyenneté passe par la connaissance de ses droits et de ses devoirs et responsabilités". Les commissaires suggèrent aussi des rencontres avec les organisations lycéennes. L'objectif est d'"échanger, expliquer et comprendre les phénomènes de foule, le danger des violences urbaines", et de montrer pourquoi les mouvements revendicatifs doivent être préparés "en lien avec les préfectures et la police".

Liberté fondamentale et blocus de lycées

Le guide a été rédigé par des commissaires. Il tutoie ses lecteurs et promet des explications "sans langue de bois". Il rappelle d'abord que manifester est une liberté fondamentale, protégée par la Constitution et par la Convention européenne des droits de l'homme, et qu'aucun âge minimum n'est exigé pour y prendre part. Le principe n'est pas l'autorisation mais la déclaration. Les commissaires précisent que participer à une manifestation non déclarée ne constitue pas une infraction, même s'"il vaut mieux qu'elle soit organisée". En revanche, se joindre à un rassemblement interdit par arrêté expose à une amende de 135 euros. Le document rappelle aussi la mission des policiers : "protéger ton droit de manifester, et la sécurité de tout le monde autour".

Une page entière est consacrée aux blocus de lycées. Se rassembler devant son établissement, brandir des pancartes, distribuer des tracts ou prendre la parole relèvent de la liberté d'expression. Sécher les cours pour manifester n'est pas illégal, mais l'absence reste injustifiée. Empêcher les autres élèves d'entrer, en revanche, autorise le proviseur à faire libérer l'accès et à prendre des sanctions. Le guide rappelle aussi qu'incendier une poubelle constitue un délit grave, et que lancer des projectiles relève des violences, punies plus sévèrement lorsqu'elles visent un policier ou un enseignant. "Ton droit de manifester ne t'autorise pas à empêcher les autres d'aller en cours", résument les auteurs.

«Le cagoulé à côté de toi n'est pas ton allié»

Le document met également les jeunes en garde contre les casseurs qui se mêlent aux cortèges. "Le cagoulé à côté de toi n'est pas ton allié", préviennent les commissaires. Selon eux, cet individu n'appartient souvent pas au lycée et arrive équipé d'une cagoule, de mortiers ou de palettes. "Il frappe, puis il disparaît. Quand la police intervient, c'est toi qui te retrouves au premier rang", écrivent-ils. Le guide souligne que la loi punit plus lourdement l'adulte qui pousse un mineur à commettre un délit devant un établissement scolaire, et avertit que "rester au milieu des violences présente des risques physiques et judiciaires".

Les auteurs détaillent ensuite la manière dont les forces de l'ordre interviennent lors d'une manifestation. Les policiers commencent par être visibles, puis encadrent et protègent le cortège. Ils dialoguent ensuite avec les manifestants, par exemple pour faire libérer un accès. Si la situation dégénère, l'autorité ordonne la dispersion au moyen de sommations. La force n'est utilisée qu'en dernier recours, uniquement si elle est nécessaire et de façon proportionnée, et elle cesse avec le trouble. Les commissaires signalent une exception : des policiers attaqués peuvent faire usage de la force immédiatement, sans sommations.

«Si tu entends ça, c'est le moment de partir»

"Si tu entends ça, c'est le moment de partir", insiste le guide, qui reproduit les trois annonces faites au haut-parleur par une personne portant une écharpe ou un brassard tricolore. La dernière d'entre elles est formulée ainsi : "Dernière sommation : nous allons faire usage de la force. Quittez immédiatement les lieux."Une fusée rouge peut remplacer ces annonces. Rester sur place après les sommations constitue un délit, puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.

Le syndicat dresse aussi la liste des comportements qui peuvent conduire un manifestant devant un juge. Dissimuler son visage sans motif légitime fait encourir jusqu'à un an de prison, et venir avec un objet pouvant servir d'arme, comme un mortier, une barre ou des pierres, jusqu'à trois ans. Lancer un projectile sur un policier, un professeur, un proviseur ou un membre du personnel éducatif est passible de dix ans, tout comme mettre le feu à une poubelle ou à une voiture. Diffuser le nom ou l'adresse d'un policier pour l'exposer à des représailles fait encourir cinq ans. Ces peines maximales concernent les majeurs et sont en principe réduites de moitié pour les mineurs. Les commissaires rappellent toutefois qu'une condamnation est possible dès 13 ans et qu'elle "laisse une trace".

Garde à vue possible dès 13 ans

La dernière page explique ce qui attend un jeune interpellé. Un mineur peut être placé en garde à vue dès l'âge de 13 ans. Ses parents sont alors prévenus et l'assistance d'un avocat est obligatoire, gratuite s'il n'en a pas. Un médecin l'examine s'il a moins de 16 ans. Il a le droit de se taire et ses auditions sont filmées. La mesure ne peut en principe pas dépasser 24 heures, sauf prolongation dans certains cas. Les commissaires concluent par un conseil : "Reste calme, ne résiste pas. Si tu trouves ça injuste, tu le feras valoir auprès des enquêteurs du commissariat, en présence de ton avocat."