Nice : Agressé par des pilleurs, le «Goku de Nice» refuse d’être un héros

Victime d'une entorse en s'interposant face aux pilleurs, le responsable du magasin Micromania de l'avenue Jean-Médecin rejette l'image de héros que lui prêtent les réseaux sociaux. Il appelle aussi les donateurs à la prudence.
Nice : Agressé par des pilleurs, le «Goku de Nice» refuse d’être un héros
Pierre Collin a été agressé samedi 17 octobre 2026, alors qu'il défendait son magasin. La scène a été filmée par un témoin. (captures écran vidéo / DR)
Par Stéphane Cazaux
Le mardi 20 octobre 2026 à 14:57

Il est devenu malgré lui le visage des pillages qui ont frappé Nice (Alpes-Maritimes). Pierre Collin, responsable du magasin Micromania de l'avenue Jean-Médecin, a été agressé alors qu'il tentait d'empêcher des casseurs de dévaliser sa boutique, le samedi 17 octobre, en marge des violences qui ont secoué le centre-ville. La scène, filmée par des témoins, a largement circulé sur les réseaux sociaux et a provoqué un important élan de soutien. Le commerçant refuse pourtant d'être présenté comme un héros et met en garde contre les cagnottes lancées à son nom sans son accord.

Le trentenaire ne travaillait pas ce samedi. Il était pourtant venu prêter main-forte à ses équipes, pendant que des individus habillés de noir et encapuchonnés s'attaquaient aux boutiques de l'avenue. Il s'est retrouvé seul devant une dizaine de casseurs et s'est placé face à la vitrine, déjà brisée, pour les empêcher d'entrer. Les images relayées en ligne montrent qu'au moment où il tournait le dos aux pilleurs, l'un d'eux l'a frappé d'un coup de pied, le projetant à terre au milieu des éclats de verre. À peine debout, Pierre Collin est retourné barrer l'entrée, sous une pluie de projectiles.

Pierre Collin s'en tire avec une entorse, après avoir été frappé et visé par des pierres. "On ne va pas se plaindre pour ça, j'ai juste une entorse. Il y a des gens qui sont plus gravement blessés", a-t-il assuré auprès de Nice-Matin.

«J'ai craqué et je me suis mis au milieu»

Interrogé par M6, le commerçant est revenu sur ces instants. Sa compagne, présente sur place, avait "les larmes aux yeux" et lui demandait de partir. C'est notamment de voir certaines personnes rire de la situation qui l'a poussé à intervenir : "Le fait de voir les gens rire surtout, c'est ça qui était le plus frustrant. Et, à un moment, j'ai craqué et je me suis mis au milieu. Mais ce n'était pas forcément très intelligent", a-t-il reconnu.

Le commerçant préfère parler de ceux qui ont été pris dans la tourmente ce jour-là. "Si on devait citer des éléments traumatiques sur la journée, ce sont ces enfants qui se sont retrouvés au milieu des casseurs et des forces de l'ordre, entourés de gaz lacrymogène, qu'on a dû faire rentrer dans la boutique pour les mettre à l'abri", a-t-il confié à Nice-Matin. Une cliente a également été prise d'une crise de panique à l'intérieur du magasin, et des touristes se sont retrouvés "entre deux feux".

Le «Goku de Nice» refuse le statut de héros

Depuis, les palissades en bois qui protègent la devanture se sont couvertes de messages d'encouragement laissés par des Niçois. Des anonymes passent régulièrement le saluer, parfois avec un présent ou de quoi manger. Une entreprise de vitrerie a proposé de remplacer gratuitement la vitrine. Sur les réseaux sociaux, il a hérité du surnom de "Goku de Nice", en référence à l'affiche du héros du manga Dragon Ball accrochée à l'entrée du magasin. Il y voit un simple "concours de circonstances". Sur Instagram, il a remercié ses soutiens : "Mon équipe et moi, on est très touchés par le soutien, merci beaucoup."

 

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Pierre Collin rejette pourtant ce statut de figure héroïque et rappelle que des témoins sont venus l'aider à se relever. "Je ne veux pas être la figure de proue d'un mouvement sur lequel je n'ai rien mérité. Je n'ai rien fait de spécial, j'étais juste là", a-t-il insisté auprès de Nice-Matin. Il dit avoir le sentiment de "voler l'élan de solidarité aux autres commerçants, certains plus durement touchés" que lui, et aimerait que ce soutien "leur revienne aussi".

Il met en garde contre les cagnottes ouvertes à son nom

Le commerçant a également tenu à alerter les internautes sur les appels aux dons qui circulent en ligne. "Les cagnottes ne sont pas de mon fait", a-t-il assuré, avant d'ajouter : "Alors ne vous faites pas avoir."D'après Nice-Matin, deux collectes ont été ouvertes sur Leetchi sans qu'il ait donné son feu vert, et il a réclamé qu'elles soient clôturées, précisant ne pas être en contact avec leurs organisateurs. Ceux qui souhaitent aider peuvent, selon lui, se tourner vers la cagnotte ouverte le 19 octobre par la Fédération du commerce niçois et de l'artisanat (FCNA), qui bénéficiera à tous les commerçants touchés par les dégradations.

Le 17 octobre, de nombreuses boutiques niçoises ont été saccagées. La direction de Micromania a de son côté salué "le courage, le sang-froid et la solidarité" dont ont fait preuve ses collaborateurs. Et s'il devait un jour faire face aux casseurs dans un tribunal, Pierre Collin sait déjà ce qu'il leur demanderait : "Est-ce que ça valait vraiment le coup ?"