Le samedi 3 octobre 2026 à 19:39
La suspension du permis de conduire pour usage du téléphone au volant s'applique désormais dans toute la France. Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, l'a annoncé vendredi 2 octobre au Figaro. Le 29 septembre, elle a adressé à l'ensemble des préfets une instruction cosignée avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui leur demande de mettre en œuvre cette suspension administrative. Le seul fait de tenir son téléphone en main, sans excès de vitesse ni autre infraction, pourra donc coûter son permis à un automobiliste.
Cette possibilité figurait déjà dans le code de la route. Mais seule une vingtaine de préfectures y avaient recours, avec des pratiques parfois différentes d'un département à l'autre. "L'usage du téléphone n'est pas moins dangereux selon qu'on se trouve sur un territoire ou un autre. Pour qu'une règle soit acceptée, elle doit être claire, lisible et appliquée partout", a fait valoir la ministre déléguée. Elle a aussi souligné que le dispositif ne vise pas seulement les chauffards récidivistes, mais "monsieur et madame Tout-le-Monde".
Une suspension de quinze jours à six mois
La suspension ne sera pas prononcée sur le bord de la route par les policiers ou les gendarmes au moment du contrôle. Elle sera décidée par le préfet, puis notifiée au conducteur, qui pourra faire valoir ses observations dans le cadre d'une procédure contradictoire. Sa durée sera fixée au cas par cas par les services préfectoraux, en tenant compte des circonstances et du parcours de l'automobiliste. Dans les départements qui appliquaient déjà la mesure, elle était généralement de quinze jours. Elle peut toutefois atteindre un mois, voire six mois dans certains cas. L'amende et le retrait de trois points restent par ailleurs appliqués. "Il faut une sanction réelle, mais proportionnée. Le but n'est pas de sanctionner pour sanctionner", a insisté Marie-Pierre Vedrenne.
L'infraction doit être constatée en flagrant délit par les forces de l'ordre. Les centres de supervision urbaine permettent aussi, de plus en plus souvent, de repérer les conducteurs en faute et de disposer d'images. Selon la ministre, les préfectures qui appliquent déjà la mesure ne font remonter que très peu de contestations.
300 permis suspendus en trois mois dans les Landes
Les Landes ont été l'un des premiers départements à appliquer la mesure. Depuis le lancement du dispositif en novembre 2025, 300 permis y ont été suspendus au cours des trois premiers mois. Selon le ministère, l'usage constaté du téléphone au volant y a ensuite reculé de 12 %. À l'échelle nationale, le phénomène reste massif : près de 80 % des Français reconnaissent manipuler leur téléphone en conduisant. En 2025, 695 360 infractions liées au téléphone ou aux oreillettes ont été relevées, soit une hausse de 6,7 % sur un an, d'après l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR). "On peut devenir auteur d'un accident du jour au lendemain et avoir une mort sur la conscience simplement parce que l'on a voulu envoyer un SMS", a mis en garde la ministre.
Marie-Pierre Vedrenne ne s'est pas risquée à avancer un nombre de suspensions attendues à l'échelle du pays. Selon elle, une application sans calibrage risquerait de submerger les services des préfectures. La Délégation à la sécurité routière (DSR) a été chargée de suivre la mise en œuvre du dispositif, et les préfectures feront remonter leurs bilans au ministère. Un premier retour fiable n'est pas attendu avant six mois au moins, et des ajustements pourront être apportés si nécessaire.
Cette généralisation intervient alors que l'accidentalité et la mortalité ont cessé de baisser sur les routes. D'après la Sécurité routière, utiliser son téléphone au volant multiplie par trois le risque d'accident, et par 23 lorsqu'il s'agit de lire un message. En 2025, 3 515 personnes ont perdu la vie sur les routes de France.
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