Tirs dans un collège à Aubagne : le collégien a reconnu avoir «mûri son projet depuis plusieurs mois»

Le parquet national antiterroriste a ouvert une information judiciaire et requis le placement en détention provisoire de l'élève de 3e, qui affirme avoir agi par vengeance.
Tirs dans un collège à Aubagne : le collégien a reconnu avoir «mûri son projet depuis plusieurs mois»
Le siège de la DGSI à Levallois-Perret. (Ip3 Press/Maxppp)
Par Actu17
Le mercredi 14 octobre 2026 à 13:54

Le collégien de 14 ans qui a ouvert le feu sur le principal et une enseignante lundi matin, au collège Lakanal d'Aubagne (Bouches-du-Rhône), est désormais visé par une information judiciaire pour tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste. Le parquet national antiterroriste (PNAT) l'a ouverte ce mercredi, à l'issue de la garde à vue de l'adolescent, et a requis son placement en détention provisoire. Pendant ses auditions, le mis en cause a reconnu les faits, tout en contestant avoir voulu tuer.

Le PNAT s'est saisi de l'enquête mardi, au lendemain de l'attaque, après le dessaisissement du parquet de Marseille. L'information judiciaire a été ouverte des chefs de "tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, en l'espèce ayant visé des enseignants ou des membres des personnels du collège", d'"association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes contre les personnes" et de "port et transport sans motif légitime d'armes, munitions ou de leurs éléments de catégorie C et D". "Les investigations vont désormais se poursuivre sous la direction de trois juges d'instruction antiterroristes du tribunal judiciaire de Paris co-saisis, notamment aux fins d'exploitation complète des très nombreux contenus numériques identifiés", précise le PNAT. Ces éléments, ainsi que les actes d'enquête restant à réaliser, "permettront d'affiner les contours de l'action criminelle menée", selon le parquet.

Il a tiré «au-dessus de l'enseignante»

Dans son communiqué, le parquet antiterroriste retrace l'attaque, telle que l'ont reconstituée la brigade criminelle de la DCOS de Marseille, puis la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la DNPJ, la DGSI et la direction zonale sud de la police judiciaire. Lundi, vers 09h20, "un élève intégralement vêtu de noir et ganté pénétrait au sein de son établissement scolaire, porteur d'un étui à guitare dont il sortait une arme à feu", indique le PNAT.

Arrivé en haut des escaliers, l'adolescent a tiré en direction du principal et d'une enseignante qui se trouvait avec lui. Les deux victimes sont parvenues à se réfugier dans une salle du 1er étage et à prévenir les secours. Le collégien est ensuite monté au 2e étage, où, dans le couloir, il "tirait au sol devant une enseignante, sortie de sa classe alertée par le bruit". Il s'est alors dirigé vers une classe occupée, au fond du couloir. "Il tirait à l'intérieur, au-dessus de l'enseignante sans la blesser et touchait le tableau", relate le parquet.

"Le conseiller principal d'éducation, après avoir évacué une partie des élèves et du personnel, parvenait à neutraliser l'élève qui redescendait les escaliers et à le désarmer, l'emmenant dans un bureau dans l'attente de l'arrivée des services de police, qui le plaçaient en garde à vue à 10h00", poursuit le PNAT.

Les enquêteurs ont saisi un fusil de chasse à canons superposés de marque Integra, modèle Slug, de calibre 12, ainsi que 14 munitions, dont quatre percutées, et un couteau pliable. Dans l'étui à guitare qui servait à dissimuler l'arme, ils ont aussi trouvé une écharpe, trois cagoules, trois polaires, un keffieh et un téléphone portable.

Un harcèlement qui «n'apparaissait pas corroboré»

L'adolescent, de nationalité française, était scolarisé en classe de 3e dans l'établissement. Il n'avait aucun antécédent judiciaire. L'examen psychologique réalisé pendant sa garde à vue "ne concluait pas à l'existence d'une pathologie psychique", selon le PNAT.

Face aux enquêteurs, le collégien "reconnaissait la matérialité des faits, admettant avoir mûri son projet depuis plusieurs mois, contestant toutefois avoir voulu tuer les personnes ciblées". "Il motivait son acte par une volonté de vengeance en raison d'un harcèlement par ses professeurs et ses camarades, dont il ne s'était ouvert à personne et ce qui, à ce stade de l'enquête, n'apparaissait pas corroboré", souligne le parquet.

La TCC tend à «désensibiliser ses adeptes à la violence»

Les supports numériques saisis lors de la perquisition à son domicile et de son interpellation ont été exploités. Ils montrent que l'adolescent utilisait de nombreux comptes sur Protonmail, Discord, Snapchat ou TikTok. Une première analyse "révélait la probable adhésion à la True Crime Community (TCC), l'un de ses comptes étant exclusivement dédié à la republication de contenus liés à cette communauté, d'une extrême violence et plus particulièrement relatifs aux tueries scolaires", explique le PNAT.

Le nom de cette mouvance peut se traduire par "communauté du crime réel". "La True Crime Community (TCC) est un réseau virtuel, fondé sur le partage de podcasts, articles, sites internet, réseaux sociaux alternatifs et publications, dont les membres sont fascinés par des meurtres et leurs auteurs. Au sein de celle-ci, se détache une sous-communauté vouée aux tueurs de masse, qui par la diffusion massive de contenus ultraviolents tend à désensibiliser ses adeptes à la violence. Par une glorification de la violence extrême comme vecteur de lutte contre les difficultés personnelles, la TCC promeut le passage à l'acte par imitation", détaille le parquet. Interrogé sur cette communauté, le collégien a admis avoir été influencé par elle, mais a contesté avoir agi en son nom.

Le PNAT précise que les investigations en flagrance ont été menées dans un délai très court, en raison de l'âge du mineur et de la durée maximale de sa garde à vue, fixée à 48 heures. À ce stade, en l'absence de trouble psychique mis en évidence par le premier examen psychologique, "la gravité des faits commis, caractérisée par la préméditation de son acte criminel, l'usage d'une arme à feu au sein d'un établissement scolaire ainsi que les tirs répétés en direction de la seule communauté éducative de façon indiscriminée, apparaît de nature à les inscrire dans une entreprise ayant pour but de causer un trouble grave à l'ordre public par la terreur", estime le parquet. "Cette intention est confirmée par les éléments relatifs à la potentielle adhésion du mis en cause à la communauté internationale virtuelle dite de la «True crime community»", ajoute-t-il.

Le principal, touché par balles, est toujours hospitalisé, mais son pronostic vital n'est pas engagé. Son incapacité totale de travail (ITT) a été fixée à 45 jours. L'enseignante blessée à ses côtés est sortie de l'hôpital, avec une ITT de 10 jours. "Plusieurs personnes situées à proximité immédiate des coups de feu sont particulièrement choquées", signale le PNAT. L'AVAD, l'association d'aide aux victimes locale, a été saisie pour les accompagner.