Affaire des 34 enfants violés à Lucenay : Soirées pyjama, vidéos, lettre d'aveux... Ce que l'on sait

Une affaire d'une ampleur sidérante ébranle la commune de Lucenay, dans le Beaujolais. Un père de famille de 40 ans, qui s'était construit une image d'homme exemplaire, a été mis en examen pour des viols et agressions sexuelles commis sur 34 enfants âgés de 2 à 9 ans, entre 2020 et 2024. Soirées pyjama, lettre d'aveux, expertise psychiatrique accablante... Voici ce que l'on sait.
Affaire des 34 enfants violés à Lucenay : Soirées pyjama, vidéos, lettre d'aveux... Ce que l'on sait
L'école primaire Robert-Doisneau à Lucenay, où étaient scolarisées les victimes présumées. (Google view)
Par La Rédaction
Le vendredi 1 mai 2026 à 15:45

Un père de famille de 40 ans a été mis en examen le 10 avril dernier pour des viols et agressions sexuelles commis sur 34 enfants, exclusivement des garçons âgés de 2 à 9 ans, à Lucenay (Rhône), une commune du Beaujolais située à une trentaine de kilomètres au nord de Lyon. Les faits se sont produits entre 2020 et 2024 au domicile du suspect, à l'occasion de soirées pyjama et d'anniversaires organisés avec les amis de classe de son fils et de sa fille. Cette affaire d'une ampleur sidérante a provoqué une onde de choc dans la commune.

Aux yeux de tous, l'homme renvoyait l'image d'un père exemplaire. Investi dans la vie scolaire et estimé par les parents d'élèves, il avait, selon Le Monde, aménagé son domicile comme un lieu attractif pour les enfants, avec une piscine, des jeux et de nombreuses activités. Toujours selon le quotidien, ce régisseur de cinéma n'avait pas d'antécédents judiciaires. "Le pédocriminel n'a pas une figure de monstre, il n'y a pas de profils types. À Lucenay, c'était un bon père de famille, bien intégré, apprécié de tout le monde, à la recherche du crime parfait", a confié à France 3 Arnaud Gallais, président de l'association Mouv'enfants.

Selon les éléments rapportés par Le Monde, les agressions ont eu lieu dans les toilettes, la salle de bains, le lit des enfants ou encore une toile de tente. Le quotidien évoque un "jeu du goût" imposé aux victimes, les yeux bandés, donnant lieu à des fellations. Sur les vidéos exploitées par les enquêteurs, certains enfants apparaissent éveillés, d'autres endormis et restent inertes malgré les agressions. Les enquêteurs investiguent désormais sur un possible recours à la soumission chimique.

«Sans cela, est-ce que l'on aurait cru les enfants ?»

L'affaire a éclaté fin 2024, lorsque plusieurs enfants ont raconté à leurs parents les faits survenus lors des soirées pyjama. Trois premières plaintes ont été déposées en décembre 2024. Le suspect a alors été placé en garde à vue avant d'être laissé libre. Il a ensuite tenté de mettre fin à ses jours en se pendant à un chêne dans la forêt de Charnay (Rhône), où il a été récupéré vivant par les gendarmes. Avant son geste, il avait laissé une lettre d'aveux adressée à ses enfants, à ses proches et aux familles des victimes, dans laquelle il évoquait, selon Le Monde, une attirance pour les "trop jeunes garçons" qu'il n'avait jamais réussi à confier. Le quadragénaire a alors fait l'objet d'une hospitalisation sous contrainte.

Une information judiciaire a été ouverte en janvier 2025 pour viols sur mineurs de 15 ans et corruption de mineurs. Le père de famille a été mis en examen une première fois et placé en détention provisoire. L'analyse de ses appareils numériques a conduit les enquêteurs à mettre la main sur 127 vidéos et 197 photographies. Le suspect avait utilisé son téléphone ainsi qu'une petite caméra dissimulée dans un réveil. Selon Le Monde, les vidéos étaient découpées, montées pour certaines, et classées dans des dossiers nominatifs. Grâce à ce travail d'analyse, 31 victimes supplémentaires ont pu être identifiées, portant le total à 34. Le 10 avril, après l'audition des mineurs par des services spécialisés dans le recueil de la parole de l'enfant, une mise en examen supplétive a été prononcée. "Tous les mineurs ne sont pas victimes des mêmes infractions", a souligné la procureure de la République Laetitia Francart. Le suspect a reconnu les faits dans leur "grande majorité".

Une «déviance pédophilique caractérisée»

Le rapport d'expertise psychiatrique du suspect, consulté par Le Monde, fait état d'une "déviance pédophilique caractérisée" se traduisant par "des fantasmes sexuels excitants sur des enfants prépubères de 3 à 9 ans, d'impulsion sexuelle et de comportement de viol répété avec des stratégies pour se tenir au secret". L'expert psychiatrique a également constaté sa "dangerosité criminologique".

Pour Arnaud Gallais, cette affaire illustre une réalité bien plus large. Auprès de France 3, l'activiste a rappelé qu'en France, un enfant est victime toutes les trois minutes d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle, et que 11% de la population a été victime d'inceste. Il pointe également la difficulté pour les enfants à être entendus et plaide, avec la CIVIISE, pour une inversion de la charge de la preuve, déplorant que seuls 3% des agresseurs soient condamnés, et 1% dans les cas d'inceste. Il appelle à un "courage politique" comparable à celui déployé contre le narcotrafic.

Le parquet de Villefranche-sur-Saône a précisé à France 3 qu'une cellule de soutien psychologique a été mise en place dès mars 2025 au sein de l'école de Lucenay, avec le soutien de l'Unité d'accueil pédiatrique des enfants en danger (UAPED). Une association d'aide aux victimes accompagne également les familles qui le souhaitent. Une réunion à destination des familles, menée par la procureure et la juge d'instruction, sera prochainement organisée.

Si vous êtes victime ou témoin de violences ou d'agressions sexuelles sur un enfant, vous pouvez contacter le 119 (Allô Enfance en danger), numéro gratuit, anonyme et accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Le 3018, également gratuit et anonyme, est destiné aux jeunes victimes de violences numériques. En cas d'urgence, composez le 17.