Belfort : Le procureur dément toute tentative de noyade par le commandant de police lynché

Plusieurs suspects ont été identifiés samedi, dont le jeune homme que le policier venait d'interpeller et qui s'était enfui pendant l'agression. Le procureur de Belfort rejette par ailleurs les accusations de tentative de noyade visant le commandant lors de cette interpellation.
Belfort : Le procureur dément toute tentative de noyade par le commandant de police lynché
Le commandant de police a été filmé alors qu'il interpellait un suspect, peu avant d'être lynché, à Belfort. (capture écran vidéo / DR)
Par Actu17
Le samedi 3 octobre 2026 à 18:55 - MAJ samedi 3 octobre 2026 à 19:41

Un commandant de police a été lynché par un groupe d'individus vendredi 2 octobre à Belfort (Territoire de Belfort), en marge d'une journée de blocages lycéens. Le policier, chef du service départemental du renseignement territorial (SDRT), venait d'interpeller un jeune homme, qui figure parmi les suspects identifiés samedi par les enquêteurs. Le parquet de Belfort a ouvert une enquête pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique en réunion. Des vidéos de l'interpellation, sur lesquelles des internautes accusent le fonctionnaire d'avoir voulu "noyer" l'adolescent, suscitent par ailleurs une vive polémique.

Les faits se sont produits vers 09h15 aux abords du lycée Gustave-Courbet. Seul et en civil, le commandant, né en 1967, a interpellé un jeune homme "suspecté d'avoir débuté un incendie sur la zone herbeuse qui entoure la zone proche du lycée", selon Paul-Édouard Lallois, procureur de la République de Belfort. D'après le magistrat, le policier "a voulu isoler le jeune au plus loin possible de la foule". Cela l'a conduit jusqu'aux berges de la Savoureuse, un cours d'eau qui longe l'établissement et le parc François-Mitterrand.

En remontant vers l'esplanade avec le suspect, le commandant a été pris pour cible par "une horde d'individus particulièrement agressifs vraiment à son encontre", a décrit le procureur lors d'un point presse. "C'est à ce moment qu'il a violemment été pris à partie. Il s'est défendu avec sa grenade lacrymogène, mais il a rapidement été submergé, ce qui a conduit à ce violent lynchage", a détaillé le magistrat à France 3. Les images de l'agression ont été largement relayées sur les réseaux sociaux. On y voit l'un des assaillants faire chuter le policier en arrière, puis celui-ci être frappé à la tête à coups de poing et de pied.

Une «brève perte de connaissance»

Des renforts "sont rapidement intervenus pour disperser le groupe d'agresseurs", a indiqué Paul-Édouard Lallois. Après une "brève perte de connaissance", le commandant a été hospitalisé. Il a été "particulièrement choqué, marqué par la sauvagerie de l'acte d'agression dont il a été victime, et présente les stigmates de coups très visibles sur son visage", a ajouté le procureur. Selon le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, son état n'inspire plus d'inquiétude majeure. Les premiers examens sont rassurants et le policier souffre de traumatismes superficiels.

Le jeune menotté «identifié clairement»

L'enquête a rapidement progressé. "On a plusieurs personnes désormais identifiées comme susceptibles d'être parmi les auteurs principaux", a déclaré samedi le magistrat. Il s'est dit "assez optimiste" quant à leur interpellation dans les 24 heures. Il n'a toutefois précisé ni le nombre de suspects, ni s'ils représentaient l'ensemble des personnes recherchées. Des parents ont par ailleurs transmis des vidéos aux enquêteurs.

D'après les déclarations du procureur, l'un des suspects identifiés n'est autre que le jeune homme interpellé par le commandant. Il avait réussi à prendre la fuite avec une menotte à un seul poignet. Reconnaissable à sa "menotte au poignet", il est "identifié clairement comme venant porter deux violents coups de pied à la tête du policier", a affirmé le magistrat.

Un lycéen de 17 ans, scolarisé à Gustave-Courbet et sans antécédents judiciaires, avait été placé en garde à vue juste après les faits. Il est ressorti libre samedi, sans poursuites, puisqu'"aucun élément n'indique qu'il a pris part au lynchage", selon le procureur. "Il était néanmoins sur place et ses dépositions nous permettent de mieux comprendre le contexte", a précisé ce dernier.

«La version du commandant est en parfaite cohérence avec les images»

Des vidéos de quelques secondes, filmées juste avant l'agression, ont été massivement partagées en ligne. On y voit le policier, les pieds dans l'eau, maintenir le jeune homme agenouillé dans le cours d'eau. La tête de ce dernier semble toucher la surface, sans que les images permettent de dire si elle a réellement été immergée. Des internautes, des lycéens et des élus accusent le commandant d'avoir tenté de "noyer" l'adolescent. Le député LFI de l'Essonne Antoine Léaument a notamment estimé que cette intervention "ne répond à aucune des règles du maintien de l'ordre".

Le procureur rejette fermement ces accusations. "La vidéo originale dure une dizaine de secondes", a-t-il souligné, dénonçant un extrait tronqué. "La version du commandant est en parfaite cohérence avec les images", a-t-il assuré. Selon lui, l'interpellation a commencé hors de l'eau. Comme le jeune homme résistait, le policier "essaie péniblement de lui mettre les menottes et les deux finissent par perdre l'équilibre". Ils ont alors glissé d'une petite butte jusque dans le cours d'eau, "qui n'arrive même pas à leur cheville". Ensuite, "le policier réussit à relever le jeune homme pour l'immobiliser et lui passer les menottes sur la berge et non pas dans l'eau", a expliqué Paul-Édouard Lallois.

Le magistrat a aussi mis en avant "l'urgence de la situation" et le "danger" d'une interpellation menée "sans soutien à proximité", avec pour "seul matériel" : "une gazeuse, une paire de menottes et son arme de service". Il a appelé à la prudence face aux images diffusées sur les réseaux sociaux. Il a aussi invité le jeune en fuite à "venir confier sa version des faits".

Sur place, plusieurs lycéens livrent une autre version. Interrogé par France 3, l'un d'eux assure que le jeune homme interpellé n'était pas l'auteur d'un tir de mortier qui aurait motivé l'intervention. "Il s'est fait couler et après les jeunes sont venus taper", a-t-il déclaré, tout en estimant que "le policier ne mérite pas cela". Invité du journal de 20 heures de TF1, Laurent Nuñez a dit s'en remettre aux déclarations du procureur, indiquant que le jeune avait été interpellé pour des jets de projectiles.

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