Bordeaux : Deux policiers piégés dans leur poste incendié par des individus cagoulés

Trois policiers se trouvaient dans un poste de police bordelais lorsque des individus cagoulés y ont mis le feu, jeudi. Le parquet a élargi l'enquête à des faits de tentatives d'homicides volontaires aggravés.
Bordeaux : Deux policiers piégés dans leur poste incendié par des individus cagoulés
Le poste de police dans le quartier des Capucins à Bordeaux a été incendié jeudi 8 octobre 2026. (Un1té)
Par Actu17
Le samedi 10 octobre 2026 à 19:23 - MAJ samedi 10 octobre 2026 à 19:34

Un poste de police a été incendié ce jeudi après-midi à Bordeaux (Gironde), à l'issue d'une manifestation lycéenne, alors que trois policiers se trouvaient sur place. Deux d'entre eux étaient bloqués à l'intérieur du bâtiment, dans le quartier des Capucins, au moment où le feu a été allumé devant la porte. Vendredi, le parquet de Bordeaux a élargi l'enquête à des faits de "tentatives d'homicides volontaires aggravés". Aucun fonctionnaire n'a été blessé et plusieurs personnes ont été interpellées, selon le syndicat de police Un1té.

Le cortège des lycéens avait d'abord défilé sans heurts sur le parcours autorisé. La situation a ensuite dégénéré avec l'arrivée de plusieurs dizaines d'individus masqués et cagoulés. De nombreuses poubelles ont été incendiées, et les forces de l'ordre ont été visées par des tirs de mortiers d'artifice et des jets de projectiles. Elles ont répliqué à l'aide de grenades lacrymogènes.

Un policier menacé de mort à l'extérieur

C'est dans ce contexte, vers 16 heures, que le poste des Capucins, une antenne du commissariat central, a été pris pour cible. Un policier était sorti du bâtiment pour déplacer un véhicule. Un groupe d'individus s'en est alors pris à lui puis l'a poursuivi, selon le récit du procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul.

D'après ActuPolice, le webmagazine du syndicat Un1té, l'équipage effectuait à ce moment-là une pause technique. Une cinquantaine d'individus cagoulés ont tenté de forcer l'entrée du poste, en sachant que des policiers se trouvaient à l'intérieur. Le chef de bord aurait alors ordonné à ses deux équipiers d'évacuer avec lui pour rejoindre la voiture, garée à l'arrière. Une fois dehors, il se serait retrouvé face à près de 200 personnes, qui l'auraient visé avec des projectiles et menacé de mort. Il est parvenu à atteindre le véhicule et à s'éloigner en marche arrière.

Ses deux collègues n'ont pas pu le rejoindre et ont dû repousser des assaillants pour regagner le poste. "Deux autres policiers qui souhaitaient également évacuer le poste de police ont été contraints de se réfugier à l'intérieur de celui-ci en raison du nombre important de personnes hostiles qui leur faisait face et du feu nourri des projectiles qu'ils recevaient", a indiqué Renaud Gaudeul.

«Ils ne pouvaient pas ignorer» la présence des policiers

Les assaillants ont alors amassé des poubelles devant l'entrée du bâtiment "afin d'en condamner l'accès", avant d'y mettre le feu "volontairement", selon le magistrat. "Ils ne pouvaient pas ignorer que plusieurs fonctionnaires se trouvaient encore à l'intérieur", a-t-il souligné. Les flammes se sont étendues à une partie de la façade avant d'être maîtrisées.

À l'intérieur, les deux policiers ont tenté de combattre le feu avec deux extincteurs, sans parvenir à le contenir, selon ActuPolice. La fumée a envahi le sous-sol, et ils sont montés se réfugier au premier étage. Selon France 3, les deux fonctionnaires ont pu quitter les lieux par une issue de secours située à l'arrière du bâtiment. Le syndicat Un1té indique de son côté que des effectifs de la compagnie départementale d'intervention (CDI 33), arrivés au bout de plusieurs minutes, seraient intervenus pour les extraire du poste. Devant la porte, un riverain qui tentait d'écarter les objets en flammes a été pris à partie et molesté par des casseurs, toujours selon le syndicat.

Aucun des trois policiers n'a été blessé, une issue que leur entourage professionnel qualifie de "miracle". L'un d'eux a confié à Un1té que tous les trois se sont serrés dans les bras en se retrouvant.

Une enquête élargie après l'audition des policiers

Une enquête de flagrance a été ouverte dès jeudi et confiée à la division de la criminalité territoriale (DCT) de la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) de la Gironde. Elle portait d'abord sur des faits de destruction d'un bien par un moyen dangereux pour les personnes, commise en raison de la qualité de personne dépositaire de l'autorité publique de son propriétaire ou utilisateur. S'y ajoutaient des faits de participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens, lors d'une manifestation sur la voie publique.

Vendredi après-midi, après avoir entendu les trois policiers, le parquet a étendu les investigations à des faits de tentatives d'homicides volontaires aggravés sur des fonctionnaires de police dans l'exercice de leurs fonctions. Ces faits sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité. Selon Un1té, plusieurs individus ont été interpellés pour leur participation présumée aux faits.

La préfète de la région Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, Sophie Brocas, a condamné vendredi "avec la plus grande fermeté" l'incendie volontaire du poste, commis alors que des policiers se trouvaient à l'intérieur, dans un message publié sur Facebook. "C'est un acte d'une extrême gravité. Aucune revendication ne peut justifier le recours à la violence. Le débat démocratique repose sur la liberté d'expression, jamais sur la mise en danger de la vie d'autrui", a-t-elle écrit. Elle souhaite que les auteurs soient "rapidement identifiés" et qu'ils "répondent de leurs actes devant la justice".

Le syndicat Un1té, qui parle d'un crime, dit espérer l'interpellation rapide de tous les auteurs et assure les trois policiers de son soutien. Il affirme toutefois n'attendre "aucune suite judiciaire à la hauteur de ce qui s'est produit". "L'issue s'est jouée à presque rien", souligne Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat, dans ActuPolice.

Ce poste de police avait déjà été visé par le passé, notamment en 2023 lors de la mobilisation contre la réforme des retraites, rappelle France 3. En avril, le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, avait mené une opération de sécurisation dans plusieurs quartiers, dont celui des Capucins, aux côtés de l'ancien préfet de la Gironde Etienne Guyot et de Renaud Gaudeul. Il avait alors annoncé vouloir y créer un commissariat mixte.