Le mercredi 9 septembre 2026 à 12:49 - MAJ mercredi 9 septembre 2026 à 13:00
Des propos racistes, misogynes et complotistes ont été enregistrés par la caméra piéton d'un policier municipal de Carcassonne (Aude), lors d'une patrouille de six heures effectuée le 6 novembre 2025. Selon Midi Libre, qui a révélé l'affaire et ces images ce mardi 8 septembre, l'appareil est resté en fonctionnement à l'insu des quatre agents présents, celui qui en était équipé pensant l'avoir éteint. Les échanges captés ce soir-là ont depuis été saisis par les gendarmes.
Celui qui monopolise la parole sur cette vidéo publiée par nos confrères est un brigadier-chef principal de 50 ans, ancien parachutiste du IIIe régiment de parachutistes d'infanterie de marine, implanté dans la ville. En dehors de ses fonctions, il intervient au sein du département protection sécurité, le service d'ordre interne du Rassemblement national (RN), et a accompagné Jordan Bardella à plusieurs reprises lors de ses passages dans le département.
Des propos racistes, misogynes et putschistes
Sur les images, le fonctionnaire s'en prend à plusieurs reprises à des passants en des termes racistes. "Ils roulent vite ces bougnes", lance-t-il en début de patrouille, devant le passage d'un homme d'origine maghrébine au volant. Il dit attendre le mois de décembre, quand "la zone sera claire avec les forains : les punks à chien et les bougnoules, ils aiment pas ça". Plus tard, il éructe : "J'en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l'Afghan…" À deux reprises, les Africains sont traités de "singes". Lors de la seule intervention de la soirée, pour un accident impliquant un animal, il évoque, avec un accent volontairement caricatural, "un petit Kirikou de la savane".
Le même agent relaie la thèse complotiste visant la Première dame Brigitte Macron, affirmant qu'"on essaye de cacher ça au monde entier". Il défend aussi les tortionnaires de la guerre d'Algérie et appelle de ses vœux "un coup d'État" et "une dictature en France". Les propos misogynes ne sont pas en reste : "Le patriarche, c'est celui qui commande à la maison, celui qui bande et qui a les muscles : chez Cro-Magnon, ça marchait comme ça, les connasses à l'époque dans les grottes, si elles n'étaient pas avec leur mec, elles se faisaient buter à l'extérieur."
FLASH | Une ENQUÊTE a été ouverte après la diffusion d’une vidéo dans laquelle des policiers municipaux de Carcassonne tiennent des propos racistes, sexistes et complotistes.
La scène, datant de novembre 2025, avait été accidentellement enregistrée par la caméra-piéton d’un… pic.twitter.com/pk5XMrPNxw
— Cerfia (@CerfiaFR) September 9, 2026
Une enquête ouverte après la plainte du policier lui-même
C'est le brigadier-chef principal qui est à l'origine de la procédure. Lorsque les vidéos ont commencé à circuler au sein du service, fin 2025, il a déposé plainte pour "atteinte à la vie privée", ce qui a conduit les gendarmes à saisir les enregistrements. Le parquet de Carcassonne a depuis ouvert une enquête préliminaire.
Placé en arrêt maladie du 12 janvier au 16 mars 2026, l'agent a continué durant cette période à assurer des missions de sécurité pour le RN, sans avoir déclaré de complément d'activité auprès de la mairie, rapporte Midi Libre. Le journal fait par ailleurs état d'un climat dégradé au sein de la police municipale, où un autre fonctionnaire a porté plainte pour menaces et où plusieurs agents sont en arrêt maladie.
Un service sous tension depuis plusieurs mois
Les difficultés du service ne datent pas de ces révélations. Dans un communiqué publié le 8 août dernier et relayé par L'Indépendant, le syndicat Alliance Police Nationale – Police Municipale dénonçait déjà une série de dysfonctionnements. Au premier rang : un manque d'armement persistant chez une partie des effectifs, alors que la municipalité venait d'annoncer des patrouilles nocturnes jusqu'à 3 heures du matin, dans une ville marquée par quatre fusillades liées au narcotrafic ces dernières semaines.
Le syndicat pointait également des "problèmes relationnels avec la hiérarchie", huit agents en arrêt maladie et plusieurs départs vers d'autres collectivités. Une enquête administrative, ouverte en décembre 2025 après des différends entre plusieurs fonctionnaires, était restée sans conclusion. Deux courriers adressés à la mairie, le 21 mai puis début août, n'avaient pas reçu de réponse, d'après l'organisation syndicale interrogée par nos confrères.
Le RN annonce une exclusion, la mairie promet des sanctions
Le Rassemblement national a annoncé à France Télévisions l'exclusion immédiate de l'agent "du parti et de toutes ses fonctions bénévoles, notamment au sein du service d'ordre", précisant qu'une procédure d'exclusion a été engagée contre lui. Le parti assure toutefois que ce bénévole "intervenait occasionnellement" au sein de son service d'ordre, et non dans la protection rapprochée de Jordan Bardella ou de Marine Le Pen.
La mairie de Carcassonne, dirigée depuis les élections municipales de mai 2026 par le maire RN Christophe Barthès, a condamné dans un communiqué diffusé mercredi des propos "inacceptables". "Des procédures seront engagées et les sanctions seront à la hauteur de la gravité des faits", écrit la municipalité, qui affirme aussi que la caméra individuelle à l'origine des images "a été dérobée" et évoque "de graves interrogations" sur les conditions de leur récupération et de leur diffusion. Cette version diverge de celle de Midi Libre, selon laquelle les vidéos ont d'abord circulé en interne après leur découverte fortuite.
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
9 septembre 2026La Ville réagit face aux propos à caractère raciste tenus par un policier municipal en 2025. ⬇️ pic.twitter.com/9tDgDYlg9P
— Ville de Carcassonne (@CarcaInfos) September 9, 2026
La mairie précise enfin que l'agent apparaissant sur les images
"n'est pas le chef de la Police municipale de
Carcassonne", contrairement à ce qui a été indiqué dans une
partie de la presse. Rappelant que les faits sont antérieurs à son
arrivée, elle reproche à l'ancienne équipe municipale d'avoir
"étouffé l'affaire sans y apporter la moindre
réponse".