Le vendredi 10 avril 2026 à 18:05
Un garçon de 9 ans a été découvert séquestré dans une camionnette à Hagenbach (Haut-Rhin), lundi 6 avril au soir, par les gendarmes de la compagnie de Dannemarie. Nu, dénutri et incapable de marcher, l'enfant était enfermé dans ce véhicule depuis plus d'un an. Son père, âgé de 43 ans, a été mis en examen et incarcéré. Sa compagne, âgée de 37 ans, a également été mise en examen et placée sous contrôle judiciaire, a annoncé vendredi le procureur de la République de Mulhouse, Nicolas Heitz, dans un communiqué.
C'est aux alentours de 21h30, dans cette petite commune de 800 habitants située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Mulhouse, qu'une habitante a alerté les gendarmes après avoir entendu des "bruits d'enfant" provenant d'une camionnette garée dans une cour commune privée. Dans un premier temps, le propriétaire du véhicule a assuré ne pas pouvoir ouvrir les portes en raison d'un dysfonctionnement, puis a prétendu que sa fille s'y était enfermée. Après avoir finalement déverrouillé la camionnette, les militaires ont découvert le petit garçon "couché en position fœtale, nu, recouvert d'une couverture sur un monticule de déchets et à proximité d'excréments", selon le procureur. "En raison de la position assise prolongée", l'enfant, "pâle et manifestement dénutri", ne parvenait plus à marcher. Il a été immédiatement pris en charge à l'hôpital de Mulhouse.
«Il semblait lancer quelque chose à l'intérieur» du véhicule deux fois par jour
L'enquête a révélé que le garçon vivait dans cette camionnette depuis novembre 2024, selon les déclarations du père. D'après Ouest France, l'enfant a pour sa part indiqué avoir été placé dans le véhicule entre septembre et décembre 2024, alors qu'il avait 7 ans. Il était contraint d'uriner dans des bouteilles en plastique et de faire ses besoins dans des sacs poubelles. Sa dernière douche remonterait à fin 2024. Son père venait le voir deux fois par jour pour lui apporter de la nourriture et des bouteilles d'eau. Il lui avait également confié un téléphone portable et lui indiquait quand il pouvait sortir du véhicule ou quand il devait quitter le logement. Une caméra de vidéosurveillance, installée sur la façade de l'immeuble et orientée vers l'utilitaire, a permis aux enquêteurs de constater que l'homme se rendait "deux fois par jour au véhicule où il semblait lancer quelque chose à l'intérieur".
Le quadragénaire, placé en garde à vue dans la foulée de la découverte, a reconnu avoir séquestré et privé de soins son fils. Il a expliqué l'avoir "mis dans cette camionnette à partir de novembre 2024 pour le protéger car sa compagne voulait le faire interner en psychiatrie". Il a affirmé l'avoir laissé sortir avec lui jusqu'en mai 2025 et lui avoir donné accès à l'appartement à l'été 2025, quand le reste de la famille était en vacances. Le procureur a toutefois précisé qu'"aucun élément médical" n'a étayé d'éventuels problèmes psychiatriques chez l'enfant.
Entendu par des enquêteurs spécialisés, le petit garçon a raconté avoir rencontré "de grosses difficultés relationnelles avec la compagne de son père, laquelle ne voulait plus de lui dans l'appartement et souhaitait qu'il soit interné en hôpital psychiatrique". L'enfant avait été scolarisé en CP à Mulhouse jusqu'en 2023/2024. L'école avait classé son dossier après que la famille avait indiqué qu'il serait scolarisé autrement. Selon des voisins et témoins interrogés par les enquêteurs, le garçon avait ensuite "disparu du jour au lendemain".
«L'homme répondait qu'il s'agissait d'un chat»
La compagne du père, qui n'est pas la mère de l'enfant, a contesté l'intégralité des faits. Elle affirme que son conjoint lui avait assuré que le garçon était interné. La fille de cette dernière, âgée de 10 ans, a toutefois indiqué aux enquêteurs que sa mère avait déjà entendu du bruit provenant du véhicule, mais que l'homme répondait qu'il s'agissait d'un chat. La fille du père, âgée de 12 ans, a quant à elle expliqué avoir remarqué le changement de comportement du petit garçon au moment de l'emménagement de la famille à Hagenbach, début 2024. Deux mois après la rentrée, elle n'avait plus eu de nouvelles de lui et avait constaté que son père se rendait régulièrement dans la camionnette. Plusieurs voisins avaient également entendu des bruits provenant du véhicule ou de l'appartement en l'absence de la famille. Le père leur expliquait que ces bruits étaient provoqués par un chat.
Le père a été mis en examen des chefs d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de mineur de moins de 15 ans et privation de soins ou d'aliments compromettant la santé d'un mineur de 15 ans par ascendant. Il a été incarcéré dans l'attente d'un débat sur son placement en détention provisoire, prévu lundi 13 avril. Sa compagne a été mise en examen pour non-assistance à mineur de moins de 15 ans en danger et non-dénonciation de mauvais traitements, privations, agressions ou atteintes sexuelles, et placée sous contrôle judiciaire avec interdiction d'entrer en contact avec les trois mineurs. Le parquet a ordonné le placement provisoire des trois enfants du foyer et a saisi le juge des enfants par requêtes en assistance éducative. Le petit garçon est toujours hospitalisé et se trouve "en sécurité", selon le procureur.
L'information judiciaire "permettra de déterminer aussi le niveau de responsabilité de chacun dans ce drame et, éventuellement, de savoir si d'autres personnes ont pu avoir connaissance de la situation de l'enfant sans lui porter secours". La brigade de recherche d'Altkirch est saisie, en lien avec la gendarmerie de Dannemarie.