Le dimanche 11 octobre 2026 à 13:16
L'avocate d'Evan, le lycéen de 15 ans qui a perdu la main gauche après l'explosion d'une grenade assourdissante à Lens (Pas-de-Calais), conteste la version du parquet. Le procureur de la République de Béthune a estimé vendredi que le tir était conforme et indiqué que, selon la quasi-totalité des témoignages, l'adolescent s'était emparé de la grenade avant qu'elle n'explose. Le jeune garçon dément l'avoir ramassée.
Les faits se sont produits lundi 5 octobre en marge d'une manifestation lycéenne devant le lycée Auguste-Béhal. Grièvement blessé, l'adolescent a dû être amputé. Le modèle exact de la grenade n'a pas été communiqué officiellement à ce stade, l'enquête étant toujours en cours.
Un tir jugé conforme par le parquet
Dans un communiqué publié vendredi, le procureur de la République Étienne Thieffry s'est appuyé sur les premiers éléments des investigations, confiées à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Il affirme que le "fonctionnaire de police de la compagnie républicaine de sécurité, qui a lancé cette grenade et pour laquelle il est habilité, a agi sur ordre de l'autorité de commandement et a procédé à ce tir conformément au mode opératoire préconisé par la documentation de formation".
Le magistrat indique également que "l'ensemble des témoignages (...) à l'exception d'un seul convergent sur le fait que la grenade a été tirée à longue distance (80 mètres)". Ces témoignages ont été "recueillis auprès des forces de l'ordre et des tiers présents au moment des faits". Selon eux, la grenade "a atterri au sol avant que plusieurs manifestants ne s'en rapprochent et que l'un d'entre eux ne s'en empare jusqu'à ce qu'elle explose". Aucune image ne permet cependant de confirmer cette version : il "n'existe pas de vidéo à disposition des enquêteurs permettant de visualiser l'explosion de la grenade", reconnaît le magistrat.
Evan «conteste formellement»
Me Christine Bouquet-Wattez, l'avocate de l'adolescent et de sa mère, a répondu par un communiqué. "Il dément avoir ramassé la grenade qui a explosé et nie toute participation à des violences", assure-t-elle. "Evan conteste formellement la version des faits retenue par le parquet", ajoute l'avocate. "Sa famille s'étonne de voir la version policière déjà soutenue par le procureur, alors même qu'Evan n'a pas encore été entendu par la police, qu'aucune image directe des faits n'est disponible et que les témoignages recueillis présentent des divergences", poursuit-elle.
Elle insiste : "Aucune opération de maintien de l'ordre ne saurait justifier qu'un adolescent perde une main."Selon elle, la "communication du parquet (...) fait peser sur Evan la responsabilité de sa propre mutilation".
Sa mère, entendue jeudi par les enquêteurs, a porté plainte "pour les blessures subies par son fils", indique le parquet. L'adolescent "sera entendu par les enquêteurs dès que le corps médical l'autorisera". L'enquête "se poursuit". Elle doit établir si Evan s'est saisi de la grenade ou s'il a été atteint par celle-ci.
Les grenades assourdissantes suspendues
Mercredi, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a demandé aux forces de l'ordre de ne plus utiliser de grenades assourdissantes lors des rassemblements de lycéens, jusqu'à ce que les circonstances du drame de Lens soient établies. D'autres lycéens ont été grièvement blessés depuis le début du mouvement, mi-septembre, et les méthodes de maintien de l'ordre font l'objet de critiques, notamment à gauche.