Le jeudi 22 octobre 2026 à 18:28
La Fédération française de tir (FFTir) a de nouveau été la cible d'une cyberattaque, moins d'un an après le piratage qui avait touché ses licenciés à l'automne 2025. Entre le 12 et le 15 octobre, un pirate a consulté les données de licenciés, actuels et anciens. Il s'est aussi emparé d'environ 64 000 photos d'identité et de près de 19 000 documents, a annoncé la fédération dans un communiqué publié ce jeudi. La fuite avait été révélée dès le 17 octobre par le site spécialisé FrenchBreaches.
Selon la FFTir, l'attaquant "s'est connecté à l'espace licencié EDEN avec des comptes de licenciés dont il avait obtenu ou deviné les identifiants". "Il est ensuite parvenu à consulter les données d'autres licenciés", poursuit la fédération. Au même moment, il a interrogé à grande échelle la fonction de vérification des licences du site Cibles Couleurs, la plateforme consacrée aux passages de grades. Son adresse a été bloquée dès le soir du 12 octobre, et l'hébergeur de la fédération a donné l'alerte le lendemain matin. La fonction visée a été fermée puis corrigée le 15 octobre. Depuis le 16, les documents déposés sur EDEN ne sont plus accessibles.
Pour la plupart des licenciés concernés, le pirate a récupéré le nom, le prénom, le club et la catégorie d'âge. Il a aussi obtenu, le cas échéant, le grade Cibles Couleurs avec sa date de validation, ainsi que la mention d'une pratique handisport. Il a également mis la main sur "environ 64 000 photos d'identité et près de 19 000 documents déposés par des licenciés dans leur espace, dont des certificats d'aptitude à la pratique du tir sportif". Pour 55 licenciés, "c'est le dossier complet qui a été copié", précise la FFTir, qui assure les contacter un par un. Les anciens membres sont eux aussi concernés. Lorsqu'un licencié ne renouvelle pas sa licence pendant deux saisons, la fédération ne conserve que son identité, sa date et son lieu de naissance, et ces informations ont pu être dérobées.
"Aucune information sur la possession d'armes n'a été touchée : la Fédération ne détient pas ces informations", insiste l'instance. Les mots de passe ne sont pas concernés, pas plus que les données bancaires ou les demandes d'autorisation préalable. La fédération affirme aussi que les adresses postales ne figurent pas parmi les données récupérées.
Le pirate revendique près de 587 000 licenciés
Le pirate avance pourtant des chiffres bien plus importants. D'après FrenchBreaches, il affirme détenir les fiches de 586 854 licenciés, ainsi que des informations sur 1 659 clubs de tir. Selon les informations du site, il s'agirait d'environ 250 000 membres actifs et 350 000 anciens membres. Le pirate assure en outre posséder environ 140 000 adresses postales, ce que conteste la fédération. Toujours selon FrenchBreaches, ces fichiers sont proposés à la vente sur un forum cybercriminel. Le pirate serait entré par un compte compromis qui n'était pas protégé par la double authentification. Ces éléments techniques reposent sur ses seules déclarations et n'ont pas été confirmés. Le site affirme par ailleurs que les services informatiques de la FFTir auraient mis plusieurs jours à détecter la présence du pirate, pendant qu'il exfiltrait les données.
Le week-end dernier, l'attaquant a revendiqué publiquement son action et a diffusé un échantillon en libre accès. Dimanche soir, il a de nouveau tenté de s'introduire sur le site Cibles Couleurs, en cherchant cette fois à prendre le contrôle de comptes. La fédération a fermé le site dans la soirée, et il restera fermé jusqu'à ce que sa sécurisation complète soit vérifiée. Sur EDEN, "des dizaines de milliers de tentatives ont été bloquées pendant ces deux jours", indique la FFTir.
Une plainte déposée le 16 octobre
La fédération a déposé plainte le 16 octobre et a prévenu l'ANSSI ainsi que la CNIL. Les investigations sont en cours. Elle précise qu'il s'agit d'"une nouvelle attaque, distincte de celle de 2025". La double authentification, proposée sur EDEN depuis plusieurs mois, y deviendra bientôt obligatoire, comme c'est déjà le cas sur ITAC. La FFTir met aussi en avant les tests d'intrusion et les audits de code réalisés sur ses deux sites, ainsi que la mise en service prochaine d'une nouvelle plateforme.
Mise en garde contre les faux policiers et gendarmes
L'instance appelle surtout ses licenciés à la vigilance face aux tentatives d'escroquerie. Elle rappelle que "la police, la gendarmerie ou la douane ne vous appellera jamais pour venir chez vous récupérer vos armes" après cette fuite. Les forces de l'ordre ne se présenteront pas non plus spontanément au domicile dans ce but. En cas d'appel suspect, la fédération recommande de ne livrer aucune information personnelle, notamment sur les horaires de travail ou les périodes d'absence. Il faut noter le numéro, puis composer le 17. Si un individu se disant policier ou gendarme se présente à la porte pour récupérer des armes, la consigne est de ne pas ouvrir, de demander à voir sa carte professionnelle et d'appeler le 17. La fédération met aussi en garde contre les courriels frauduleux, notamment les demandes de réinitialisation de mot de passe non sollicitées. Les licenciés inquiets peuvent également signaler la situation à leur commissariat ou à leur brigade de gendarmerie, et demander des mesures de protection préventives.
La fédération avait déjà été visée l'an dernier : son système ITAC avait été compromis entre le 18 et le 20 octobre 2025. Selon le parquet de Paris, les données personnelles de 250 000 adhérents et de 750 000 anciens adhérents avaient alors été dérobées "par la compromission d'un compte interne à la FFT". Ces informations avaient ensuite servi à commettre des cambriolages au domicile de licenciés, pour y voler des armes. Dans cette affaire, un jeune homme de 18 ans soupçonné d'avoir participé au piratage a été interpellé le 6 janvier 2026 en Seine-Saint-Denis, puis mis en examen trois jours plus tard, avait indiqué le parquet de Paris.