Le vendredi 16 octobre 2026 à 10:39
Une enquête de flagrance a été ouverte par le parquet de Bobigny pour "violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique", après l'intervention de policiers de la brigade anticriminalité (BAC) dans l'enceinte du lycée Paul-Éluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ce jeudi 15 octobre. Les fonctionnaires venaient y interpeller un élève soupçonné d'outrage, en marge du mouvement lycéen. Ils accusent des enseignants de les avoir violentés et ont déposé plainte, tandis que des membres du personnel dénoncent une intervention "violente". Trois personnes ont été interpellées, selon le parquet.
Les faits se sont produits lors d'un nouveau blocus devant l'établissement, l'un des épicentres de la mobilisation lycéenne. Près de 300 élèves étaient rassemblés aux abords du lycée dans la matinée, a indiqué la préfecture de police à franceinfo, précisant que "plusieurs infractions ont été commises à l'encontre des policiers". Selon des enseignants cités par Le Parisien, les esprits se sont échauffés quand des élèves ont cherché à bloquer la circulation, et un premier lycéen a été maîtrisé au sol puis interpellé. Des membres du personnel, interrogés par l'AFP, accusent de leur côté les policiers d'avoir commencé "à charger, à gazer, à insulter, à frapper" des lycéens comme des adultes venus s'interposer pour les défendre.
Un autre élève s'est alors réfugié à l'intérieur de l'établissement. D'après les enseignants interrogés par Le Parisien, le chef d'établissement l'aurait fait venir dans son bureau, où les policiers sont arrivés peu après. La préfecture de police affirme que les effectifs de la BAC ont pénétré dans le lycée "avec l'accord du chef d'établissement" pour "interpeller l'auteur d'un outrage s'étant réfugié dans l'enceinte de l'école". Les fonctionnaires ont toutefois été "empêchés par des professeurs" et ont préféré "se retirer afin de rétablir le calme". Le lycéen n'a finalement pas été interpellé, en raison de la mobilisation des enseignants. Des élus municipaux l'ont ensuite ramené à son domicile.
MOUVEMENT LYCÉEN : Le personnel éducatif du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, un des épicentres du mouvement lycéen, dénonce une intervention "violente" de policiers en civil dans l'enceinte de l'établissement pour y interpeller un élève.
https://t.co/jr6bjEcGFW— Infos Françaises (@InfosFrancaises) October 15, 2026
Deux policiers blessés, la CGT évoque un membre du personnel «étranglé»
"Lors de cet évènement, les policiers dénoncent la commission de violences à leur égard de la part des enseignants présents et ont déposé plainte. Ils seront prochainement examinés par un médecin", a indiqué le parquet de Bobigny dans un communiqué publié jeudi soir. Deux policiers ont été blessés, frappés pour l'un d'un coup de poing au visage, pour l'autre d'un coup de pied à la tête.
Les personnels de l'établissement livrent une tout autre version. Contactée par franceinfo, la CGT Educ'action 93 décrit une scène "extrêmement brutale" et affirme "qu'un collègue a été étranglé et que plusieurs ont reçu des coups". Sur des images partagées en ligne, des membres du personnel font face à des fonctionnaires en civil, l'un d'eux équipé d'un brassard "police", en criant : "Libérez notre élève !"
Colère lycéenne: des policiers bloqués par des professeurs lors d’une intervention dans un lycée à Saint-Denis https://t.co/5gbX9avnm8
— BFM (@BFMTV) October 16, 2026
Interrogé par France Inter, Bilel, le lycéen que les policiers venaient interpeller, s'est dit "sous le choc". L'adolescent estime que le proviseur "est censé protéger ses élèves, pas les dénoncer" et assure que les fonctionnaires le "tenaient par derrière, au niveau de la nuque".
Le lycée fermé, les enseignants réclament la démission du proviseur
Contacté par franceinfo, le rectorat de Créteil explique que la police "a demandé au proviseur d'entrer", une demande que ce dernier "ne peut pas refuser". Auprès du Parisien, il a rappelé que la loi ne permet pas au chef d'établissement de s'opposer à l'entrée des forces de l'ordre en cas de flagrant délit. L'objectif de départ était "d'isoler l'élève", qui s'était "a priori rendu coupable d'insulte à agent". La situation a ensuite "dégénéré", selon le rectorat. Les portes du lycée sont restées closes à partir de jeudi après-midi, et les élèves suivent les cours à distance ce vendredi.
Dans l'après-midi, un sit-in a réuni lycéens et professeurs dans l'établissement, avant un rassemblement devant le commissariat de Saint-Denis, situé presque en face, pour réclamer le départ du chef d'établissement. "On ne retravaillera pas tant que le proviseur n'aura pas démissionné", a prévenu un enseignant cité par 20 Minutes. Mercredi déjà, deux mineurs auraient passé la nuit en garde à vue, soupçonnés d'avoir blessé des policiers.