Le jeudi 15 octobre 2026 à 10:31 - MAJ jeudi 15 octobre 2026 à 11:41
Corinne Narassiguin, sénatrice socialiste de Seine-Saint-Denis, s'est retrouvée sous des tirs mardi soir à Sevran (Seine-Saint-Denis), alors qu'elle effectuait un stage d'observation à bord d'un véhicule de la brigade anticriminalité (BAC). L'élue et les trois policiers de l'équipage sont sortis indemnes, mais un civil a été légèrement blessé par balle. Un pistolet-mitrailleur a été retrouvé à proximité et le parquet de Bobigny a ouvert une enquête. L'affaire n'avait donné lieu à aucune interpellation mercredi.
Ce soir-là, la parlementaire accompagnait un équipage de la BAC d'Aulnay-sous-Bois. Après avoir patrouillé dans cette commune, les policiers ont pris la direction de Sevran et de l'avenue Youri-Gagarine, dans le quartier des Beaudottes, à quelques pas de la gare. Ils présentaient alors le secteur à la sénatrice. "Nous étions en train de lui expliquer qu'il s'agissait d'un secteur particulièrement connu de nos services pour abriter un trafic de stupéfiants et faire l'objet de règlements de comptes", est-il écrit dans un procès-verbal consulté par Le Parisien.
Vers 22h15, une première série d'environ cinq détonations a retenti. L'équipage a d'abord cru à des engins pyrotechniques. Les détonations ont cessé quelques instants et deux policiers sont sortis du véhicule. Un groupe d'une dizaine de jeunes a alors surgi, courant vers eux le long de l'avenue.
«Nous avons distinctement entendu trois balles siffler»
Une nouvelle salve de 15 à 20 détonations a éclaté presque aussitôt. Aucun éclair n'accompagnait les détonations, contrairement à des feux d'artifice : le doute n'était plus permis, il s'agissait de coups de feu. "Lors de cette seconde salve de tirs, les projectiles sont passés à proximité immédiate de nos têtes. Nous avons distinctement entendu trois balles siffler près de nos oreilles, tandis que j'en ai entendu cinq frôler ma tête à seulement quelques centimètres", a raconté l'un des policiers, dont le témoignage est rapporté par Le Figaro.
Le fonctionnaire a pris position derrière un muret au coin de la rue, son arme de service pointée vers l'avenue. Le véhicule a dans le même temps avancé pour mettre l'élue à l'abri. Elle avait reçu pour consigne de rester baissée sur la banquette arrière, et un gardien de la paix était resté à bord avec elle. Un autre membre de l'équipage a tenté de récupérer le fusil d'assaut HK G36 rangé dans le coffre. Il n'a pas pu l'atteindre : un projectile est passé tout près, au-dessus de sa tête. Ne le voyant plus, son collègue a craint qu'il ait été touché. Il explique qu'il voulait avant tout protéger "la sénatrice toujours confinée dans le véhicule, ainsi que les vingt à trente civils présents dans cette zone très fréquentée".
Appelés en renfort, d'autres policiers ont rapidement convergé vers les lieux et ont formé "une bulle étanche" autour du véhicule où se trouvait la sénatrice. Une partie d'entre eux a ratissé le secteur à pied à la recherche du tireur. Les policiers ont été informés au même moment qu'un civil avait été touché par balle. Il a reçu les premiers soins avant l'arrivée des secours. Son pronostic vital n'était pas engagé.
Un pistolet-mitrailleur Sten saisi
Lors des constatations, les policiers ont découvert la trace d'un projectile sur la portière arrière droite de leur voiture, côté sénatrice. Selon Le Parisien, aucune balle n'a pénétré dans l'habitacle, et le tir est parti à une centaine de mètres du véhicule. Une autre trace de tir, fraîche, a été repérée juste derrière l'emplacement qu'occupaient initialement les policiers. Pour le fonctionnaire cité par Le Figaro, ces éléments démontrent "sans ambiguïté que les tirs étaient directement ciblés" dans leur direction.
D'après les premières constatations, les policiers n'auraient en revanche pas été visés. L'équipage aurait surgi en plein règlement de comptes lié au point de deal de l'avenue.
Grâce aux indications d'une habitante, les policiers ont retrouvé un pistolet-mitrailleur Sten de calibre 9 mm, dissimulé dans le système de ventilation d'un immeuble proche du lieu des tirs. L'arme sentait encore fortement la poudre. Selon un témoin, un homme armé se déplaçait à trottinette dans le secteur.
Le quartier des Beaudottes avait déjà été le théâtre de tirs ces derniers mois, notamment en mars et en mai 2026 : à chaque fois, deux hommes avaient été blessés.
«Il y a urgence»
Auprès du Parisien, Corinne Narassiguin a salué "le grand professionnalisme des policiers". Mercredi soir, sur X, elle a estimé que ce qu'elle avait vécu "illustre une réalité trop fréquente en Seine-Saint-Denis". Elle y a dénoncé "les conséquences du narcotrafic et le manque de moyens déployés par l'État pour le combattre", avant d'ajouter : "Il y a urgence". Le syndicat Alliance Police Nationale 93 a de son côté salué "le sang-froid des trois policiers et leur grande maîtrise de l'événement".
Du côté d'Un1té, Eric Couvrat, secrétaire départemental adjoint du syndicat en Seine-Saint-Denis, estime auprès d'Actu17 que les policiers sont "passés à côté d'un drame". "Mes collègues en Seine-Saint-Denis font face à une recrudescence des fusillades", souligne-t-il, avant d'adresser son soutien aux fonctionnaires "devant faire face à des périodes de plus en plus violentes".